Est-ce à cause de ma mère et de son mustélidé apprivoisé ? (Vous voudrez bien me pardonner ce manque de précision. Il s’agit sans le moindre doute possible d’un mustélidé de taille moyenne, d’une espèce sans doute assez courante, mais qui n’est ni un putois, ni un furet, ni même une martre ou une fouine. Je pourrais rajouter qu’il est plus gros qu’une belette, que ce n’est pas non plus une hermine ni un vison, encore moins un taïra ; vous voudrez bien me croire sur parole sans prolonger l’énumération davantage : je connais assez bien les mustélidés. Cependant, malgré mes efforts, je ne peux pas, mais alors ne peux vraiment pas mettre un nom sur celui-là. Non pas qu’il s’agisse d’une espèce ignorée de moi, ou même d’une espèce inconnue ; non, c’est au contraire un mustélidé plutôt banal, tout à fait représentatif de la famille, qui n’a rien d’extraordinaire, qui ne doit même pas être rare. Je crois bien qu’il s’agit, tout simplement, d’un mustélidé, qui ne mérite pas d’être déterminé davantage. Voilà pourquoi je suis contraint, même si le mot, je dois le reconnaître, me déplaît quelque peu, de l’appeler simplement « mustélidé ».) Ma mère a donc apprivoisé un mustélidé, qui vit aussi bien dans la maison qu’au jardin comme un animal familier. Est-ce donc à cause de lui que je vois apparaître sur l’allée gravillonnée, tout près de la haie qui la borde, (non loin de quelques dahlias que sans doute j’ai plantés puis oubliés et qui sans doute furent très beaux, on le devine encore, mais qui sont à présent déjà tout desséchés par la canicule de cet été, sans que personne ait pu les admirer) deux animaux considérablement plus gros que celui de ma mère mais sans aucun doute de la même famille et qui sont, non, qui ne sont ni deux blaireaux ni deux ratels, mais bien, indiscutablement, deux gloutons ? Ce n’est pas souvent que l’on a l’occasion d’en voir. Leur allure massive ne doit pas vous tromper : ils sont tout en muscles, tout en souplesse ; des ours miniatures aux réflexes de félins. Ils sont entièrement bruns, seul le museau est plus clair. Même si ce ne sont pas de très grosses bêtes, leur puissance ne fait aucun doute.
Ils sont en arrêt sur l’allée, près de la haie. A moins qu’il s’agisse d’un arrêt sur image. Un doute soudain me prend. Regardez : leur présence maintenant n’a presque plus rien d’étonnant : voilà qu’ils offrent à présent l’aspect de deux gros chiens de garde, deux molosses quelconques au museau large et aux oreilles tombantes.
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