• Flux RSS des articles

Sonde

Hublot sur liquide

Dimanche 20 décembre 2009 7 20 /12 /2009 12:05

Comme un avant-goût de fête, voici que je découvre sur Paumée, le blog de Brigetoun, un beau billet où la lecture de Liquide revient en souvenir se mêler à ses pas sous un ciel plus clément que le mien, sur un sol où la neige ne tient pas. Les crèches sont déjà là qui donnent un écho étrange aux phrases de Liquide. Quand le livre m’échappe et que sa lecture fait partie de la vie d’autrui, je sais enfin qu’il est publié.

Je photographie une mésange.

mesange.jpg  mesange-mange.jpg

Je photographie la nuit.

nuit-neige.jpg 

La forêt doit être transformée, depuis la dernière fois.

bouleaux-18-19-novembre-2009-007.jpg 

Le poisson est flou mais il va bien.

poisson-flou.jpg 

Aujourd’hui je reste au chaud.
flocons.jpg

Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 15:57

Voilà, ce sont les premières pages d’une première version de Liquide, antérieure à ma proposition de ce texte à Quidam. Le texte d’ailleurs diffère un peu de la version « définitive », mais ce n’est pas ça que je voulais montrer.

Je n’ai pas l’impression de réfléchir beaucoup, quand j’écris ; je fais comme ça me vient, comme ça me paraît juste dans l’instant. Et parmi les choses qui m’ont paru justes et qui se sont imposées dès les premières lignes écrites – qui sont ces premières lignes-là : assez banalement j’ai commencé par le début et terminé par la fin –, il y a eu ces alinéas croissants, avec retours réguliers au format classique. C’était comme une évidence, c’était le sens du courant.

J’ai craint que ça ne passe mal, à la lecture, dans le format d’un livre ; au moment où il a bien fallu admettre que ce texte, dans mon esprit, allait devenir un livre, j’y ai renoncé. Il n’en reste plus que les simples retours à la ligne, plus sages. Je voulais aussi être sûr que le texte fonctionne, même sans ce qui pouvait passer pour un artifice – mais qui ne l’était pas.

Je n’ai pas de regret de ce renoncement. Dans un monde rêvé (ou disons plus prosaïquement si l’on avait les moyens), j’aurais juste bien aimé que cette version existe, en tirage limité, à côté de l’autre.

(Cliquez sur les images pour les agrandir.)

Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires - Recommander
Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /2009 18:58
Un samedi très liquide.
D'abord une belle nouvelle au réveil : cet article tout frais sur Pages à pages par Christine Jeanney, merci à elle ; puis les longueurs (de piscine), pas plus de quarante faute de temps, ce sera toujours ça en moins dans mes livres (c'est ce que je me dis pour m'encourager) ; pas plus de quarante parce qu'après il faut aller aux Essarts - belle averse sur la N 10 - dédicacer tous ces Liquide.
Et ça me fait penser qu'il y a une chose dont je n'ai pas parlé sur ce blog, à propos de l'écriture de ce livre ; j'essaierai de montrer ça demain.
Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /2009 20:32
... , Perrotins et autres Lévissiens (sans oublier les Fargussiens, Bruyérois et même Rambolitains) :
SAMEDI je dédicace Liquide, et même les autres (sauf Une affaire de regard, épuisé à ce jour) à la librairie des Essarts-le-Roi, rue du 11 novembre ; toutes les informations pratiques sont .
Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /2009 09:26

 

… on se dit : il n’a plus le temps pour ses billets, il faut l’aider un peu. Alors voilà les Feuilles de route de Thierry Beinstingel qui m’en proposent un beau, de billet ; je n’ai plus qu’à recopier, c’est sur Liquide – et c’est une belle surprise ! Et comme le liquide sans doute se voit mieux à travers mes hublots, voici justement que Dominique Hasselmann m’en offre un ! merci à lui aussi.

 

Liquide, de Philippe Annocque, Quidam éditeur.

