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Pêche annuelle

P.N.A. Handschin, Traité de technique opératoire.

Stéphanie Leclerc, Le parasol de Robinson.

Derek Munn, Un paysage ordinaire.

Perrine Le Querrec et Stéphanie Buttay, Coups de ciseaux.

Jacques Josse, Liscorno.

Collectif, Pour Eric Chevillard.

Pascale Petit, Lettres d'amour et Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir.

Lola Lafon, La petite communiste qui ne souriait jamais.

Pierre Jourde, La première pierre.

Didier da Silva, L'Ironie du sort.

Pierre Bergounioux, Préférences.

Thomas Vinau, Juste après la pluie.

Bruce Bégout, L'Accumulation primitive de la noirceur.

Claro, Les souffrances du jeune ver de terre.

Eric Chevillard, Le désordre AZERTY.

Jean-Louis Bailly, Un divertissement.

Eric Chevillard, Péloponnèse.

Emmanuelle Pireyre, Congélations.

Jean-Michel Espitallier, L'invention de la course à pied (et autres trucs).

Leo Lionni, La botanique parallèle.

Laurent Albarracin, Le citron métabolique.

Pascale Petit, Histoir d'ouf.

Christoph Meckel, Portrait-robot. Ma mère.

Christoph Meckel, Portrait-robot. Mon père.

Victoria Horton, Pagaie simple.

Nina Allan, Complications.

Danielle Auby, Bleu horizon.

Richard Elman, Taxi driver.

Frigyes Karinthy, Farémido, le cinquième voyage de Gulliver.

Albin Bis, Albin saison 1, cent épisodes.

Tatiana Arfel, La deuxième vie d'Aurélien Moreau.

Sandra Moussempès, Acrobaties dessinées.

Marie Rousset, Conversation avec les plis.

Céline Minard, Faillir être flingué.

B. S. Johnson, Chalut.

Pierre Jourde, Le Maréchal absolu.

Raymond Federman, A qui de droit.

Claude Chambard, Carnet des morts.

Iain M. Banks, Efroyabl ange 1.

Fred Griot, Book 0.

Frédéric Forte, 33 sonnets plats.

Francesco Pittau, Une maison vide dans l'estomac.

Perrine Le Querrec, Le Plancher.

Fabienne Yvert, Je n'écris plus.

Sébastien Smirou, Beau voir.

Anne-Marie Garat, Tranquille.

Pascale Petit, Made in Oulipo.

Romain Verger, Fissions.

Marcel Cohen, Faits II.

Marcel Cohen, Sur la scène intérieure.

Juan Filloy, Op Oloop.

Nicole Caligaris, Le Paradis entre les jambes.

Jacques Josse, Terminus Rennes.

Jean-Louis Bailly, Mathusalem sur le fil.

Marc Villemain, Ils marchent le regard fier.

Catherine Ysmal, Irène, Nestor et la vérité.

Sonde

Hublog à lectures

Lundi 14 avril 2014 1 14 /04 /Avr /2014 11:34

La taupe est la main de la terre

mais c’est la terre qui a la main pour rien

pour seulement fabriquer ces petits volcans

rembrunis et boudeurs

cataclysmes sans conséquence

comme si elle s’aménageait là

des instants de respiration

des soupirs d’impuissance

des châteaux démolis

des révolutions de bas étage

des sortes de caprices épidermiques

des éruptions ratées

des velléités d’accouchement

et que la terre dans son soulèvement

préfigurait surtout

la déception de celui-ci.

 

Laurent Albarracin, Fabulaux, Al Manar, 2014, p. 42.

 

Et bien sûr il n’y a pas que la taupe dans ces Fabulaux, puisqu’il s’agit d’un bestiaire de poche, illustré par Diane de Bournazel. Sur Sitaudis un article éclairant de François Huglo.

(Et pour mémoire du même auteur l’encore récent Citron métabolique aux éditions le Grand Os.)

http://www.sitaudis.fr/Source/280/fabulaux-de-laurnet-albarracin.jpg

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Vendredi 11 avril 2014 5 11 /04 /Avr /2014 15:51

Chapitre CCCXXIII

 

MOYEN LE PLUS EFFICACE1 POUR S’OPPOSER

À LA DISPARITION DU THON ROUGE2 3

 

Boycotter Israël4,

Boycotter les lingettes jetables5,

Boycotter les NRJ Music Awards6,

Boycotter les zoos marins7.

