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- Lundi 28 avril à 14h55, dans le cadre de l'émission le Carnet du libraire d'Augustin Trapenard sur France Culture, Sidonie Mézaize, de la librairie Kyralina à Bucarest, parlait de Rien (qu'une affaire de regard).

- Samedi 14 juin de 17h à 18h, Pierre Jourde, Guy Goffette et moi-même étions les invités d'Augustin Trapenard pour son émission le Carnet d'or, qui portait sur le thème de la réécriture.

30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 17:44

Vienne finalement n’est vraiment qu’une petite ville. C’est ce que je dis, c’est ce que je me trouve bien obligé de vous dire, m’y retrouvant guide, encore une fois guide, le vôtre ou celui d’autres, avec au cœur le sentiment de n’avoir pourtant rien demandé à personne. Vienne est une petite ville : on a à peine longé quelques monuments historiques que je n’ai pas pu vous nommer, honte à moi, que déjà nous voici dans un quartier manifestement périphérique et sans âme ; les petits bâtiments n’y sont rien d’autres que de petits bâtiments. D’ailleurs déjà nous sortons de Vienne, nous voici en banlieue ; il va vite falloir tourner à gauche une fois puis encore une autre, vous dis-je avec assurance, me dis-je avec inquiétude, pour avoir une chance de retrouver Vienne.

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 18:14

C’est ce que, un peu plus tard encore, je raconte à mes amis F et E quand, légèrement en contrebas, à une centaine de mètres à peine à droite de la petite construction de béton, je me suis rendu compte qu’il y avait là un lieu de promenade familiale (il y manque peu de chose pour l’appeler base de loisirs, mais non, pas encore, c’est la forêt encore, la forêt aménagée, cette fois, mais encore la forêt) ; c’est là qu’ils viennent régulièrement, avec leurs enfants ; je le savais, même si c’est le hasard qui m’a amené ici. F d’ailleurs n’ignore pas la présence, un peu plus haut, de l’étang rectangulaire, qui n’est pas aménagé : il fait la moue quand je lui en parle. Puis il enchaîne sur le trajet pour venir jusqu’ici, tous ces sentiers qu’il faut prendre, à travers les montagnes – il connaît leur nom, d’ailleurs, lui, que je ne saurai vous redire ; il déplore la nécessité de prendre celui-ci plutôt que celui-là, surtout en famille, avec les enfants, pour des raisons qui m’échappent – mais c’est vrai après tout que les miens ne sont pas là.

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 15:04

Pas facile de marcher vite, comme j’aime à le faire, sur ce sentier abrupt, à flanc de colline, parmi les arbres, sur ce sol tendre d’humus ! J’aimerais vous y voir. Il faut dire que ça grimpe raide, et il faut que ça grimpe raide – car, sachez-le, ma destination est au sommet.

M’y voici plus tard, arrivé. Là-haut, juste à côté d’un étang haut et sombre, vaguement rectangulaire, aux abords peu attrayants – la forêt ici est plutôt négligée –, il y a une toute petite construction sans charme, en vieux béton, de la taille d’un garage, dont je viens d’ouvrir la porte, me tenant sur le seuil, tourné vers l’intérieur. C’est que je ne peux pas aller plus loin ; l’intérieur, à l’abandon sans doute, est plein d’eau ; regardez : c’est en fait une sorte de bassin couvert, rectangulaire. Il grouille. Peut-être y a-t-il des feuilles mortes, qui en tapissent le fond, qui flottent à la surface, qui l’assombrissent ; c’est bien possible. Mais ce qu’il y a surtout, c’est ce que, faute d’un vocabulaire plus adéquat, pour que vous me compreniez, j’appellerai de la vermine. De petites choses (si vous voulez des précisions, oui, d’accord, je peux les nommer des arthropodes, mais surtout ne m’en demandez pas plus : ce ne sont pas des crustacés, plutôt des insectes, pas vraiment des insectes vu le nombre de leurs pattes, peut-être des crustacés tout de même, des crustacés terrestres, mais alors pourquoi vivent-ils dans l’eau – dont ils sortent cependant par instant, rampant à mes pieds, sur la margelle de béton –, vous voyez bien, la classification comme souvent pose problème, laissons-là de côté), de petites bestioles de quelques centimètres, sept ou huit, de long, sur un peu moins de large, vous me direz déjà ce n’est pas rien, plutôt ovoïdes, avec les pattes qui dépassent tout autour, sous la carapace articulée, segmentée, teintée d’un brun clair tirant sur le jaune ; de petites choses se déplacent en tout sens d’un mouvement continu.