J’ai pratiqué la plongée pendant quelques années. L’eau des mers est une substance étrange : on ne sait jamais quelle texture on va trouver au-dessous de la surface. Certaines fois, le temps magnifique et la « cuve d’outremer pur », chère à Blaise Cendrars (Feuilles de route, bien sûr, poème équateur) laisse croire à un ensemble homogène et franc. On saute joyeusement par-dessus bord dans le liquide en fusion de la même manière qu’on l’avait fait le matin même ou la veille et exactement au même endroit. Et on se retrouve dans une purée de pois compacte, particules et plancton flottant en tous sens, empêchant la pénétration de la lumière alors qu’à la plongée précédente et dans les mêmes conditions une clarté bienveillante illuminait les profondeurs. Bien souvent cette opacité de surface s’estompe au bout de quelques mètres et on retrouve l’eau claire en nageant près du fond. D’autres fois c’est l’inverse, vous glissez avec confiance dans la transparence mais le fond est opaque. Pour en avoir fait l’expérience, je sais que la deuxième option est sinon plus dangereuse, du moins plus inquiétante, on ne retrouve parfois même pas ses coéquipiers plongeurs au fond tant ce brouillard liquide est dense. Il faut alors appliquer les consignes de sécurité, chacun doit remonter à la surface, retrouver l’ensemble du groupe avant de replonger aussitôt à mi-profondeur en appliquant toute une série de calcul de paliers : on ne rigole pas avec les accidents de décompression dont la remontée rapide décuple les risques.

Le livre de Philippe Annocque appartient assurément à la même alchimie délicate de la plongée.. Le « Liquide » qu’il propose est clair, poétique, on sent les prémices d’une belle plongée mais quelques particules inquiétantes flottent en suspens, inquiètent : des prénoms, Pierre, Estelle, Suzanne Alexandrine, autour desquelles un univers vogue au gré des courants sans qu’on arrive, à ce stade, à bien voir les contours, les formes, la faune environnante. Et puis, au fur et à mesure de la descente, l’ambiance devient plus transparente, on distingue les rochers du fond, acérés, vifs, finalement assez inhospitaliers. C’est à la remontée que tout se joue : on revient sur les pages précédentes. Explication du monde. De celui d’un narrateur qui tente de comprendre ce qui lui est arrivé jusqu’à présent, les femmes, la famille, sa vie. Mais comme dit l’auteur, « comprendre quoi ? ». Le livre ainsi entre dans les hésitations mais comme dans nos vies, résumées à des hypothèses : et si j’avais dit/agi/pensé autrement, qu’est-ce qui aurait changé ? Bref, les petits enchaînements qui entraînent vers les grandes ruptures sont passées au crible. Et on peut se demander, si, dans tout cet univers, liquide, fuyant, épousant par lâcheté ou facilité la forme du dernier récipient trouvé, il reste quelque chose de la plongée et d’ailleurs pourquoi avais-je évoqué cela au début sinon par simple analogie avec l’élément liquide ? Est-ce qu’on risque un accident de décompression mentale à la redescente- remontée (où est-on ?) du voyage vertical d’un livre ? Peut-être… Mais il reste aussi le mouvement et la plongée est pour l’instant la seule manière de réaliser le vieux rêve d’Icare : on est hors pesanteur, on vole entre deux eaux. Le livre de Philippe Annocque restitue cette sensation, cette étrange beauté du geste de planer et se fondre dans l’entourage et ce n’est pas là son moindre mérite.

(25/11/2009)

 

Thierry Beinstingel, Feuilles de route, Notes de lecture.

 

Et comme c'est un jour où l'on pense, je pense aussi à Eric Chevillard.

Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Mercredi 28 octobre 2009 3 28 /10 /2009 20:46

J’aime bien me promener. Parfois on fait des trouvailles, on a de bonnes surprises. Certaines sont de saison.

Il faut bien que l’homme trouve sa nourriture. Panées, les coulemelles feront d’excellentes escalopes. La poule des bois, au vin et à la crème, si elle n’est pas trop vieille, ne devrait pas être mal non plus. Les bolets sont rares, mais les pholiotes changeantes, ça change.

Et au sortir de la forêt, on peut encore avoir des surprises. La saison n’est pas qu’aux champignons, elle est aussi aux prix littéraires (paraît-il, car dans ma cabane je suis tout cela d’assez loin. Il faut dire aussi que je ne me suis jamais vu en auteur « primé ». Pas déprimé pour autant, d’ailleurs, l’auteur ; pourvu qu’il soit imprimé.) Et voici que, par la voix de Christophe Borhen, je découvre au matin (j’étais pourtant passé par là la veille, rien ne laissait présager cette poussée nouvelle) mon Liquide couronné d’un drôle de champignon. Merci à l’Académie des deux Ailes !


Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /2009 14:49
... vendredi dernier à Atout Livre (on me l'a demandé - après tout les absents n'ont pas toujours tort).