 

 

______

1. Entendez le moins inefficace.

2. Disparition définitive annoncée (par le WWF – World Wide Fund for Nature, littéralement, « Fonds mondial pour la nature ») pour 2012 si les gestionnaires et décideurs (hormis ceux des commissions scolaires et du secteur des établissements privés, à la rigueur) continuent d’ignorer délibérément et cyniquement les avertissements exprès de la communauté scientifique.

3. REM. : le thon rouge mâle n’est pas précisément doté d’un capuchon de plumes noires ou brunes durant l’été.

4. Rappel : le code-barres de la plupart des produits israéliens commence par 729.

5. Ainsi que les œufs de tortue élevées en cage, accessoirement.

6. Créés en 2000 (soit la même année que l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), Jeux Vidéo Magazine, l’Orchestre philharmonique de Chine et l’Union centriste de Moldavie) par la station de radion NRJ en partenariat avec la chaîne de télévision TF1.

7. Ainsi que la fourrure de dauphin, accessoirement.

 

P.N.A. Handschin, Traité de technique opératoire, Argol, 2014, p. 330.

 

Par exemple. Je parlais l’autre jour d’une littérature du sujet qui occulte le reste de la littérature pour d’évidentes raisons de facilité, eh bien P.N.A. Handschin en est peut-être le plus parfait opposé. Lui, le sujet, il l’atomise carrément ; on sent bien que l’univers entier ne lui suffit pas. Sa voix se fait l’écho des voix multiples qui nous parviennent sans interruption et font que nous vivons dans une sorte brouillard sonore perpétuel auquel on ne prend plus garde, une sorte de discours universel idiot que grâce à lui on perçoit de nouveau – et franchement c’est drôle. D’autant plus qu’à parcourir l’univers on a parfois l’impression de se croiser soi-même :

 

Chapitre LIX

 

SIX CHUTES POTENTIELLEMENT MORTELLES DONT

NI VOUS NI MOI N’AVONS ENCORE JAMAIS ÉTÉ

MORTELLEMENT VICTIMES1

 

Dans l’escalator2 des Galeries Lafayette de La Rochelle,

Dans une crevasse béante et néanmoins peu profonde sur le glacier de Tré-la-Tête3 dans le massif du Mont-Blanc4,

Du haut d’un cocotier sur une plage de sable noir à Tahiti5,

Du premier étage d’un immeuble HLM décrépit des Mureaux dans les Yvelines, en tentant d’échapper à la Police6,

Lors d’un numéro de trapèze volant (sans filet) au Cirque d’Hiver Bouglione à Paris7,

Et lors de la deuxième séance d’essais libres du Grand Prix moto de Grande-Bretagne sur le circuit de Siverstone8.

 

______

1. Rappel : un corps qui tombe est naturellement vers le sol (pas la note de musique – cinquième degré de la gamme de do –, mais bel et bien la surface de la Terre).

2. Ou « escalier roulant », ou « escalier mécanique ».

3. Il naît à 3300 m d’altitude au col Infranchissable.

4. REM. : le cocotier atteint à maturité la taille de 25 m (soit un peu plus que la taille moyenne des joueueurs étrangers qui intègrent la NBA – National Basketball Association).

5. REM. : Suite à une sombre affaire de vol de denrées alimentaires (dans un hypermarché Leclerc ou non) ou non.

6. Suite à un quadruple saut périlleux ou non.

7. A cause d’un renard roux (Vulpes vulpes) qui a muettement surgi dans une courbe rapide, ou non. REM. : 1. Une moitié du circuit se trouve dans le Northamptonshire, l’autre moitié dans le Buckinghamshire. 2. Le Grand Prix moto de Grande-Bretagne se déroule rarement en Gambie (ou en Zambie ou au Mozambique, d’ailleurs).

 

P.N.A. Handschin, Traité de technique opératoire, Argol, 2014, p. 67.

 

A moins que ce livre tout compte fait n’ait été écrit qu’à mon exclusive attention :

 

 

Chapitre Premier

 

PEUT- ÊTRE SONT-CE LÀ VOS INITIALES

AINSI QUE LES DEUX PREMIÈRES LETTRES DU NOM

DONNÉ PAR VOTRE FILLE CADETTE

AU LAPIN NAIN BÉLIER1 QUE VOUS LUI AVEZ OFFERT

HIER2 POUR SON SIXIÈME ANNIVERSAIRE

 

PA3 4.