Le temps de la dire – c’est vrai que ça m’a pris du temps, je l’admets volontiers ; et déjà la chose n’est plus tout à fait ce qu’elle était. Ce n’était pas loin du dégoût, vous me comprendrez sans peine, ce que j’ai éprouvé de prime abord. Et voici que déjà, à cause sans doute de ce brun clair lumineux, une couleur d’automne ensoleillé, la chose devient presque riante, comme une invitation à s’amuser. Pour un peu, ces petites choses grouillantes seraient presque jolies ; elles auraient même, n’ayons pas peur des mots, quelque chose d’un trésor !

D’ailleurs, maintenant, regardez mieux l’eau de ce bassin (le décor, c’est vrai, tout ce béton humide et sombre, ce parallélépipède intérieur, n’est du coup vraiment pas à la hauteur) ; ces petites bêtes que vous y voyez gentiment nager, ou bien se reposer sur les bords, ne voyez-vous pas que ce sont simplement de mignonnes petites tortues d’eau ?

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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 19:18

(Deux crabes de terre, suite et fin. Pour mémoire : 1 et 2)

 

Il ne tarde pas cependant à retrouver toute son énergie. Est-ce encore lui ? Il me semble à présent qu’il s’agit plutôt d’un homard. Mais, de même que ce n’était pas tout à fait un crabe tout à l’heure, ce n’est pas non plus tout à fait un homard à présent. Quoi qu’il en soit, même s’il ne peut plus s’en sortir, ça ne l’empêche pas d’agripper tout ce qui se trouve à sa portée – laquelle va plus loin qu’on ne le soupçonnerait. Un jouet qu’on croyait perdu, peut-être quelque chose comme une petite girafe en mousse, à demi enfoncé dans une espèce de vide-ordure, en est derechef extirpé, avec une efficacité confondante. Plus surprenant encore, voici qu’il s’empare d’un de nos vieux téléphones que nous gardons dans un sac en tissu accroché parmi les torchons. Il est comique, ce homard ! Il ne va tout de même pas téléphoner ? Et voici précisément qu’un numéro se compose, et qu’à l’autre bout du fil retentit la voix de ma mère, qui ne comprend pas ce qui se passe. Il faut dire que notre homard ne la laisse pas parler, c’est même quelqu’un d’assez désagréable, il l’interrompt sans cesse, incapable de l’écouter – et à cela vous reconnaîtrez qu’il n’a pas d’intelligence véritable et que son « langage » n’est qu’un jeu mécanique ; il a même la goujaterie de lui dire de se taire pour le laisser parler ! Mais tout cette inconvenance ne parvient pas à me fâcher vraiment, trop réjoui par le cocasse de la situation : que dira ma mère quand elle saura qu’elle a tenté de faire la conversation au téléphone avec un homard ?

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 17:44

Vous avez deviné : nous avons de l’appétit, et de la curiosité aussi, en gastronomie comme ailleurs, et pourquoi pas ? Certes, un soupçon d’inquiétude me traverse l’esprit : nous ne savons rien de la comestibilité de ces espèces inconnues ; en outre je crois bien me souvenir qu’il existe plusieurs espèces de crabes terrestres, de tailles variées, dont il vaut mieux éviter la consommation. Qu’à cela ne tienne : déjà nous entreprenons de nous en saisir. La chose n’est d’ailleurs pas si aisée : le gros, assez placide, est vraiment très gros ; où trouver un récipient à sa convenance ? Quant à l’autre, le crabe orange (dont le corps, ainsi d’ailleurs que celui du géant bleu pâle, n’est pas du tout aplati comme celui de nos étrilles ou de nos tourteaux, mais nettement plus ovoïde), il fait preuve d’une vivacité impressionnante – une vivacité qui en impressionnerait plus d’un, vous peut-être, mais pas moi, en tout cas, bien décidé à ne pas lâcher ma proie, que je tiens habilement par le dessus de la carapace, ce qui ne l’empêche pas de parvenir à retourner presque ses pattes articulées pour repousser de leurs pointes aiguës la prise ferme de mes doigts.

