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Archives

- Lundi 28 avril à 14h55, dans le cadre de l'émission le Carnet du libraire d'Augustin Trapenard sur France Culture, Sidonie Mézaize, de la librairie Kyralina à Bucarest, parlait de Rien (qu'une affaire de regard).

- Samedi 14 juin de 17h à 18h, Pierre Jourde, Guy Goffette et moi-même étions les invités d'Augustin Trapenard pour son émission le Carnet d'or, qui portait sur le thème de la réécriture.

/ / /

 

Echos
Premières pages :

Une autre brindille encore apparaît à gauche à la surface du fleuve et s’approche à la même vitesse apparemment constante (rapide ou lente, impossible à décider vraiment),

à la même vitesse apparemment constante passe devant le banc puis disparaît à droite, dessinée en noir sur l’éclat blanc du soleil à la surface de l’eau où le regard peine à s’attarder.

Il semblerait facile de définir à l’avance la trajectoire de chacune, parallèle forcément à celle de la précédente, de la prochaine.

Mais à l’issue d’une observation vraiment attentive (autrement dit : longue ; autrement dit : à l’issue d’une attente, d’une station prolongée sur ce banc – une heure ? plus ? sans montre c’est difficile à préciser),

à l’issue d’une observation suffisante, digne de ce nom, il est clair qu’il n’en est rien, qu’il n’en est rien pour certaines en tout cas de ces brindilles qui sans raison apparente, sans qu’aucun obstacle puisse être identifié s’arrêtent soudain en tournant lentement sur elles-mêmes – et même parfois contre toute attente paraissent remonter contre le sens du courant sur quelques centimètres.

Le phénomène (attracteur étrange ?) est suffisamment troublant pour retenir l’attention et faire regretter une éventuelle distraction passée lors d’une séance d’initiation à la mécanique des fluides. Dans quelle classe était-ce ? avant ou après le bac ?

(Ce n’est même plus de la distraction, a dit Suzanne hier soir, la main sur la poignée, c’est…)

 

Déjà alors la distraction

était souvent l’occasion d’un reproche lors de la séance vaguement solennelle encore de la remise des copies marquées d’une note en rouge toujours inférieure à en croire le professeur à ce qu’elle aurait dû être.

Déjà à l’époque le reproche

(… je ne t’ai jamais fait de reproches pourtant quand…)

était accepté, ce n’est pas vraiment le mot, il était reçu plutôt que subi, assimilé, digéré après déglutition, et oublié – comme la couleur quotidiennement devant les yeux du papier peint de la chambre.

 

La couleur du papier peint de la chambre. Quotidiennement devant les yeux.

(Tu ne remarques jamais rien. Tu n’as jamais rien remarqué. C’est comme si…)

Estelle une fois – amour de jeunesse, fiction plutôt d’un amour de jeunesse – avait posé cette question, lors de l’une des toutes premières sorties au seuil encore de l’adolescence (café-ciné ou l’inverse ?) : « Dites-moi, Monsieur ; quelle est la couleur du papier peint sur les murs de votre chambre ? »

Le ton était joueur et enfantin, les sourcils comiquement froncés au-dessus d’un nez mutin et juvénile cherchaient sans doute à reproduire l’expression faussement sévère d’une institutrice d’autrefois ; il y avait là tout pour se croire éperdument et définitivement amoureux.

Ou bien était-ce déjà l’impression d’un danger imminent à la porte même du foyer familial

(Derrière la porte refermée la décrue du bruit des pas de Suzanne dans la distance.)

qui était à l’origine de cette accélération des battements du cœur ? (car à n’en pas douter c’est d’une tentative d’intrusion, d’une tentative d’effraction que la jeune fille par de telles paroles se rendait coupable : la couleur du papier peint sur les murs de ta chambre).

Pourquoi dans ce cas cette sensation contradictoire, dans cette même région du cœur : quelque chose comme la chute d’un corps à l’intérieur, quand dès la semaine suivante elle a ri en public à pleines dents indécemment découvertes des plaisanteries vaseuses d’un bellâtre (qui surtout était un autre) ?

Estelle était destinée à demeurer une interrogation, cela même était inscrit dans son prénom, c’était une bonne raison de se faire une raison.

Ensuite elle a disparu bien vite, cette sensation gourde à l’intérieur, comme si elle n’avait jamais existé, comme si elle n’avait été qu’une illusion, comme si elle n’avait été que le produit fantasque d’une fiction personnelle et secrète tandis qu’Estelle au loin poursuivait son parcours ;

à moins qu’elle n’ait été seulement oubliée elle aussi, cette sensation, comme la couleur du papier peint tellement quotidien que les yeux mêmes oubliaient de s’attarder dessus.

 

Il était beige, ou écru, ou beige : la question sans réponse l’était restée même après le retour à la maison où les yeux s’étaient de force enfin posés avec application sur le mur de la chambre.