 

P.N.A. Handschin, Traité de technique opératoire, Argol, 2014, p. 9.

 

1. 2. 3. 4. Je vous laisse découvrir les notes par vous-même. On tient à sa vie privée quand même.

http://www.argol-editions.fr/images/30/book_95.jpg

 

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Jeudi 3 avril 2014 4 03 /04 /Avr /2014 16:21

Un changement de direction des étoiles ? Ah ? Mais peut-être que c’est nous qui dévions. Ça le fait des fois. A ma deuxième fin du monde, ça m’a fait pareil, j’accusais le cosmos, mais c’était moi qui déviais. A cette époque, je vivais avec mon faux oncle Henri, je m’appelais Monsieur Neveu et le monde était pour moi aussi palpitant qu’un cœur qui a peur. Alors là, nettement, j’ai dévié. Nettement. Mais je n’arrive même plus à me dire que ce sont de mauvais souvenirs. D’ailleurs, les bons souvenirs et les mauvais souvenirs se confondent dans mon esprit. Aujourd’hui, je n’ai plus que des souvenirs, si vous voyez ce que je veux dire. En tout cas c’est l’impression que ça me fait : je n’ai plus que des souvenirs, ni bons ni mauvais… Dites, vous m’écoutez ?

 

Stéphanie Leclerc, Le parasol de Robinson, L’école des Loisirs, 2014, p. 28.

 

Ça n’est pas sûr, qu’ils l’écoutent. Je veux dire : Monsieur Frère a raison de se demander si ses deux interlocuteurs, Tylène et Jane (ou plutôt Alboflède Rictrude Métronie Jane Sédeleunde Abalasinde de Troucelier de Saint Amanchéri de Zollingdorfmallenzohen), l’écoutent ; ces deux jeunes gens en effet ont aussi leurs propres questions à se poser. Il m’en vient aussi. Par exemple : cette histoire de fin du monde sur un stade de foot est-elle triste ou gaie ou les deux ? Que les fins du monde du monde soient plusieurs et qu’elles n’en finissent pas de finir ne facilite pas la réponse. Pas étonnant que Monsieur Frère, qui n’en est pas à sa première fin du monde, ne sache plus faire la différence entre les bons et les mauvais souvenirs. Il ne reste plus qu’à mettre une cage de but sur une scène de théâtre, trouver trois comédiens et un éclairagiste pour s’en fabriquer de nouveaux, nul doute qu’ils seront beaux.

http://www.ecoledesloisirs.fr/php-edl/images/couvertures/Z17033.gif

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Dimanche 30 mars 2014 7 30 /03 /Mars /2014 16:05

A n’avoir devant soi qu’un paysage ordinaire on ne remarquerait rien mais Derek Munn si. Ce recueil de nouvelles tout récemment paru aux non moins récentes éditions Christophe Lucquin nous fait traverser des maisons pas tout à fait finies déjà presque abandonnées, mais aussi des musées, des prés, des chantiers, d’autres maisons encore, des trottoirs, un théâtre, des sièges d’entreprise, des endroits ordinaires où quelque chose se passe qu’on ne verrait pas, des lieux parfois qui ne disent pas même leur nom. On les regarde à peine, sans doute les traverse-t-on tous les jours ; ce qui s’y passe ne peut être que le quotidien le plus banal et le voilà qui pourtant relève soudain de la pure tragédie. Mais cela reste une tragédie quasi invisible, discrète, qui n’embête personne, ou à peine. D’ailleurs parfois elle n’est pas vraiment triste, elle a même ses moments de grâce mais il faut savoir les voir : une trace de peinture rouge sur un petit débris en plâtre qu’éclaire la lumière du soir et qu’on glisse dans la poche avant de quitter le chantier, ou la trace de rouge à lèvres sur un sandwich abandonné qui évitera d’avoir trop faim ce soir-là. Le genre veut que souvent la nouvelle se close sur une chute. Il n’y a pas assez à raconter dans tous ces paysages ordinaires pour se livrer vraiment à cet exercice trop attendu ; alors Derek Munn, plutôt qu’une chute, nous désigne un vide et d’un discret coup de coude nous pousse dedans : ce vide, c’est l’histoire qui n’a pas été racontée et dont on découvre d’un coup qu’on vient de la vivre.

http://www.christophelucquinediteur.fr/wp-content/uploads/2013/09/couv_un-paysage-ordinaire_300.jpg

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Vendredi 28 mars 2014 5 28 /03 /Mars /2014 15:16

Oui-Merci se dé-robe et s’avance nue dans l’épaisseur de l’obscur.

