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B. S. Johnson, Chalut.

Pierre Jourde, Le Maréchal absolu.

Raymond Federman, A qui de droit.

Claude Chambard, Carnet des morts.

Archives

- Lundi 28 avril à 14h55, dans le cadre de l'émission le Carnet du libraire d'Augustin Trapenard sur France Culture, Sidonie Mézaize, de la librairie Kyralina à Bucarest, parlait de Rien (qu'une affaire de regard).

- Samedi 14 juin de 17h à 18h, Pierre Jourde, Guy Goffette et moi-même étions les invités d'Augustin Trapenard pour son émission le Carnet d'or, qui portait sur le thème de la réécriture.

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Rien (qu'une affaire de regard) couv


Premières pages :

 

 

 

 

 

Ça y est, c’est là qu’il descend ; alors il descend. Le R.E.R. tricolore disparaît derrière lui dans la nuit froide, c’est vrai qu’on est le premier janvier. Alors il cherche à se repérer, il essaie de se rappeler les indications qu’elle lui a données, peut-être même qu’il les a notées, sur un bout de papier chiffonné au fond de la poche intérieure de son blouson. Ou alors il a tout appris par cœur, de toutes manières il a une bonne mémoire. Un pont il est question d’un pont à passer –  en dessous ? au-dessus ? – en s’en allant... ça doit être par-là. C’est sûrement ça qu’elle voulait dire quand elle décrivait ce bâtiment en forme de... Et ça, c’est les arbres dont elle parlait. Il marche, et tente d’associer chaque élément du paysage avec l’image qu’il s’était faite quand elle lui expliquait le chemin, il n’y arrive pas mal, ça c’est ça, ça c’est ça et ça ? ce doit être plus loin puisque tout le reste correspond. Bien sûr il n’est pas tout à fait certain, d’être sur la bonne route, peut-être même, pourquoi pas, qu’il fallait prendre la direction carrément opposée, de l’autre côté de la voie... Mais non, ce n’est pas possible, il y a trop d’éléments qui correspondent ; c’est forcément la bonne route. Il marche, il marche, la neige commence à tomber, c’est beau la neige la nuit, presque un non-sens, ce blanc dans le noir. Progressivement le paysage est moins urbain. Ce n’est pas la campagne non plus, non, pas du tout. Plutôt cette sorte de chose qu’on appelle des zones. Souvent il y a un adjectif qui suit, mais il lui semble à présent qu’il est futile, c’est l’essence même de la zone qu’il traverse, ces voies qui ne sont plus des rues, ces trottoirs qui ne méritent pas tout ce que le mot peut évoquer de jolie crotte, de caniveau, de vie quoi ; ces constructions qui ne sont pas des maisons, qui sont proprement, essentiellement, exclusivement utilitaires et dont l’utilité, l’usage simplement, disons, ne lui apparaît pas un instant. Il pense un moment avoir pénétré, sans s’en rendre compte, égaré dans l’obscurité de ses pensées, de cette nuit, de cette neige que féérisent les réverbères sous lesquels rêve Herbert, c’est pourtant vrai qu’il s’appelle Herbert ! avoir pénétré donc dans une usine peut-être, sans doute puisque des panneaux fléchés annoncent des réalités incompréhensibles pour lui mais manifestement techniques ; mais quand même depuis le temps ce n’est pas possible que ce soit la bonne route, tout de même elle aurait pu venir le chercher, à la gare, c’est vrai ; mais c’est vrai aussi que sans cela il n’aurait pas pu ressentir ce sentiment, cette jouissance de la perte dans un lieu sans nom, sans signification, par une nuit de neige, un jour aussi particulier, aussi remarquable que le Jour de l’An. Il tâchera de s’en souvenir, ça lui fera un souvenir.