Un nuage de lait à peine surabondant fut une fois l’objet d’un regard narquois, de la part de Suzanne. Furtivement. Une instance intérieure décida qu’il fallait y renoncer.

Le thé était d’ailleurs souvent, à bien y repenser, la source d’un embarras confus. Il n’était pas vraiment pratique d’aider Suzanne, seule maîtresse officielle de cette cérémonie. Il valait mieux rester assis, un peu gauchement, à tenir compagnie aux invités (qui pour le thé étaient plutôt les siens, les siennes), tandis que Suzanne s’affairait à la cuisine.

Indiscutablement l’apéritif était préférable : c’était une affaire d’homme. Les mains y savaient à quoi s’occuper.

Mais le thé était plus fréquent.

Souvent Suzanne avait droit à un compliment sur sa toilette, ou sur sa vaisselle.

Le service à thé était le même que celui de sa mère. (Ce fut Suzanne elle-même qui une fois le fit savoir. La visite suivante chez les beaux-parents fut l’occasion de le vérifier.)

Elle le trouvait tellement joli qu’elle avait acheté le même. Elle avait déjà acheté les mêmes meubles de cuisine, parce que disait-elle il y avait une promotion dessus.

D’ailleurs tout cela en effet était plutôt joli, aussi bien les meubles de cuisine que le service à thé ; il n’y avait rien à redire là-dessus.

 

Suzanne téléphonait tous les jours à sa mère – non, parfois c’était sa mère qui l’appelait.

Il y avait une vraie complicité entre la mère et la fille. Cela paraissait bien naturel, à l’approche de l’accouchement.

A présent encore, près de vingt années plus tard, Suzanne et sa mère se téléphonent tous les jours. Il y a toujours entre elles la même complicité.

Elles parlaient semblait-il de choses dont elles ne pouvaient parler qu’entre elles.

Parfois elles parlaient de leurs maris respectifs, forcément. Il paraissait même que la mère de Suzanne disait du bien de son gendre, souvent.

C’était difficile de savoir sur quoi ce « bien » se fondait. C’était même difficile de l’imaginer. Les conversations en général entre gendre et belle-mère n’allaient pas bien loin.

Ça devait avoir quelque rapport avec la politesse, ou peut-être même la propreté. Ou la coiffure.

Une sorte de devoir de reconnaissance attirait parfois l’attention sur cette femme dont l’image par force se superposait à celle de sa fille (le mot revenait souvent dans la bouche de la mère : « ma fille ») quand Suzanne faisait la cuisine dans ce décor imité, calqué, copié sur celui de sa mère – la mère idéale qu’elle voulait, qu’elle ne pouvait manquer de devenir.

Elle portait sa cinquantaine avec élégance. C’était incontestablement une belle femme. Avec l’âge certaines parties de son anatomie s’étaient même harmonieusement développées – à moins que Suzanne ne fût plus mince par nature, définitivement. C’était tout de même encourageant pour l’avenir.

(De telles pensées bien sûr n’étaient pas aussi clairement formulées, à l’époque. Peut-être parfois surgissaient-elles d’un coup, au dépourvu, lors d’un instant de relâchement. Au quel cas un réflexe moral quasi irrépressible les refoulait aussitôt. Il a fallu le départ de Suzanne pour laisser libre cours à leur souvenir, finalement plutôt vif malgré les années.)

L’avenir cependant avait conservé à Suzanne sa minceur. Mais elle avait su elle aussi se faire des filles.

Le même avenir à force a rendu sa mère moins charmante. (Elles se sont sûrement encore une fois parlé au téléphone, hier, dans la journée, ces deux femmes en miroir, dont même la plus jeune désormais ne l’est plus. Hier ou avant-hier.) Le temps quant à lui reste toujours la même cause de pauvres commentaires.

 

Mais ce fut d’abord la naissance impérieuse et prématurée d’Agathe qui sans doute fit oublier ce possible début d’une prise de conscience, prise de conscience au moins de l’excessive présence de la mère de Suzanne jusque dans les meubles.

 

Elle perla discrètement, Agathe, à l’heure du petit déjeuner, trop tôt.

C’était un dimanche matin, le visage de Suzanne barré d’un trait oblique de soleil doux était beau.

(Conversation matinale suprêmement anodine, tranquille ; comment cela avait-il pu se faire, que personne ne se doutât de rien ? Cette inhabituelle quiétude avant la tempête était pourtant dans tous les films.)