Elle traîne comme une peau ses vêtements derrière elle.

Parvenue au seuil de sa chambre, elle respire enfin, s’engouffre et referme silencieusement la porte.

Son ours démembré est là pour l’accueillir, et sa poupée sans tête. Elle gagne le coin de sa chambre où trône la tête de porcelaine. Elle se souvient lorsque son père lui avait offert cette poupée si fragile, et ses sanglots incontrôlables qui couvraient la colère de sa mère la voyant ainsi pleurer alors qu’on lui faisait un cadeau. Seule la Nonna avait compris. C’était avant qu’on ne l’enferme dans cette maison pleine de cellules, pleine d’ombres froissées et immobiles dans leurs chambres dans les couloirs, dans le jardin.

Elle lui avait glissé dans l’oreille, à l’abri de sa fille : « Si la tête est trop fragile, enlève-la, pose-la de côté. Et joue avec le corps, le corps est bien suffisant pour jouer. »

 

Perrine Le Querrec, Coups de ciseaux, Les Carnets du Dessert de Lune, 2007, p. 19.

 

Parfois les enfants ont des amis imaginaires. Oui-Merci en a une qui lui ressemble, démembrée et sans parole. Oui-Merci, elle, a des membres mais ses jambes sont trop courtes ; elle saurait parler aussi mais ne sait qu’acquiescer poliment aux remontrances de sa mère, qui lui reproche de n’être pas ce qu’elle attendait. Mais Oui-Merci a aussi deux amies pas tout à fait imaginaires, plutôt pleines d’imagination : Perrine Le Querrec qui sait faire parler même le Plancher de Jeannot, rappelez-vous, et Stéphanie Buttay dont je découvre le très beau travail graphique.

Coups-de-ciseaux-Le-Querrec-Buttay.JPG 

Cliquez donc pour voir comme c’est beau.

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Lundi 17 mars 2014 1 17 /03 /Mars /2014 16:24

Les trois premières lettres de Liscorno sont les mêmes que celles du verbe lire à telle ou telle forme conjuguée, et pourtant Liscorno est le nom d’un lieu. C’est aussi le titre du livre de Jacques Josse qui vient de paraître aux éditions Apogée, comme Terminus Rennes avant lui, rappelez-vous. Comme Terminus Rennes mais avant Terminus Rennes, puisque Liscorno est le nom du village où Jacques Josse a grandi – bien avant Rennes où il vit.

Liscorno est donc l’évocation d’un lieu mais aussi celle d’un temps, une tranche de vie essentielle, de la petite enfance lors de l’emménagement de la famille jusqu’au départ du jeune adulte, vers sa propre vie. Et c’est aussi la vie d’un lecteur, un lecteur en formation : le Bildungsroman du lecteur. Le souvenir du lieu

« Dans le lointain se dessinait un semblant de montagne légèrement bleuté et rabotée. C’était le Menez Bré. Il rehaussait d’un cran la ligne d’horizon. Que j’observerais mieux plus tard, perché sur une chaise, devant la lucarne grande ouverte, dans la mansarde qui allait peu à peu se muer en invisible (et minuscule) port d’attache… »

se double du souvenir de ce qui s’y est lu

« La nuit où Tristan Corbière s’est invité dans la mansarde à Liscorno pour ne plus vraiment en ressortir est bien cochée dans ma mémoire. Je dois au poète contumace, aucrapaud qui chante, à celui qui savait plus que quiconque ce que rogner (et rognures) voulait dire en poésie, la première lecture qui m'a physiquement bousculé. »

comme si vivre et lire était une seule et même chose. Et c’est véritablement ce qui ressort de la lecture de Liscorno : on passe insensiblement de la lecture à la vie, de la vie à la lecture sur la durée qui feront du petit garçon un jeune homme, et l’on voit se former un regard sur le monde et sur les hommes qui est aussi celui d’un lecteur : les silhouettes des personnes dessinées par Jacques Josse (dont certaines évoquent parfois les personnages de Cloués au port) sont à mettre sur le même plan que les auteurs qu’il lit, ils sont porteurs des mêmes histoires et le monde est un vaste livre mouillé par un océan, l’Atlantique, parce qu’il borde et la Bretagne de Jacques et l’Amérique, où naquirent beaucoup (mais pas tous) des auteurs qui ont nourri sa jeunesse.

liscorno

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Vendredi 14 mars 2014 5 14 /03 /Mars /2014 15:57

Délibérément méta-littéraire, l’œuvre de Chevillard n’entend pas construire son propre discours d’accompagnement, pas plus qu’elle ne cherche à invalider les formes littéraires reçues : son intention tient plus d’une volonté d’affranchissement. Ce qu’en physique on nomme la « vitesse de libération » : jusqu’où lui faut-il accélérer le rythme de ses inventions pour s’arracher à l’attraction topique, au déjà-dit, aux lieux communs les mieux partagés ?

 

Dominique Viart, « Littérature spéculative », Pour Eric Chevillard, Collectif, Minuit, 2014, p. 71

 

Et si commenter l’œuvre d’Eric Chevillard, ce n’était rien d’autre que de parler de littérature ?

 

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Jeudi 6 mars 2014 4 06 /03 /Mars /2014 16:56

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Il faut quand même que je vous dise que si je m’y connais un peu en lettres d’amour, c’est que j’en ai plein à la maison. C’est Pascale Petit qui a imaginé celles que vous voyez ci-dessus et dont, je m’en rends compte à présent, j’ai cité hier la deuxième.

Pascale a toujours été une grande spécialiste des lettres d’amour, rappelez-vous :

 

Journal du coiffeur

2 juillet

 

Un jour, j’écrirai une lettre d’amour et je trouverai le moyen qu’elle la lise.

Je ferai courir le bruit que je vais monter sur mon beau cheval blanc.

Ou j’achèterai un trésor, des cordes, des munitions et deux redingotes de damas à fleurs.

Et je ferai un feu pour m’introduire chez elle et je mettrai ma main devant sa bouche pour l’empêcher de crier et pour l’embrasser.

Ou je dessinerai des lettres et des violons sur son grand lac gelé jusqu’à ce que je devienne son petit esquif brinquebalé par les flots et la tempête et conduit de force s’il le faut jusqu’à sa fondrière : « nous vivions dans une coquille, nous allons voler en éclats ».

(Mais si je ne lui écris pas en vers, voudra-t-elle s’enfuir avec moi ? Et qui lui dira, « je m’intéresse à vos déplacements car ils intéressent, le ciel, la terre, les tremblements de terre, tout mes tourments", SI CE N’EST PAS MOI ?)


*

 

14 juillet

(Soir)

 

Un jour, j’écrirai une lettre d’amour et je trouverai le moyen qu’elle la lise.

Un jour, elle comprendra que j’aurai écrit toutes ces lettres parce que je n’arrivais jamais à écrire la même.

Un jour, elle trouvera toutes ces phrases et elle pourra choisir la plus belle.

 

 

 

Extraits du journal du coiffeur. Manière d’entrer dans un cercle & d’en sortir, éditions du Seuil, 2007.

 

 

C’est avec ce livre, lu dès sa parution, que je suis tombé amoureux du travail de Pascale Petit. Depuis j’ai lu tous ses livres. Je ne pourrai pas vous dire lequel est le plus beau.

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Dimanche 2 mars 2014 7 02 /03 /Mars /2014 10:51

– Vous voyez, ce n’est pas moi qui trace le portrait, que vous redoutiez, d’une Roumanie tragique ! »

Elle rit doucement à l’autre bout du fil, sur le fond d’écran de mon ordinateur, une photo de  Montréal, la petite communiste qui ne souriait jamais, puis elle ajoute : je déteste avoir froid, c’est une obsession aujourd’hui encore. Mais malgré tout, il manque à vos descriptions des choses… qui n’existent plus aujourd’hui.

– Comme quoi ?