C’est alors qu’au sortir de cette zone, il lui semble du moins qu’il en sort, apparaît le refuge presque poétique au sein de cette humidité nocturne d’une cabine téléphonique vitrée, qui lui en rappelle d’autres plus pittoresques, mais on prend ce qu’on trouve. Une vague sensation de confort le réchauffe lorsqu’il introduit sa carte ; il en a conscience et en sourit, comme si quelqu’un était là pour le voir. C’est la mère de Laurence qui répond et appelle “Laurence, c’est Herbert” ; les bruits de fond de la maison qu’il perçoit se traduisent immédiatement dans son esprit en images probablement stéréotypées, mais il n’a pas le temps d’approfondir, il entend la voix de Laurence qui lui demande ce qui lui arrive, alors il raconte en plaisantant son périple, il évoque même vaguement les sensations qu’il a eues, avec le sentiment de ne pas être bien compris, mais somme toute c’est un sentiment courant. Ils conviennent qu’il fera le chemin inverse jusqu’à la gare où elle viendra l’attendre, puisqu’il a pris en fait la direction exactement opposée ; elle se moque un peu de lui et il trouve un peu qu’elle exagère, d’ailleurs il y a un bout – de nuit et de neige – d’ici jusqu’à la gare et il aurait préféré sans doute qu’on vienne le chercher en voiture jusqu’à sa cabine mais baste. « A tout de suite » et c’est d’un pas beaucoup plus rapide, avec beaucoup moins d’attention à l’extérieur, le moins possible en fait, juste assez pour ne pas se perdre une nouvelle fois, il en serait bien capable, qu’il reprend sa route en sens inverse, et qu’il enroule le fil des indices qui ont marqué son parcours à l’aller ; au point qu’un instant un sourire passe avec la pensée d’un magnétoscope en marche arrière. Mais c’est surtout à elle, en fait à son image plutôt, qu’il pense ; son image qu’il détourne de la réalité pour la rendre plus adéquate à des digressions érotiques qu’il a tout le temps de développer, de reprendre et de perfectionner pendant ce voyage du retour.

 

 

 

 

 

La vision d’une paire de fesses persiste au réveil, ainsi que le souvenir d’un plaisir ; il lui faut un temps pour reconnaître que tout cela n’est que du rêve, sauf la trace sèche qu’il constate en passant la main sur son bas-ventre. Après réflexion c’est bien à Laurence que l’image de ces fesses est associée – juste les fesses, curieusement ; le reste reste obscur, couvert. Et c’est l’occasion d’étudier l’écart entre les vies, extérieures et intérieures. D’observer comme toute excitation disparaît, comme si elle n’avait jamais existé, lorsqu’il se retrouve face à elle, comme ce fut le cas hier, et avec quelle lucidité il peut faire la part des choses entre son physique qu’il trouve objectivement très agréable et l’absence absolue en sa présence de tout désir, même lorsqu’il tente mentalement de le recréer ; et qu’il impute, à tort ou à raison, sans doute à raison, pourquoi pas, à une haleine trop infestée par le tabac ou à des idéaux d’une mesquinerie excessive à côté de facultés de raisonnement qu’il pense apprécier en sachant le peu d’effet qu’elles peuvent avoir sur le désir charnel. A moins encore que ce ne soit sa propre lucidité, ou ce qu’il prend pour tel, qui neutralise toute possibilité. Ainsi évoque-t-il par la mémoire cette visite anodine et bon enfant, ce repas simple, ces promesses d’amitié, quelque chose somme toute qui lui tient réellement à cœur et qui cadre si mal avec ses voyages intérieurs, solitaires et nocturnes, ainsi que les pollutions, pense-t-il en riant, disons en souriant intérieurement, qui les accompagnent. C’est avec difficulté aussi qu’il concilie le plaisir réel que cette soirée lui a procuré, et dont une forme de gratitude garde encore le souvenir, et le sentiment de déception qui a commencé à naître dès qu’il a été assis dans le R.E.R. vide du retour, à regarder filer les lumières dans le noir.

 

 

 

Quatrième de couverture :

 

Un jeune homme se lance dans diverses entreprises littéraires, amoureuses, théâtrales… – et se regarde agir. De l’hiver à l’été, le récit se fragmente, le lâche dans un lit pour le retrouver sur un quai de gare, à agir ou à ne rien faire ; la différence n'est pas flagrante. Si sa pensée toujours nous est présente, comme en inflation, c’est peut-être parce qu’elle est seule finalement à avoir une réalité ; à être capable de transformer le protagoniste d’une série de ratages en un esthète collectionneur.

Echos

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Rien (qu'une affaire de regard) couv

Mon premier roman, indisponible depuis des années, fait l'objet d'une réédition revue et corrigée, chez Quidam éditeur bien sûr, sous le titre Rien (qu'une affaire de regard). (Mars 2014)

La quatrième de couverture.

L'accueil de la critique.

Le Carnet du Libraire, sur France Culture.

 

Couv Dans mon oreille
Dans mon oreille, illustré par Henri Galeron, aux éditions Motus (12 septembre 2013).

par le hublot (droit)

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