Une sorte de bonheur conjugal délicatement tartiné.

« C’est mouillé » a-t-elle dû dire, en réponse à un probable « Qu’est-ce qu’il y a ? »

Elle s’était levée à demi, son visage baissé vers son siège fut caché un instant par ses cheveux défaits.

Voilà un souvenir au moins qui a su ne pas s’effacer. (Alors qu’en arrière-plan repasse encore une fois le premier baiser d’Alexandrine, encore une fois rappelé par le caprice sans doute d’un attracteur étrange…)

La compréhension ne fut pas immédiate. Un temps s’avéra nécessaire.

Elle se fit enfin, passant par un regard échangé.

Suzanne poussa un cri bref.

Dès lors elle s’abandonna enfin pour un temps à une autorité qui n’était pas la sienne.

D’où naissait-elle, cette autorité, cette nouvelle matérialité de l’être miraculeusement pour une fois condensé ? (étonnante – éphémère – concrétion de soi-même, qui du ton le plus calme la fit s’allonger – même si les mots forcément se limitaient à peu de chose : « Ne bouge pas. Reste tranquille, je vais sortir la voiture, je reviens tout de suite. »)

Les gestes restaient précis même dans leur hâte (soulever le vantail de la porte du garage, se glisser dans l’entrebâillement de la portière forcément trop étroit, manœuvrer la voiture sur la pente mouillée de l’allée), comme si c’étaient les gestes d’un autre ;

c’étaient les gestes d’un autre sans doute, puisqu’ils étaient aussitôt objets d’admiration pour un regard étranger.

(Qui prendrait le temps de se regarder agir en de telles circonstances ?)

D’ailleurs ce regard en réalité ne prenait aucun temps, déjà Suzanne de nouveau apparaissait, à la même place sagement allongée, toute concentrée dans ses yeux.

« J’ai peur » dit-elle en se levant, et l’entendre dire cela, oui, il faut bien reconnaître que ça a été un indicible plaisir. Indicible.

Le dossier du passager était rabattu en arrière au maximum, Suzanne s’y trouvait presque allongée ; du paysage sans doute elle ne pouvait voir que le ciel.

Elle répétait sans fin « C’est trop tôt, c’est trop tôt », et son murmure lancinant trouvait une sorte de contrepoint dans les mouvements des essuie-glaces sur le pare-brise ruisselant de la pluie d’un hiver finissant.


Liquide, p. 95-99
Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 18 commentaires - Recommander
Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /2009 21:12

Cette année encore, la Fête de l’Huma a été un franc succès. Hier, Frédéric Mitterrand a bien essayé de concurrencer le mien ; mais après une entrée certes remarquée on lui a fait comprendre son outrecuidance, il s’est éclipsé discrètement et ne m’a plus disputé la place. J’ai cru comprendre que les médias avaient donné de l’affaire une version légèrement différente, c’est pourquoi je crois bon de rétablir la vérité.

La Fête, c’est aussi une histoire de rencontres et de retrouvailles. On est content. Parfois la rencontre ranime le souvenir d’une belle lecture, et c’est bien du plaisir. Parce que, disons-le, première chose : parmi les invités, il y a vraiment beaucoup d’auteurs dont j’aime vraiment le travail (et qui souvent ne sont pas de ceux dont on parle le plus). Et l’autre (chose) : c’est un endroit où il est facile d’entrer en communication. Les gens qui passent, on peut parler avec, ça se fait tout seul. Et ça aussi, ça fait plaisir.

(Accessoirement j’ai liquidé toute ma pile de Liquide, mon éditeur sera content. Même moi, d’ailleurs ; j’ose le dire.)

Oui, ça valait le coup, hier, de rater un train qui n’existait pas juste hier (ça arrive aussi à d’autres, ça ?) D’ailleurs aucune importance : aujourd’hui la chance était avec moi : alors que j’aurais dû rater le train du retour à une minute trente près – j’enrageais déjà –, un retard inespéré m’a permis de l’avoir. Bon, avec vingt bonnes minutes de retard au départ quand même. Oui, et c’est vrai qu’au bout de trois cents mètres, on a dû s’arrêter en pleine voie pendant un quart d’heure ; la contrôleuse avait tiré le signal d’alarme : il y avait deux filles qui se battaient dans le train. (Je n’invente rien, là ; c’est plus l’heure.) Bon, après tout, un quart d’heure, ça va encore, non ? D’accord ; je n’avais pas pensé qu’à la station suivante il faudrait attendre que la police arrive pour récupérer les morceaux des deux filles, ça nous a bien fait un quart d’heure de plus. Mais, bon, franchement, l’un dans l’autre, ça valait le coup !

Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /2009 08:43

Au nom de la foule innombrable de mes lecteurs frustrés tout ce mois d’août de n’avoir pu toucher  leur Liquide, je vous supplie, noble SODIS, de bien vouloir distribuer ma bonne parole à mes amis libraires, afin qu’ils puissent honorer les commandes de leurs fidèles. Ce serait bien, quoi.

Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander
Vendredi 7 août 2009 5 07 /08 /2009 14:28

Alors que le travail sur un livre futur (qui ne sera pas le prochain) me donne l’envie de découvrir ces « épisodes cliniques », expérience personnelle de Clément Rosset dont son psychiatre a eu la bonne idée (au moins pour moi) d’encourager la publication,…

 

Je commence à comprendre que c’est précisé­ment dans la mesure où ils sont – normale­ment – « anodins » que ces rêves sont perçus comme angoissants, en tant qu’étrangers à moi. Tout se passe comme si la thèse de Freud qui relie le travail de rêve au travail du jour s’y annulait, comme si le matériel du rêve n’avait absolument rien à voir avec tout ce qui a pu m’occuper (ou me préoccuper) la veille. D’où cette angoisse : ce ne sont pas mes rêves, je n’en ai rien à cirer (pour m’exprimer vulgairement), et récuse donc la réalité qu’ils suggèrent car je n’en ai rien à faire puisque ce n’est pas ma réa­lité. Effet très angoissant, à la fois de déperson­nalisation et de déréalisation, provoqué par ces rêves (h 4) que je récuse l’un après l’autre sans tomber enfin sur un qui m’« aille », comme or dit d’un habit qu’il vous va, et à partir duquel je puisse me rendormir pour de bon.

Je pense (…) que ces rêves sont un retour en force d’une mystérieuse angoisse maîtrisée pendant le jour.

Bien difficile, au réveil, de refaire surface et de retrouver le contact avec soi et avec la réalité.

 

Clément Rosset, Route de nuit (Episodes cliniques), Gallimard, L’Infini, 1999, p. 33-34.

 

… j’y découvre (et cela je ne m’y attendais pas) ce que je ne peux m’empêcher de lire – égocentrique lecteur – autrement que comme un commentaire prémonitoire de mon récent Liquide :

 

Après une pénible sieste (vers 20 h 30) je m’interroge sur le caractère pénible de ce mi-­sommeil et en reviens à ce sentiment de déréali­sation ou plutôt de dépersonnalisation dont j’ai parlé plus haut. On dirait que la blessure d’abandon (je veux dire le sentiment d’avoir été abandonné, qu’il s’agisse d’amour maternel ou de l’amour tout court qui prend le relais du premier ­et qui, s’il vient à défaillir, revient à un abandon de la mère même si celle-ci, pour sa part, vous a constamment aimé) entraîne une déconstruction de la personnalité, une sorte d’effacement du moi, – assez semblable, je le suppose, chez le licencié de quelque travail, qui fait souvent une dépression du même ordre : « on n’a plus besoin ­de vous » signifiant qu’« on ne vous aime plus ». C’est pourquoi « je » ne puis m’endormir tran­quille, puisqu’il est maintenant fort douteux que j’existe. Ce que j’expérimente va ainsi au-delà d’une simple « dépression » et pourrait plutôt ­être décrit comme « psychose lucide » : une destruction du moi minutieusement observée par ce qui reste de solide dans le moi. Il est d’ailleurs probable que c’est le sort de beaucoup de dépressions nerveuses que de flirter ainsi, parfois assez dangereusement, avec la psychose.

 

Idem, p. 90

 

(Du coup, et accessoirement, je me demande ce qu’aurait été ce roman si, au lieu de faire du protagoniste un homme quitté, j’en avais fait un licencié. Différence accessoire en effet, anecdotique, qui n’aurait changé que la surface du livre – et il est probable que pour bien des lecteurs pourtant cette différence aurait compté.)

Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires - Recommander
Dimanche 2 août 2009 7 02 /08 /2009 10:10
Et voici qu'on parle encore de Liquide, c'est sur la Lettrine. Merci à son hôtesse !
Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 17 juin 2009 3 17 /06 /2009 21:33

Parce que c'est peut-être, en effet, l'été approchant, l'un des derniers, et que c'est assurément l'un des plus beaux (et pourtant j'ai été bien gâté aussi par ailleurs), je ne résiste pas au plaisir de recopier ici l'article que Pascale Arguedas a consacré à Liquide pour la revue Europe, tout juste parue (c'est le numéro - vénérable - 962-963, de juin-juillet).

Après Une affaire de regard (Seuil, 2001), Chroniques imaginaires de la mort vive (Melville 2005) et Par temps clair, (Melville 2006), Philippe Annocque publie Liquide, son quatrième opus en huit ans. Il s’agit d’un étrange roman, hybride, coulant, insaisissable, à contre-courant. Nous avions déjà pu apprécier le talent de cet écrivain à fouiller les motifs moteurs de son écriture — le rapport ambigu et flou de l’être au réel, le doute sur l’identité, la mauvaise conscience — et son écriture même, qui fait partie du propos et change avec lui. À chaque nouvelle parution, c’est donc une surprise qui nous attend avec, toujours, la garantie d’un trouble né de la vibration de choses enfouies.

Voici donc Liquide. Une histoire a coulé, coule et peut couler, se répandre, suinter ou libérer de la fraîcheur tout en gardant un volume à peu près constant. Perte des eaux, contraction, naissance, amours, pluie, pleurs, débordement des crues d’une enfance lointaine qui s’échappe de son lit malgré les tentatives adultes d’endiguement et d’aménagement. Étrange état dans lequel cette quête identitaire nous plonge, comme en apesanteur, en apnée mais ancrée dans un réel tangible. Au commencement était l’attente sur un banc, l’immobilité. Un homme assis regarde l’eau d’un fleuve, les brindilles dans le courant, leurs mouvements. Des images naissent, éphémères, certaines précises d’autres non, parfois vaguement contradictoires. Il revient vingt ans en arrière, analyse les germes d’une vie à venir et ses implications dans celle qu’il mène aujourd’hui, alors que nous avons en même temps l’impression d’entendre les pensées d’un fœtus dans le liquide amniotique, liquide nourrissant, fœtus qui aurait un regard visionnaire sur la vie qui l’attend. Étrange concomitance, à la fois synchrone et asynchrone, lumière et réfraction de la lumière sur des noms, des corps immergés dans la mémoire, au bord de l’oubli… L’homme se souvient, interprète, tente de colorer une fuite en avant existentielle qui se dessine en noir et blanc dans le sillage des pensées, rêves, inconscience, illusions, inventions peut-être. Une navigation au gré des courants, tantôt lents tantôt rapides, s’effectue à la fois dans le sens d’une pente et d’une remontée.

Philippe Annocque joue merveilleusement sur les décalages temporaux-spatiaux, les rapports réalité-fiction, la présence-absence pour tenter d’identifier des sentiments, les raisons sans lever complètement le voile. Liquide impressionne autant qu’un Watteau par son goût des rendus vaporeux, sa sensualité de palette et ses figures énigmatiques qui contribuent à une certaine étrangeté. Le narrateur innommé est en constante esquive malgré les apparences d’un désir de clarté — telle une anguille en eaux troubles, au trajet non rectiligne, cherchant abri mais, curieux et questionnant, s’exposant dans le silence glissé entre les phrases. Des phrases longues, étonnantes, allant de pair avec des chapitres courts, des itérations, des parenthèses, de fréquents passages à la ligne, des néologismes et des tournures inventives (« un bonheur précipité et tobboganant de fête foraine »), des dialogues pris dans la pâte d’une narration élégante. Une beauté cachée aussi dans l’ondulation de la phrase, la souplesse d’une tonalité, les modulations et variations sur un thème ritournelle qui fait valser les souvenirs dans une mémoire poreuse et passeuse de frontières. Dans une légère brume, l’air de rien, une voix obsédante sonde les profondeurs opaques des êtres. Des fonds aquatiques se délitent, pourraient s’amollir alors qu’ils prennent force, consistance et puissance dans une prose alliant subtilité, substance et densité. « Cependant jamais le silence, jamais l’ignorance n’empêchèrent la pensée de courir. »  Liquide a le charme d’une beauté indicible, fugace, évanescente. La littérature prend tout son sens dans ce rêve éveillé et nous interroge au sein de l’imaginaire, mère nourricière du romancier, longtemps après avoir tourné la dernière page : « c’était une histoire d’amour sans personne, et ça ne tient pas longtemps une histoire sans personne, sans personne pour la contenir, pour la retenir, ça se dessèche, ça s’évapore, il n’y a plus rien, voilà, comme ça enfin on est content, hein ? pas vrai ? on est soulagé, au moins comme ça enfin c’est fini. » Liquide est construit sur les contrées aquatiques silencieuses que chacun, un jour ou l’autre, au détour d’une mort, d’une (re)naissance, finit par arpenter, seul.  