Où le déposer cependant ? Si je le mets dans l’évier, sûr qu’il va en sortir : je ne doute pas qu’il soit lui aussi en mesure de courir à la verticale des murs. J’en fais quand même l’essai, faute d’idée : voici mon crabe à peine lâché dans l’évier qui fait un bond prodigieux pour s’en sortir et va s’assommer à même le sol, l’imbécile. Le temps qu’il se remette, j’ai dû trouver le moyen de l’entraver dans ses mouvements : un simple sachet en plastique fera bien l’affaire.

 

 

(A suivre)

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 18:01

L’extérieur de notre maison est bien méridional, cette fois, me direz-vous. Le sol ingrat est tout sec et caillouteux au pied du mur blanc de la maison. Rien d’excessivement étonnant dès lors à ce que j’y perçoive la course furtive et oblique d’un crabe de terre, qu’aussitôt j’essaie de montrer à M. Il n’est pas facile à voir, d’ailleurs, caillou parmi les cailloux, gros comme un enragé moyen mais plus rond, teinté de bleu pâle. Cependant maintenant qu’il commence à escalader le mur uni de la maison, M ne peut plus le manquer ; d’ailleurs oui, elle le voit, et s’étonne avec moi de la facilité avec laquelle il l’escalade : une araignée ne ferait pas mieux. (Et cependant c’est bien un crabe, dont la morphologie ne semble pas a priori permettre de tels exploits.) Le voici déjà à deux bons mètres du sol, qui vient d’atteindre l’appui d’une petite fenêtre – celle de notre salle de bain ?

Il n’y a pas tant de place, sur l’appui de cette fenêtre ; et pourtant regardez avec moi ce qui s’y trouve déjà : un autre crabe, ou peut-être même deux autres crabes – je peine à compter jusqu’à deux ; l’un véritablement énorme, presque aussi gros qu’un ballon de foot, teinté du même bleu pâle, tandis que l’autre (s’il y en a bien deux), un peu plus petit mais bien assez gros tout de même pour le sort que déjà nous leur préparons à l’un comme à l’autre, tire vers l’orange assez vif.

 

(A suivre)

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 09:52

Si vous me voyez jouer dans la cave, avec M et l’un de nos petits camarades, si vous me voyez pédaler maladroitement – de moins en moins maladroitement cependant – sur le petit vélo de mon petit garçon tandis que M et notre petit camarade, plus habiles sur leurs grandes bicyclettes, s’amusent de ma maladresse, si vous me voyez rouler à plaisir dans la flaque d’eau qui s’étend le long du mur de parpaings pour le plaisir de voir après moi la trace double et arabesque de mes petites roues (même si l’âge adulte un instant point de nouveau quand je lui demande – à notre petit camarade qui en réalité n’est qu’à peine plus jeune que moi – si ses parents sont au courant de cette inondation de leur cave et ce qu’ils comptent faire), si vous vous étonnez de toute cette insouciance souterraine ;

c’est sans doute parce qu’à l’extérieur, quelques instants « plus tôt » peut-être – même s’il y a bien longtemps que nous n’accordons plus guère de crédit à cette bête notion de successivité temporelle – j’ai d’abord vu, moi tout seul, sans oser le dire pour éviter les railleries, planer dans le ciel un ptérodactyle (d’ailleurs je ne prétends aucunement que ce fût un vrai, c’était sans doute, me suis-je dit, un prototype mécanique, d’ailleurs trop uniformément blanc et trop régulier dans son vol pour que je le voie comme un authentique produit de la nature), un ptérodactyle qui n’était en réalité qu’un signe annonciateur (d’ailleurs quand un peu plus tard le même ou un autre a de nouveau traversé le ciel et que j’en profitais pour m’expliquer sur ce nom de ptérodactyle que je lui donnais peut-être abusivement en tentant de faire remarquer aux personnes qui m’entouraient l’appendice caractéristique qui prolongeait sa tête à l’arrière, plus personne ne prenait garde à mes paroles), un signe annonciateur qui une fois passé ne méritait plus en effet qu’on y prît garde car dès lors, en levant les yeux vers ce beau ciel de fin de soirée, ce ne sont pas des ptérodactyles que les convives endimanchés ont vu voler dans le ciel, mais bien tomber du ciel des manières de cylindres blancs sur les flancs qui à mes yeux évoquaient d’étranges petits lave-linge, ou d’insolites tambours de machines à laver désolidarisés de leur habitacle dont ils n’auraient conservé que l’émail blanc, tomber à distance certes du lieu de nos réjouissances, mais aussi bien devant que derrière, à droite qu’à gauche, alors pourquoi pas aussi sur nous ; ce qui était plus qu’inquiétant car aux points de chutes lointains retentissaient déjà et flamboyaient d’authentiques explosions mal atténuées par la distance – alors n’hésitons plus à appeler les choses par leurs noms : le sol sur lequel nous vivons était clairement la cible d’un bombardement, et les yeux tournés vers le ciel vide où tournoyaient les cylindres blancs cherchaient en vain les avions supposés qui les avaient lâchés, car nous devions bien nous rendre compte au bout du compte qu’il n’y en avait pas, d’avions dans ce ciel vide, et que tout cela ne faisait bien que tomber du ciel.

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 18:05

Encore une nouvelle pente raide ! Quel besoin ai-je d’y grimper, me direz-vous. De fait, je serais bien en peine de vous répondre. J’y grimpe cependant, la chose est sûre, sans même accepter de me poser la question. J’ai bien trop à faire à vérifier la sûreté de mes prises, d’autant plus que la pente, quasi verticale à présent, est toujours aussi herbue ! D’ailleurs, maintenant que, s’inclinant encore davantage, elle devient un véritable surplomb, je suis bien heureux de trouver ces touffes d’herbe pour me suspendre.

Un dernier rétablissement, et me voici en haut, soupirant d’aise et de soulagement. Pas trop fort tout de même ! Figurez-vous que contre toute attente – contre la mienne en tout cas – j’ai débouché dans une vaste salle de lecture au dallage de marbre luisant, toute lambrissée de bois roux. Il y a là au moins une bonne centaine de jeunes gens bien mis plongés dans leur lecture, dont les plus proches froncent le sourcil dans ma direction, un doigt sur les lèvres.

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 15:20

Les mondes sont plusieurs. Ils sont assez réduits : un homme seul, bien entraîné, avec de la volonté, peut en parcourir à pied l’essentiel. Leur surface est bombée. Ils sont séparés par d’impensables failles.

Ceux qui cette fois me concernent sont quasi déserts. Je vous dis « ceux » car il y en a deux. Il a fallu un avion (un petit avion de touriste) pour passer de l’un à l’autre. Il a fallu un avion puisque, pour s’échapper de celui-ci, à l’idée de s’échapper d’ici me revient ce souvenir : pourquoi faut-il qu’un de ces avions s’écrase ?

Entre les mondes, tout au fond, c’est une autoroute en travaux qu’on a creusée. Les pentes du monde, abruptes, sont ravagées. C’est, à nu, douloureuse et écœurante au regard, la chair même de la terre.

Tout là-bas, tout là-haut, inaccessible, regardez cette maison solitaire plantée juste au bord de la falaise, comme une lampe-tempête. C’est là-haut sans doute que, dans l’idéal, il faudrait trouver refuge. Mais ce n’est qu’une illusion. On ne peut pas y aller.

Ceux qui nous retiennent, dans leurs impers bleus, sont trop bien organisés.

D’ailleurs, y serions-nous, n’y serions-nous pas dénoncés par les nécessaires occupants ?

Par quel effort impossible de l’imagination nous voyez-vous – nous : moi-même, et une autre partie de moi-même anonyme, à peine incarnée par une frêle jeune fille – par quel effort impossible somme-nous parvenus juste au bas de cette pente courte ? Les blancheurs que de loin nous prenions pour de la neige prennent sens entre nos doigts : ce n’est que de la cendre. Quant à ceux qui nous gardaient, réduits au désespoir, ils se sont dénudés, ils ont laissé pousser leurs barbes et leurs cheveux, et ils s’en sont recouverts.

C’est pour ça que, avec un peu de dégoût mais poussé par la compassion, j’ose moi-même (la partie de moi-même qui me ressemble), porter à mes lèvres un peu de cette cendre.

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 17:50

J’ai toujours tellement peur qu’on ne me croie pas – que vous ne me croyiez pas ! Heureusement, cette fois, il y a des témoins ; M, bien sûr, mais aussi quelques voisines, qui pourront vous garantir la véracité de mon propos. En effet je leur ai demandé ce qu’elles ont vu, tout de suite après, j’ai confronté leur témoignage avec ma propre vision, et elles m’ont assuré que je n’exagérais pas, non ; pour certaines, la chose avait même été plus impressionnante encore, elle avait même duré encore plus longtemps.