Et par intermittence il lui arrive encore de remonter à la surface, à cette question pourtant depuis si longtemps vidée de sens, alors que la maison familiale n’est plus depuis longtemps qu’un vieux souvenir à chaque remémoration plus confit, plus irrémédiablement éloigné de la nature ;

à l’exception toutefois de ce papier peint, dont la couleur mal définie et la texture verticalement granuleuse se sont depuis le soir même de cette anodine sortie d’autrefois définitivement inscrits dans la mémoire.

« Où est-elle Estelle à présent ? » Des questions comme celle-là reviennent encore par bouffées surannées comme le refrain d’une chanson populaire qui trouve son contrepoint dans le proverbe

« Loin des yeux loin du cœur » lequel à chaque fois ne peut qu’être vérifié dans un constat triste et froid comme la surface de l’eau un peu sale.

 

 

 

 

 

Elle est comme marquée de dessins transparents, la surface du fleuve ; y ondulent à l’horizontale des lignes infimes et irisées qui sont l’indice d’une présence huileuse plus légère que l’eau,

comme dans l’évier où Pierre une autre fois encore plus lointaine avait immergé la vaisselle accumulée d’un week-end que les parents exceptionnellement avaient passé ailleurs

– ce devait être la première fois que cela arrivait ; avec un effort leurs recommandations résonneraient presque encore aux oreilles : « Bon, maintenant vous êtes grands, les garçons ; surtout toi, Pierre. Vous devez pouvoir vous passer de Papa Maman pendant un week-end… »

Quel âge avait-il, Pierre ? Il devait bien avoir au moins dix-sept ans, le grand frère, peut-être seize ; quoi qu’il en soit trois ans de plus que cet âge incertain, un âge où cette inhabituelle et subite désertion parentale n’apparaissait pas encore clairement comme l’occasion rêvée de braver les interdits quotidiens.

Cette eau déjà, celle de l’évier excessivement rempli, avait dû être l’objet d’une contemplation prolongée et perplexe : ce n’était pas bien de laisser la vaisselle ainsi s’accumuler, Maman ne serait pas contente si elle voyait ça.

Et c’était important, que Maman soit contente.

 

Penser « Maman ». Autrefois c’était une pensée naturelle, au point d’en être invisible, répandue dans les moindres compartiments de la vie.

Autrefois cette pensée même : « Penser « Maman » » aurait été absurde, dépourvue de sens, impossible ; autrefois cette pensée n’aurait pas été pensée.

Maintenant elle est devenue nécessaire, et laborieuse aussi : c’est comme soulever le plus longtemps possible un poids bien trop lourd pour de pauvres forces humaines, en sachant qu’à la seconde suivante dans l’épuisement de la vanité tout retombera comme une dalle dans la poussière en suspens ;

puisqu’il n’y a plus nulle part une femme dont être l’enfant.

 

Est-ce qu’il faut rechercher l’origine de cette lente dérive ? (combien d’années avant d’arriver jusqu’à ce banc ?)

– lente ou peut-être pas après tout ; par moment elle est apparue infiniment rapide au contraire, lors d’instants (plutôt rares) qui ressemblaient à de brusques réveils ;

c’est dans le constat de sa progression régulière et assurée qu’a pu naître l’illusion probable de sa lenteur.

Mais non (non, Suzanne) ce n’est pas là, ce n’est pas seulement là. Il ne fait au fond de la conscience aucun doute qu’elle remonte à bien plus loin, cette dérive ;

la mémoire elle-même peut en attester : un excès de conscience ancien et toujours présent n’a depuis bien longtemps cessé de la reconnaître.

La première fois, le premier écart constaté par rapport à une route pourtant a priori toute tracée, le premier écart définitivement recensé par la mémoire

– la mémoire qui parfois impromptue hors de tout contrôle remonte à la surface comme une sorte de nausée liquide, heureusement fugace –,

c’est peut-être un souvenir d’école maternelle, un indice fragmentaire (rien de ce qui a précédé, de ce qui a suivi ne l’accompagne même au prix d’un effort soutenu),

un souvenir d’école maternelle où dans la cour une classe bien rangée vue de dos s’éloignait et disparaissait à l’intérieur,

laissant la cour déserte, juste habitée par le sentiment nouveau de la solitude, répandue en flaques de pluie dans les fondrières du bitume.



Echos

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Rien (qu'une affaire de regard) couv

Mon premier roman, indisponible depuis des années, fait l'objet d'une réédition revue et corrigée, chez Quidam éditeur bien sûr, sous le titre Rien (qu'une affaire de regard). (Mars 2014)

La quatrième de couverture.

L'accueil de la critique.

Le Carnet du Libraire, sur France Culture.

 

Couv Dans mon oreille
Dans mon oreille, illustré par Henri Galeron, aux éditions Motus (12 septembre 2013).

par le hublot (droit)

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