   

Pascale Arguedas


L'interview que j'ai eue le plaisir d'accorder à Pascale est en ligne sur son site Calou.

Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /2009 21:10

C’est ce que je me dis, après avoir écouté l’interview par Bénédicte Heim (qui a aussi fait de Liquide une belle lecture) dont je parlais l’autre jour, et que l’on peut dès à présent écouter ici, sur le site des Contrebandiers. J’y bafouille pas mal sans doute, mais si ma parole se dissout c’est sans doute qu’elle illustre bien ce qu’il me faudrait dire.

Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /2009 21:51

Faut-il me donner la parole ? Je me le demande encore quand j’essaie de me rappeler les borborygmes incohérents que j’ai servis tout à l’heure en guise de réponses à Bénédicte Heim, qui a souhaité m’interviewer à propos de Liquide pour le compte des Contrebandiers de la rue Broca – merci à elle, merci à eux (honte à moi). J’espère qu’il se trouvera quelques auditeurs courageux – ou vicieux – pour oser dépasser les premières minutes, la suite est peut-être plus intelligible. Verdict dans quelques jours.

En attendant, en matière d’interview, c’est grâce à Pascale Arguedas qu’on peut en lire plus sur Liquide, et aussi sur deux ou trois choses que j’avais déjà évoquées ici même, et auxquelles je pensais encore ce week-end.

Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 24 mai 2009 7 24 /05 /2009 11:38

J’ai craint que le « pont » (que d’ailleurs, en bon fonctionnaire de l’Education Nationale, je n’ai pas fait) ne soit mon ennemi. Mais non : il y a eu davantage de visiteurs hier aux Labyrinthes (amis rambolitains qui ne connaissez pas encore cette belle librairie, encore récente il est vrai, qui se cache dans le passage Chasles, laissez donc parler votre curiosité), davantage disais-je à venir m’écouter lire une section de Liquide (pas trop mal lue, il me semble) et répondre à de (vraiment très, on peut le dire) bonnes questions ; davantage de visiteurs donc que ce blog n’en a reçu dans cette même journée – ce qui, au vu des statistiques de mes Hublots, n’est pas vraiment un exploit, mais toutes les causes sont dignes de réjouissance. Disons-le : j’ai été très touché par toutes ces présences. Au fond, c’est juste cela que je voulais dire. La solidarité n’est pas un vain mot.

Comme un bonheur ne vient jamais seul (ou parfois si, peut-être, mais en l’occurrence non), voici qu’on parle de Liquide à l’émission Paludes (et sur le blog du même nom), sur Radio Campus Lille ; tandis qu’en Suisse le livre trouve sa place sur les pages du Temps, grâce à la plume d’Isabelle Rüf. Et là c’est une autre sorte de plaisir pour moi : après celui, toujours renouvelé – et dont je ne suis pas près de me lasser – d’être découvert, pour une fois celui de ne pas l’être – car Liquide, après tout, c’est quand même mon quatrième livre.

Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander

 

Liquide, 17 avril 2009 (Quidam éditeur - diffusion CDE - distribution SODIS)
(échos)

Apparitions

- Samedi 12 et dimanche 13 septembre, je serai au Village du Livre de la Fête de l'Humanité.

 

- Dimanche 20 septembre, de 11h30 à 13h, je dédicace à Rambouillet, au Relays du Château, aux côtés de Pascale Petit pour Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir.

 

- Vendredi 9 octobre, je serai à la soirée organisée par la librairie Atout-Livre (203 bis avenue Daumesnil dans le XIIe), aux côtés de Jérôme Lafargue pour son roman Dans les ombres sylvestres.

 

- Samedi 5 décembre, je dédicace à la Librairie des Essarts-le-Roi, rue du 11 novembre (dès 11 heures le matin et 15 heures 30 l'après-midi).

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Laminaires variées

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés