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Raymond Federman, A qui de droit.

Claude Chambard, Carnet des morts.

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- Lundi 28 avril à 14h55, dans le cadre de l'émission le Carnet du libraire d'Augustin Trapenard sur France Culture, Sidonie Mézaize, de la librairie Kyralina à Bucarest, parlait de Rien (qu'une affaire de regard).

- Samedi 14 juin de 17h à 18h, Pierre Jourde, Guy Goffette et moi-même étions les invités d'Augustin Trapenard pour son émission le Carnet d'or, qui portait sur le thème de la réécriture.

28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 15:49

Décidément il y a du désordre dans ces cartes. Celle-ci, même si elle est du même format et du même aspect que les autres n’est pas de la main de mon grand-père. Elle est écrite à l’encre au lieu de l’habituel crayon à papier, et à l’horizontale. (Edmond prend toujours la carte verticalement). Les premières lignes d’ailleurs sont imprimées, même si elles imitent l’écriture cursive, elles disent (après un alinéa très long) :

                       En vous présentant nos salutations très distinguées, nous avons l’honneur de vous informer que

Et la suite est manuscrite :

le Lieutenant Annocque, Edmont (sic), Joseph, Ferdinand, de St Quentin (Aisne)

pris le 20 mai 1916 au Mort Homme serait prisonnier au camp de Mayence depuis le 28 mai 1916

Vous pouvez lui écrire.

 

Vous pouvez lui écrire. Toutes ces cartes et ces lettres qu’ils lui ont écrites, que je n’ai pas, que je ne devine qu’à travers ses réponses.

Et sur la droite, au-delà d’un trait vertical : 287 Infanterie.

En bas, deux coups de tampon à l’encre mauve : Prière d’accuser réception et Répondre : « SERVICE P »

 

Le Mort-Homme est donc l’endroit où Edmond n’est pas mort. Je regarde sur Google Map. C’est tout à côté de Verdun. Il y a une forêt domaniale.

 

Je retourne la carte. Elle est à l’en-tête de

LES NOUVELLES DU SOLDAT

AGENCE DE PRISONNIERS DE GUERRE

Bureau créé par le Groupe des Députés de la Seine pour la recherche des militaires disparus

C’est mon arrière-grand-père qui l’a reçue, elle a été adressée directement au

 Recrutement de St Quentin

Quimper

La personne avait commencé à écrire Recrutement de Quimper : « St » est rajouté devant « Quentin » où le e surcharge un i et le n un m.

Il a dû apprécier de pouvoir préparer sa femme à la nouvelle. J’imagine des sentiments mêlés, espoir et peur. La nouvelle est au conditionnel.

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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 18:27

   Le 28 juin 1917. Mes chers parents,

Ma très chère sœur se figure peut-être que je suis très connu en Allemagne (je crois deviner un point d’exclamation à peine appuyé, peut-être effacé)car elle n’a pas jugé bon de mettre le nom du camp sur sa lettre ! Cela a eu pour résultat que sa lettre m’est parvenue douze jours en retard et encore heureux qu’elle ne s’est pas perdue en route. Je ne l’en remercie pas moins de sa bonne lettre. Comme courrier j’ai encore reçu les cartes de papa des 9 11 et 12 ainsi que la lettre de maman du 10. Au sujet de la carte de Lolotte je remercie maman de la permission qu’elle me donne mais je ne trouve pas cela très raisonnable. Car il y a d’autres personnes à qui je voudrais pouvoir écrire plus souvent, et il aurait mieux valu que ce soit en leur faveur que maman se dévoue. Il me faut l’outil de recherche du traitement de texte pour me rappeler qu’il s’agit sans doute de Lolotte Gillet, mentionnée dans la carte du 11 mai. J’imagine qu’Edmond en tant que prisonnier n’a pas la possibilité de multiplier les destinataires, il y avait sans doute une réglementation à ce sujet. Comme colis j’ai été assez favorisé ces jours-ci : j’ai reçu les (je n’arrive pas à lire, on dirait que ça commence par « plu ») n°28 et les colis gare n° 17 19 20. Le colis 19 était un peu abîmé ; une âme charitable avait arraché le papier dans un coin et avait allégé le paquet d’une boîte de conserves. Cela n’a guère pu se produire qu’ici, car autrement le reste du colis serait tombé pendant le trajet. Le colis n°20 avait subi un autre accident, la (je lis « boice ») de (je ne comprends pas non plus, ça commence par « col ») était percée d’un trou au couvercle, et les grandes chaleurs avaient fait fondre le contenu qui s’était répandu sur toutes les autres denrées, mais heureusement celles-ci étaient bien empaquetées et n’avaient presque pas souffert. L’ennui c’est qu’il n’y avait plus rien dans la boîte. Je finis mon cadre aujourd’hui, dès que la permission sera rétablie je vous l’enverrai avec le service à (le coin de la carte est déchiré en bas à gauche mais je sais bien qu’il s’agit du service à fumeurs destiné à mon grand-oncle Louis) à Louis. Je vous quitte mes chers parents en vous (« embrassant » est déchiré) bien fort tous les deux ainsi que toute la famille. La signature aussi est déchirée.

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 18:09

  Le 23 juin 1917. Mes chers parents.

L’espace entre l’en-tête et la première ligne est inhabituellement plus large que les interlignes qui suivent.

Pendant quelques jours nous avons eu ici de très fortes chaleurs, c’était presque insupportable on ne pouvait rien faire sans être tout de suite en sueur. Il y avait près de 40° au soleil. Mais hier nous avons eu un peu de pluie et aujourd’hui le temps est un peu rafraîchi. C’est assez heureux pour nous. Surtout que j’avais tout le temps soif et que je buvais beaucoup, ce qui ne pouvait que faire du mal à mon estomac. Je crois que c’est la première fois qu’il parle de son estomac. C’est vrai qu’il y a une partie des cartes qui ont été mélangées et que j’ai laissé ce désordre. Je crois aussi que c’est ce quelque chose à l’estomac qui l’a tué, onze ans plus tard. Quelque chose qu’il aurait contracté durant sa captivité. Comme courrier j’ai reçu les cartes de papa des 2-4-5-6-7-8 ainsi qu’une carte de Thérèse Déqueuse (si je lis bien) de Suisse. Comme colis, j’ai reçu les colis gare n° 15-16-18. Tout était en bon état sauf le beurre qui avait fondu et qui était diminué d’une assez forte quantité. Il faudrait le mettre en boîtes comme celles de viande de cette façon il ne fonderait (sic) pas et n’abîmerait pas le reste du colis. Je n’ai rien reçu de Lucie depuis un mois et ne savais qu’elle avait fait ce voyage et changé de situation. Ma sœur est bien gentille de me confectionner des douceurs et je l’en remercie mais je croyais qu’elle devait m’écrire une longue lettre, je ne vois rien venir. J’ai oublié dans ma dernière carte de vous demander une ceinture en cuir ou en caoutchouc pas très haute pour mettre pour jouer au tennis à la place des bretelles. Je vous rappelle qu’il serait temps si vous ne l’avez pas fait de m’envoyer du savon, pâte dentifrice, et lacets. J’espère que (mot raturé) ma dernière carte vous sera bien arrivée et que vous aurez tout pigé. C’est vrai qu’il ne parle pas de son camarade Gauduchon. Un espace après cet inhabituel « pigé », concession à l’âge ; la formule finale fait une nouvelle fois l’objet d’un paragraphe séparé.

Je vous quitte mes chers parents en vous embrassant bien fort tous les deux ainsi que Geneviève et Louis et toute la famille. Votre fils qui vous aime. EA

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 18:48

   Le 18 juin 1917 - Mes chers parents. Cette carte-ci est particulièrement bien remplie, bien serrée. L’impression, à la voir, qu’il y avait de quoi dire.

J’ai reçu ces 4 jours des nouvelles de plusieurs personnes. Ce sont d’abord la carte de papa du 31 main (sic), celle de maman du 24 mai et sa lettre du 2 juin, puis une carte de l’oncle Desmarets (j’opte définitivement pour cette orthographe) du 1er juin ainsi qu’un mandat du 20. Il est bien gentil et je suis toujours heureux de recevoir de ses bonnes nouvelles et de savoir qu’il est en bonne santé ainsi que toute sa famille. Je ne savais pas que Mme Desmarets-brodeur et le père Lecoq étaient morts. Les nouvelles sont tellement serrées sur la carte que parfois elles se collent bizarrement. J’ai aussi reçu une carte de Blanche Lévêque ; elle vient d’être évacuée, elle ne connaît pas votre adresse ; elle a appris la mienne par hasard. La sienne. Son adresse. Offiziergefangenenlager Reisen in Posen. Aussi elle me charge de vous demander si vous pouvez lui donner des nouvelles de son mari qui était à Quimper au début de la guerre. Elle habite près de notre cousin Je n’arrive pas à lire le nom, ça ressemble à « Loip », il y en avait des cousins à cette époque dans la famille, 37 rue de la claie. Je n’évite pas le réflexe Google, la rue de la claie existe toujours à Saint-Quentin – mais moi je ne connais pas du tout Saint-Quentin. Le capitaine de mon régiment qui est là-bas est sans doute le capne Maldidier. Je le connais en effet très bien, s’il est encore là rappelle-moi à son bon souvenir. Je vous assure que je ne suis pas las du tout du cake. Il nous sert pour prendre le thé. C’est très agréable. Comme colis je n’ai reçu qu’un colis de pain qui cette fois-ci n’a mis que quinze jours et était en assez bon état. Avant-hier au cours d’une conversation j’ai appris qu’un camarade avait fait une partie de ses études au collège de Maubeuge. Son père qui est officier d’administration y est arrivé en janvier 1904. Nous avons donc été six mois environ ensemble. Edmond a été élève au collège de Maubeuge. Je n’ai jamais mis les pieds à Maubeuge. Il est plus jeune que moi d’un an, il était donc en 8e pendant que j’étais en 7e. Nous ne nous rappelons pas l’un de l’autre, mais nous avons dû certainement jouer ensemble. Il se rappelle très bien de tous ceux que j’ai également connus. Il était très copain avec Jean Potier, Verlynde, Charles Fleuret etc. Je comprends pourquoi l’écriture est si serrée. Edmond savait de quoi parler. Il savait que cette fois la surface de la carte y suffirait difficilement. Nous avons causé très longtemps, évoquant tous les souvenirs communs, la ville, les professeurs, les camarades. Je n’ai aucun souvenir commun avec Edmond. Mon père n’a pour ainsi dire aucun souvenir commun avec Edmond. Il demeurait rue des Je n’arrive pas à lire le nom mais je me dis qu’il me suffirait de chercher sur un plan de Maubeuge, il s’appelle Gauduchon, vous rappelez-vous de ce nom ? Il a écrit aussi chez lui pour causer de moi. Il s’appelle Annocque, vous rappelez-vous de ce nom ? C’est très drôle d’avoir vécu un an sans savoir que l’on s’était déjà connu. Un an. C’est très drôle. J’oublie toujours de vous demander une pierre d’alun pour laisser sur je n’arrive pas à lire, un repentir et un coup de gomme à la ligne en dessous déborde sur le mot après s’être rasé. Envoyez-moi aussi des souliers de tennis car depuis trois jours je fais partie du tennis club, j’ai déjà fait plusieurs parties. Pas moi. Je ne me rappelle pas avoir jamais tenu une raquette de tennis. Il est vrai aussi que je n’ai jamais fait la guerre et que je n’ai jamais été interné en camp de prisonniers. Je vous embrasse tous bien fort. Votre fils qui vs aime si fort. Chaque millimètre compte. Une boucle suivie d’un trait ondulé sous « aime si fort » fait office de signature.

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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 16:05

Le 14 juin 1917. Mes chers parents.

Il vient d’y avoir un peu de nouveau au camp. D’abord nous avons eu il y a quelques jours le bonheur de voir arriver un aumônier qui est affecté au camp. Cela nous a fait plaisir car nous avons été si longtemps sans ou presque. Oui, il en avait déjà été question, et cette piété de mon jeune grand-père m’avait arrêté sans que j’aille jusqu’au commentaire. J’y pense rarement, mais je sais que l’avancement militaire de mon arrière-grand-père, le père d’Edmond, avait été stoppé à cause de sa trop grande piété – plus tard j’ai appris qu’il avait carrément été fiché lors de l’« affaire des fiches », précisément. Serait plus à sa place « sous la soutane que sous l’habit militaire », était-il écrit ; le tout (un très bref tout) assorti de la flatteuse mention « très dangereux ». Je trouve ça drôle. Trois générations plus tard, l’un de ses arrière-petits-enfants lui rend volontiers hommage, tout éloigné que je sois moi-même de la religion et carrément prêt à voter communiste à l’occasion, sans qu’il y ait jamais eu de rébellion envers la génération précédente, tout simplement un cheminement personnel que l’éducation avait à chaque fois rendu possible. Ou peut-être suis-je moi aussi très dangereux sans le savoir ? Ensuite il y a eu ce matin un départ de cinq officiers. Tout cela a produit un peu de mouvement et a changé les idées. J’ai reçu comme courrier la carte de papa du 26, la lettre de maman du 27, la carte de papa du 28 et la carte de maman du 30. J’ai reçu aussi une longue (il manque « lettre ») de ma tante du 29 mai. Dites-lui que je la remercie et que je lui envoie mes meilleurs baisers. Comme colis j’ai reçu les paquets postes 26 et 27 et les colis gare n° 13 et 14 ainsi qu’un colis de pain complètement moisi. Le reste était en bon état. Je continue de temps en temps les matières classiques, je lis un peu d’histoire de géographie ou de physique. Il y a en ce moment un camarade qui nous fait quelques conférences sur l’acoustique. J’y assiste. Le temps continue à être très beau, il fait même bien chaud dans la journée, mais le soir de 7 à 9 il fait très bon.

Je vous quitte mes chers parents en vous embrassant bien fort tous les deux ainsi que Geneviève et Louis Madeleine et Jean et toute la famille.

Votre fils qui vous aime de tout son cœur.

Ces retours à la ligne sont inhabituels. Edmond avait moins à dire. Pourtant pour une fois il s’était passé un peu quelque chose.

Edmond

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 17:40

Le 9 mai juin 1917. Mes chers parents.

C’est aujourd’hui l’anniversaire de notre arrivée à Reisen. Combien de temps allons-nous encore y rester ? Comme courrier j’ai reçu les cartes de Papa de des 19 et 22 et celles de maman des 23, 24 et 25. Comme colis j’ai reçu simplement les colis gare n° 11 et 12. J’ai remarqué que maman s’était servi de l’emballage de mon colis, il en aura fait du voyage ce carton. Ces 2 colis étaient en bon état. Je crois qu’une chemise et un caleçon de toile me seraient de nouveau nécessaires, car le linge reste si longtemps au blanchissage que je n’en ai pas assez pour changer toutes les semaines. A part cela, rien de bien particulier ici. Rien. Rien à faire, rien à dire. Un peu plus que rien pour manger et se vêtir. Rien à l’horizon. Je ne peux pas m’empêcher de voir ce rien inscrit dans le nom même de Reisen. Je viens de me mettre à jouer au football, car j’ai trouvé que je ne faisais pas assez d’exercice. On se lasse vite de tourner autour du parc ! Aussi je joue deux fois par semaine, les premières fois j’ai été bien fatigué cela n’a rien d’étonnant, il y avait si longtemps que je n’avais fait d’exercice violent. Il y avait si longtemps que je n’avais fait d’exercice violent. Le brave Mairesse n’a pas volé son galon, ce n’est réellement pas un veinard. On devine l’atroce litote. J’ai écrit à la cousine Jeanne, mais malheureusement avant d’avoir reçu la carte du 19. Je pense que l’arrêt des colis n’a dû durer que quelques jours ; car quelques camarades d’autres régions m’ont dit que les envois avaient être suspendus trois ou quatre jours mais un peu plus tôt. Vous essayez de remonter un peu le ménage, vous avez raison car il en aura sûrement besoin. Je vous quitte mes chers parents en vous embrassant bien fort tous les deux ainsi que Geneviève et Louis Madeleine et Jean et toute la famille. Votre fils qui vous aime de tout son cœur. Edmond

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 17:06

Le 4 juin  1917. Mes chers parents. Nous aussi nous sommes le 4 juin, aujourd’hui. Je sentais venir cette concomitance. Ma lecture a pris naturellement le rythme de sa correspondance.

J’ai reçu comme courrier ces jours-ci les cartes de papa des 15-16-17-18 et 21 et la lettre de maman du 20 mai. Comme colis j’ai été aussi bien servi. Sont arrivés les colis gare n°6-7-8 et 10 + 1 colis de pain du 10 mai et le cake n°25. Le cake n°25. Le pain était encore complètement moisi. Tout le reste était en bon état, sauf les œufs du colis n°7, il y en avait un de cassé, il s’était gâté et avait abîmé tous ceux qui l’entouraient. Il y en a eu de ce fait plusieurs de perdus. Je me demande comment un œuf en pourrissant peut gâter des œufs encore en coquille. La question me vient en même temps que la conscience de son inanité. D’ailleurs je n’y connais rien, au fond. L’œuf cassé se trouvait dans un coin. Maman ferait bien de n’en pas mettre dans les coins car souvent il y en a de fendus dans ces endroits, mais jusqu’à présent le son avait bouché les fentes et comme il ne faisait pas très chaud le reste était en bon état. Je ne suis pas sûr de bien lire « son ». La chose me paraît étrange. Mon arrière-grand-mère l’employait-elle pour combler les espaces et caler les œufs ? Pourquoi pas. Vous exagérez les compliments sur les travaux, il y a beaucoup de défauts et j’ai dû faire souvent usage de la colle. Il y a des officiers qui travaillent bien mieux et qui font des choses vraiment superbes. Mais nous ne pouvons pas faire la comparaison, nous. Je ne sais pas si les compliments sont exagérés, mais je m’y joins. Depuis petit, c’est une évidence. Les objets nous sont fournis tout montés et tout dessinés. Quelquefois cependant on change le dessin ou on l’interprète d’une façon différente. J’ai fini le service à fumeurs pour Louis, il est ciré et prêt à être expédié (c’est donc ça, cet aspect sur lequel je ne mettais pas de nom : tous ces objets sont cirés), mais par malheur l’envoi de colis en France est suspendu pour le moment. J’espère que ça ne durera pas trop longtemps car je voudrais que Louis puisse le voir à sa prochaine permission. Je n’ai jamais vu ce service à fumeurs. Un instant la pensée que Louis non plus me traverse – et puis je me dis qu’il était peut-être tout simplement dans les affaires de Louis, peut-être même était-il exposé quelque part la dernière fois que nous sommes allés le voir, au début des années 70. Je ne suis pas là d’avoir fini ce que j’ai projeté car c’est assez long, surtout pour moi qui ne travaille qu’un petit moment par jour. Je vais faire maintenant le cadre pour Tante Marie. Je vous quitte mes chers parents en vous embrassant bien fort tous les deux ainsi que Geneviève et Louis et toute la famille. Votre fils qui vous aime de tt son cœur. EA

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 15:45

Le 30 mai 1917  Mes chers parents

J’ai reçu les cartes de papa des 5,10-11 et 12 mai, ainsi qu’une carte de ma tante Maria du 28 avril. La mystérieuse Tante Maria. En tout cas à présent le a final ne fait aucun doute. Elle est toujours en bonne santé et a toujours bon espoir. Le brave Lefebvre est très gentil, dites-lui que je lui envoie aussi mon bon souvenir. Mes amitiés aussi à la famille Mercier. Lefebvre. Mercier. Ces patronymes parmi les plus répandus en France, une autre manière de les rejeter dans l’anonymat. Edmond a-t-il conscience – à l’époque les moyens de le savoir sont moins évidents – de la rareté de son propre patronyme ? Je suis bien heureux que mon colis soit arrivé en bon état et que tout le monde (je n’arrive pas à lire le mot qui suit, ce devrait être « soit » mais je n’arrive pas à le lire) content de son lot. Bien sûr il s’agit du Kerbschnitt. Il est exact que cela revient assez cher, les prix augmentent même de plus en plus. J’espère que (là, une abréviation ; c’est peut-être « M. » mais honnêtement je n’en sais rien) Monnot (ou Monnet ?) va mieux maintenant et qu’il est complètement rassuré. Je n’ai reçu comme colis qu’un colis de pain du 1er mai qui me confirme dans la décision prise dans la précédente carte, cette fois-ci je n’ai rien pu en retirer. Je vérifie, ce n’était pas dans la précédente carte mais dans celle d’avant encore, du 21 mai. Pour les colis il n’est pas étonnant qu’il y ait un peu de retard, les 2 jours de fête en sont probablement la cause. Les jours de fête. Pour le lait liquide, nous venons de faire des essais ; même dans un bocal de verre bien fermé, il ne se conserve guère plus de 3 ou 4 jours, même dans notre chambre qui est une des plus fraîches du camp. Aussi vous seriez bien gentils de voir si vous ne pourriez pas trouver des boîtes plus petites. D. en a reçu une assez petite, la moitié des autres environ. Le temps est toujours de plus en plus chaud. Je vous quitte mes chers parents en vous embrassant bien fort tous les deux ainsi que Geneviève et Louis et toute la famille. Votre fils qui vous aime de tt son cœur. EAnn

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 15:32

_ Le 25 mai 1917 Mes chers parents _ L’en-tête est inhabituellement encadré de deux tirets bas, bien marqués – on voit que le crayon à papier est passé plusieurs fois. Je ne sais pas pourquoi.

J’ai reçu comme courrier les cartes de papa des 7 et 8 mai et la lettre de Geneviève. Je la remercie bien de sa bonne lettre. Comme colis j’ai reçu trois colis gare les n°s 2 – 4 et 5 et le plumcake n° 24. Le plumcake n° 24 ! Tout était en bon état. Le plumcake avait été ouvert et le paquet refait très mal ; mais il ne manquait rien, ce qui est très heureux. Ce plumcake a une histoire. Nous ne la connaîtrons pas. Tout était très bien conditionné et je vous remercie. J’ai causé à mon Russe au sujet des timbres-poste ; il va écrire chez lui pour qu’on les lui envoie, il est très content de pouvoir me faire plaisir. Me voici tout d’un coup arrêté par cet intermède philatélique. La collection dont enfant j’ai hérité et que j’ai continuée quelques années, il y a là sans doute une de ses sources. Des timbres antérieurs à 1917, j’en avais beaucoup. C’est là sans doute que j’ai acquis complètement par la bande mes premiers rudiments d’Histoire et de géographie. Yvert et Tellier étaient les auteurs de mes manuels. Et puis à l’adolescence j’ai tout arrêté. Une autre activité qui s’était développée secrètement avait supplanté la philatélie : celle que je pratique encore à l’instant. Mais peut-être est-ce la même chose. Des timbres antérieurs à 1917, j’en avais beaucoup ; mais des russes, à vrai dire, je ne m’en souviens pas. Des français, bien sûr, des anglais, des italiens, et puis de tous ces états qui devinrent de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie, un peu de Serbie, pas mal curieusement de Bosnie-Herzégovine. Mais de Russie d’avant 17, non. Je ne m’en souviens pas. Ça ne veut rien dire. Il faudrait que je regarde. Pour la carte en question, j’essaierai, mais cela n’est pas très facile. Je me conformerai au conseil de ma très chère sœur pour le lait. Je crois bien que c’est « pour le lait ». Je ne me sers plus si souvent de l’alcool car il y a une cuisinière à côté de notre chambre, mais il est bon d’en avoir un peu pour faire chauffer quelque chose de pressé. Vous pouvez donc m’envoyer une boîte tous les deux mois par exemple. Le temps est toujours très beau quoiqu’aujourd’hui il fasse très lourd et qu’on craigne un orage, c’est du reste une chose très peu rare dans cette région. L’été dernier nous en avons eu beaucoup. Parler moins du temps qui passe que du temps qu’il fait. Je vous quitte mes chers parents en vous embrassant bien fort tous les deux ainsi que Geneviève et Louis et toute la famille. Votre fils qui vous aime de tout son cœur.

La signature est encore plus illisible que d’habitude.

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 17:27

Le 21 mai 1917. Mes chers parents.

Je devais écrire samedi, je l’avais remis au dernier moment et un empêchement imprévu est survenu et je n’ai pas eu le temps de faire ma carte. La phrase résonne, je pourrais l’avoir dite, notamment la fin, en remplaçant « carte » par « billet », puisque c’est sur mon blog que je recopie ces cartes. Facilité d’Edmond à nous faire oublier qu’il est prisonnier. Se pourrait-il que par moment lui-même l’oublie ? J’ai reçu comme courrier les cartes de papa des 1.2.3.4 mai la lettre de maman du 6 ainsi qu’une lettre de Lucie du 3 mai. C’est une longue babillarde très gentille. Elle me raconte plusieurs histoires et je l’en remercie, elle a joint à sa lettre la photo de sa petite cousine qui m’a, paraît-il, adopté pour cousin, elle pense que je serais heureux de faire sa connaissance, c’est très bien. « C’est très bien. » « C’est très bien » est un peu rapide, et je trouve quelque chose d’un peu triste dans cette rapidité. J’ai été bien heureux d’apprendre que Maman Marie n’avait pas souffert. C’est la grand-mère d’Edmond, je l’ai noté quelque part. Voilà. Je ne connais pas son nom de jeune fille, mais je vois qu’elle était mariée à Louis-Hilaire Mangot, né le 17 février 1837 à Amiens, et qui fut chef de gare à Longueau. D’elle, je n’ai pas la date de naissance, et j’apprends qu’elle est morte en 1917. Il faut forcer un peu l’idée qu’il s’agit de mes arrière-arrière-grands-parents pour qu’elle me traverse l’esprit. Pour le reste il faut en prendre son parti, si on retrouve quelque chose il faudra se considérer comme très heureux. Je ne sais pas ce qu’il y a sous cette phrase – pas davantage que ce qu’elle dit.J’ai vu des journaux illustres des vues de chez nous, ce n’est pas brillant. « Chez nous », je sais que c’est Saint-Quentin. Mais je ne connais pas « chez nous ». Le temps continue à être toujours très beau, mais le séjour dans le parc est rendu très désagréable par une quantité considérable de moustiques qui ne nous laissent pas un moment de répit. J’ai la figure et les mains pleines d’ampoules. Il est pourtant joli en ce moment, le muguet et le lilas étant en fleurs. J’ai reçu pas mal de colis, les paquets postes 13.21.22.23 et les colis gare 1.2.3. Tout était en bon état. J’ai reçu aussi un colis de pain du 24 avril, ils commençaient déjà à être moisis. Je crois qu’il faudrait mieux supprimer l’abonnement pendant les grandes chaleurs car c’est de l’argent perdu. Vous pourriez le remplacer par du pain grillé ou des biscuits, mais autant que possible un peu meilleur que ceux d’habitude. Je vous embrasse bien fort tous les 4 ainsi que tte la famille. Edmond manque de place sur la fin, d’ailleurs il n’y a pas de signature.

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Rien (qu'une affaire de regard) couv

Mon premier roman, indisponible depuis des années, fait l'objet d'une réédition revue et corrigée, chez Quidam éditeur bien sûr, sous le titre Rien (qu'une affaire de regard). (Mars 2014)

La quatrième de couverture.

L'accueil de la critique.

Le Carnet du Libraire, sur France Culture.

 

Couv Dans mon oreille
Dans mon oreille, illustré par Henri Galeron, aux éditions Motus (12 septembre 2013).

par le hublot (droit)

(A suivre) - J.d'Abrigeon (2) - L.Albarracin (2) - Albin - P.Alferi (2) (3) - J.Alikavazovic - N.Allan - Altan - T.Arfel - P.Arguedas - M.Arrivé (2) (3) (4) (5) (6) - D.Auby  (2) (3) - P.Autin-Grenier - L.Bablon - JL.Bailly (2) (3) - I.M.Banks - J.Baqué - C.Barreau - L.Bassmann (2) (3) (4) - E.Baudoin (2) - F.Beaune - C.Beauvoir - S.Beckett (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) - B.Bégout - Th.Beinstingel (2) (3) (4) - J.duBellay - L.BenincáG.Bergounioux (2) (3) (4) (5) (6) - P.Bergounioux (2) (3) - A.Bertina (2) - A.Bertrand - H.Bessette - P.Bettencourt - F.Bon - E.Bonnargent - M.Bonnevay - S.Bourgois - A.Bréa (2) - RD.Brinkmann - R.Butlin - O.Cadiot - JL.Caizergues (2) - N.Caligaris - I.Calvino - M.Candré - K.Čapek (2) - Casanova - Cl.Chambard - P.Chamoiseau (2) - G-O.Châteaureynaud (2) - E.Chauvier - E.Chevillard (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) (12) (13) (14) (15) (16) (17) - Claro (2) (3) (4) - J.Coe (2) (3) - M.Cohen (2) (3) (4) (5) - S.Coher (2) - S.T.Coleridge  (2) - Colette - Y.Colley - M.Cosnay (2) (3) (4) (5) (6) (7)JL.Coudray (2)D.da Silva (2) (3) (4) (5) (6) - D.Decourchelle (2) - M.Desbiolles - A.DiazRonda - A.Dickow (2) - Y.diManno - S.Doppelt - M.Draeger (2) - C.Dubois - M.Duplan - J.Echenoz - R.Elman - Chr.Esnault - J-M.Espitallier - E.Faye (2) - R.Federman (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) - E.deFilippo - J.Filloy - G.Flaubert (2) (3) - F.Forte (2) - Em.Fournier - H.Frappat (2) (3) - Fred - M.Frering (2) - R.Froger - F.Gabriel - A-M.Garat - Ph.Garnier (2) (3) (4) (5) - R.Gary - M.Giai-Miniet - J.Giono - L.Giraudon - G.Goffette - I.Gontcharov (2) (3)S.J.Gould - J.Grandjean - Grimm - F.Griot - D.Grozdanovitch (2) (3) - D.Guillec - P.N.A.HandschinB.Heim (2) - Hergé - O.Hervy - R.Hoban (2) - E.Hocquard - Homère - V.Horton (2) - B.Jacques - R.Jirgl - B.S.Johnson (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) - G.Josipovici (2) (3) (4) - J.Josse (2) (3) - J.Jouet (2) - P.Jourde (2) (3) (4) (5) (6) - F.Kafka (2) - Fe.Karinthy - Fr.Karinthy (2) - P.Katchadjian - J.Lafargue (2) (3) (4) - E.Larher - F.Léal - S.Leclercq - JMG.LeClézio - A.Lefranc (2) - LeGolvan (2) - M.Lentz - P.LePillouër - P.LeQuerrec (2) - D.Lespiau (2) - E.Levé - L.Lionni - H.Lucot (2) - S.Macher - Chr.Macquet - C.Mainardi (2) - LE.Martin - J-P.Martinet - Masse - F.Matton (2) (3) - D.MémoireH.Michaux - P.Michon - C.Minard (2) (3) (4) (5) (6) (7) - H.Mingarelli (2) (3) - Moebius - Chr.Molinier - I.Monk - D.Montebello - J.Montestrela - R.Morgiève (2) - S.Moussempès - J.Mouton (2) - D.Munn - Munoz et Sampayo - Nerval (2) (3) - Ovide - E.Pagano - Y.Pagès - J-F.Paillard - A.Parian - P.Parlant - M.Pautrel - D.Pennac - X.Person - E.Pessan (2) (3) (4) (5) - P.Petit (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) (12) (13) (14) (15) (16) (17)H.Pinter - E.Pireyre (2) (3) - F.Pittau (2) - V.Pittolo (2) (3) - V.Poitrasson - M.Pons (2) - C.Portier (2) (3) - C.Prigent - D.Quélen - N.Quintane (2) (3) - E.Rabu - E.M.Remarque - M.Rivet - O.Rohe - Cl.Rosset - M.Rousset - AS.Salzman (2) - A.deSandre - N.Sarraute - J.Sautière - A.Savelli (2)E.Savitzkaya  (2) (3) (4) (5) (6) - B.Schulz - O.Scohy - P.Senges - A.Serre (2) - M.Simon - S.Smirou - M.Sonnet (2) (3) - G-Soucy - G.Stubbe - L.Suel - I.Svevo - Y.Ténédim - P.Terzian - A.Tot - E.Venet - R.Verger (2) (3) - M.Villemain (2) - Th.Vinau (2) (3) - A.Volodine (2) (3) (4) (5) (6)C.Wajsbrot - C.Ysmal - F.Yvert