Nous étions au parc, un de ces parcs zoologiques qui ne s’avouent pas pour ce qu’ils sont, parce que les bêtes paraissent y vivre dans une illusion de liberté, au point qu’on se demande où elles sont, les bêtes ; au point qu’on n’est même pas déçu de ne pas en voir, comme si on n’était pas là forcément pour en voir.

Une partie du parc, en contrebas d’une grande clôture en béton rehaussée d’une vitre transparente, permettait de s’approcher d’animaux inoffensifs. Nous n’y étions pas, nous étions de l’autre côté, au-dessus, derrière la vitre, attablés peut-être, et c’est un regard distrait que nous jetions de l’autre côté de la vitre. J’ai montré à M, qui peut-être trouvait qu’il n’y avait pas grand-chose à voir, une autruche, au loin, à la lisière d’un bois en pente qui n’avait rien de la savane originelle. Dans la distance, la taille de l’oiseau était annulée ; c’était presque un oiseau comme un autre, et je trouvais cela intéressant. A ce moment ont surgi du même bois quelques renards argentés. Ils avaient la queue noire, le reste de la fourrure était clair : j’y devine une trace de leur origine arctique, le changement de fourrure se fait progressivement à la mi-saison. Certes ils étaient un peu grands, ces renards, un peu agressifs même, mais ce n’est rien en regard de ce qui suit.

La voici qui surgit du même bois encore, et comme elle aussi est du même blanc taché de noir, j’ai pu croire pendant une fraction de seconde qu’il s’agissait de la même chose. Mais très vite je me rends compte que non. D’ailleurs je n’ai jamais rien vu de semblable, et vous savez déjà que vous non plus. Certes, l’allure générale est plutôt celle d’un félin, les ocelles rappellent celles d’un jaguar et la couleur générale celle d’un once, mais ces précisions sont sans valeur. La queue est très courte ; la tête, elle, est très grosse, disproportionnée par rapport au corps, qui n’est pas petit cependant : la bête est bien plus grosse qu’un lion ou un tigre. Et avec cela son pelage revêt un aspect duveteux qui, associé à l’énormité de la tête, évoque quelque monstrueux bébé.

Mais ces considérations n’ont pu durer que quelques fractions de seconde car, à peine surgie, voici la bête qui se rue à travers la partie du parc qui lui sert d’enclave, semant la panique autour d’elle, et se jette à l’assaut de la muraille de béton et de verre qui la sépare de nous. Il faudrait qu’elle soit capable de bonds de près de dix mètres de haut pour parvenir à la franchir, en contrebas comme elle se trouve ; rassurez-vous, nous ne risquons donc rien en principe. Cependant, à chaque saut, elle est tout près de s’accrocher des pattes antérieures, bien griffues, au sommet de la clôture, et chacun de ses sauts est plus efficace que le précédent.

Vous comprendrez pourquoi j’ai peine à croire à tout cela, pourquoi je regarde autant les autres témoins de la scène que la chose elle-même, essayant de m’assurer qu’ils seront en mesure de confirmer devant vous mon témoignage.

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Rien (qu'une affaire de regard) couv

Mon premier roman, indisponible depuis des années, fait l'objet d'une réédition revue et corrigée, chez Quidam éditeur bien sûr, sous le titre Rien (qu'une affaire de regard). (Mars 2014)

La quatrième de couverture.

L'accueil de la critique.

Le Carnet du Libraire, sur France Culture.

 

Couv Dans mon oreille
Dans mon oreille, illustré par Henri Galeron, aux éditions Motus (12 septembre 2013).

par le hublot (droit)

(A suivre) - J.d'Abrigeon (2) - L.Albarracin (2) - Albin - P.Alferi (2) (3) - J.Alikavazovic - N.Allan - Altan - T.Arfel - P.Arguedas - M.Arrivé (2) (3) (4) (5) (6) - D.Auby  (2) (3) - P.Autin-Grenier - L.Bablon - JL.Bailly (2) (3) - I.M.Banks - J.Baqué - C.Barreau - L.Bassmann (2) (3) (4) - E.Baudoin (2) - F.Beaune - C.Beauvoir - S.Beckett (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) - B.Bégout - Th.Beinstingel (2) (3) (4) - J.duBellay - L.BenincáG.Bergounioux (2) (3) (4) (5) (6) - P.Bergounioux (2) (3) - A.Bertina (2) - A.Bertrand - H.Bessette - P.Bettencourt - F.Bon - E.Bonnargent - M.Bonnevay - S.Bourgois - A.Bréa (2) - RD.Brinkmann - R.Butlin - O.Cadiot - JL.Caizergues (2) - N.Caligaris - I.Calvino - M.Candré - K.Čapek (2) - Casanova - Cl.Chambard - P.Chamoiseau (2) - G-O.Châteaureynaud (2) - E.Chauvier - E.Chevillard (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) (12) (13) (14) (15) (16) (17) - Claro (2) (3) (4) - J.Coe (2) (3) - M.Cohen (2) (3) (4) (5) - S.Coher (2) - S.T.Coleridge  (2) - Colette - Y.Colley - M.Cosnay (2) (3) (4) (5) (6) (7)JL.Coudray (2)D.da Silva (2) (3) (4) (5) (6) - D.Decourchelle (2) - M.Desbiolles - A.DiazRonda - A.Dickow (2) - Y.diManno - S.Doppelt - M.Draeger (2) - C.Dubois - M.Duplan - J.Echenoz - R.Elman - Chr.Esnault - J-M.Espitallier - E.Faye (2) - R.Federman (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) - E.deFilippo - J.Filloy - G.Flaubert (2) (3) - F.Forte (2) - Em.Fournier - H.Frappat (2) (3) - Fred - M.Frering (2) - R.Froger - F.Gabriel - A-M.Garat - Ph.Garnier (2) (3) (4) (5) - R.Gary - M.Giai-Miniet - J.Giono - L.Giraudon - G.Goffette - I.Gontcharov (2) (3)S.J.Gould - J.Grandjean - Grimm - F.Griot - D.Grozdanovitch (2) (3) - D.Guillec - P.N.A.HandschinB.Heim (2) - Hergé - O.Hervy - R.Hoban (2) - E.Hocquard - Homère - V.Horton (2) - B.Jacques - R.Jirgl - B.S.Johnson (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) - G.Josipovici (2) (3) (4) - J.Josse (2) (3) - J.Jouet (2) - P.Jourde (2) (3) (4) (5) (6) - F.Kafka (2) - Fe.Karinthy - Fr.Karinthy (2) - P.Katchadjian - J.Lafargue (2) (3) (4) - E.Larher - F.Léal - S.Leclercq - JMG.LeClézio - A.Lefranc (2) - LeGolvan (2) - M.Lentz - P.LePillouër - P.LeQuerrec (2) - D.Lespiau (2) - E.Levé - L.Lionni - H.Lucot (2) - S.Macher - Chr.Macquet - C.Mainardi (2) - LE.Martin - J-P.Martinet - Masse - F.Matton (2) (3) - D.MémoireH.Michaux - P.Michon - C.Minard (2) (3) (4) (5) (6) (7) - H.Mingarelli (2) (3) - Moebius - Chr.Molinier - I.Monk - D.Montebello - J.Montestrela - R.Morgiève (2) - S.Moussempès - J.Mouton (2) - D.Munn - Munoz et Sampayo - Nerval (2) (3) - Ovide - E.Pagano - Y.Pagès - J-F.Paillard - A.Parian - P.Parlant - M.Pautrel - D.Pennac - X.Person - E.Pessan (2) (3) (4) (5) - P.Petit (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) (12) (13) (14) (15) (16) (17)H.Pinter - E.Pireyre (2) (3) - F.Pittau (2) - V.Pittolo (2) (3) - V.Poitrasson - M.Pons (2) - C.Portier (2) (3) - C.Prigent - D.Quélen - N.Quintane (2) (3) - E.Rabu - E.M.Remarque - M.Rivet - O.Rohe - Cl.Rosset - M.Rousset - AS.Salzman (2) - A.deSandre - N.Sarraute - J.Sautière - A.Savelli (2)E.Savitzkaya  (2) (3) (4) (5) (6) - B.Schulz - O.Scohy - P.Senges - A.Serre (2) - M.Simon - S.Smirou - M.Sonnet (2) (3) - G-Soucy - G.Stubbe - L.Suel - I.Svevo - Y.Ténédim - P.Terzian - A.Tot - E.Venet - R.Verger (2) (3) - M.Villemain (2) - Th.Vinau (2) (3) - A.Volodine (2) (3) (4) (5) (6)C.Wajsbrot - C.Ysmal - F.Yvert