– Je ne voudrais en aucun cas qu’on imagine que je minimise ce qui a eu lieu mais… comment vous dire… On était ensemble. Contre un ennemi commun. On ne s’est pas laissé piétiner. Il fallait s’entraider, s’organiser, tenez, les gens se prêtaient leurs enfants pour aller faire les courses car ceux-ci avaient droit à des rations supplémentaires de lait et de viande. Et… je sais que ça va vous paraître superficiel, mais la queue prenait tellement de temps que c’était un haut lieu de drague, on se maquillait, on se parfumait avant d’y aller. Les vieux se retrouvaient entre eux, ils dépliaient une petite chaise de camping et jouaient aux cartes. Des détails, je sais. Enfin… est-ce que ce que ce sont des détails, ou une façon de survivre ? Et ça aussi, personne ne vous le dira parce que ça n’est pas spectaculaire, mais si on réussissait à voir un film étranger, souvent français d’ailleurs, eh bien, c’était un genre d’obligation morale, on se devait de le raconter en long et en large à tous ses amis, on mémorisait les bonnes répliques, les costumes, tout, pour partager ce bonheur. »

Pouvez-vous me faire parvenir une liste de vos souvenirs des années 1980, votre quotidien, je demande à Nadia. Elle soupire, vous êtes incroyable, on en a parlé mille fois, puis comme j’insiste, elle susurre, acide : « Je ne vous mets pas les bons souvenirs, je sais qu’ils ne vous intéressent pas ! »

 

Lola Lafon, la petite communiste qui ne souriait jamais, Actes Sud, 2014, p. 220.

 

Et tandis que je lis ce récit d’une biographie en train de s’écrire, work in progress fictif d’un récit lui non fictif – ce qui donne à ce roman son épaisseur, avec la possibilité de la contradiction à l’intérieur même du récit, que la fiction s’autorise rarement – et qu’une partie de mon esprit continue à tourner autour de la question de la vérité historique, cette vis sans fin,

voici soudain qu’à cette page 220 une phrase me retient, à laquelle je ne résiste pas : Pouvez-vous me faire parvenir une liste de vos souvenirs des années 1980.

Pas une liste de mes souvenirs, non, mais un seul. Ce doit être en 1983 ou 84, dans le Nord de Paris, petit campus où je suis censé étudier, quand mon esprit n’est pas absorbé par quelque projet d’écriture. J’échange quelques mots avec une jeune fille inscrite aux mêmes cours. Je ne me souviens d’aucun des mots, en revanche je revois assez nettement son physique, surtout une natte blonde, portée haut – je pense à une danseuse. Il me semble aussi qu’elle porte du rouge. Il doit y avoir quelque chose de singulier en elle, ou disons de mémorable, qui à ce moment-là va prendre pour moi une forme toute verbale : son nom. C’est là que mon souvenir est le plus net, décisif  – il faut dire que je passais plus de temps peut-être qu’aujourd’hui à écrire. En tout cas je me rappelle avoir pensé à propos de son nom qu’on aurait dit un nom de personnage, un nom qu’on penserait trouver dans un livre plutôt que dans la réalité. Elle s’appelait Lola Lafon.

le-nom-de-lola-lafon.JPG


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Lundi 24 février 2014 1 24 /02 /Fév /2014 15:10

Je n’accorde aucune confiance aux mots. J’ai déjà dû l’écrire ailleurs mais je ne sais plus où : ils veulent déjà dire quelque chose sans moi, et cette volonté est toujours susceptible d’entrer en contradiction avec la mienne. Les mots que j’aurai écrits voudront toujours dire aussi autre chose que ce que j’aurai voulu dire.

Pour autant, je ne crois pas un instant que ça doive empêcher d’écrire. Je crois même au contraire que c’est ce qui rend possible la littérature.

Il y a une dizaine d’années j’ai lu, dès sa parution à l’Esprit des Péninsules, Pays perdu, de Pierre Jourde. J’étais curieux de lire ce qu’écrivait par ailleurs l’auteur de la Littérature sans estomac, paru peu de temps avant. Le seul auteur qu’il y évoquait et que j’avais déjà lu y était traité avec un enthousiasme qui ressemblait au mien lors de ma découverte des Absences du Capitaine Cook – puisqu’il s’agit bien sûr d’Eric Chevillard. C’est un peu hors sujet tout ça mais pas tellement : je veux dire que, tandis que Jourde apparaissait non sans raisons à d’autres comme une sorte de cogneur des lettres, j’ai d’abord vu en lui le lecteur enthousiaste et chaleureux. Subjectivité de toute lecture.

Et j’ai vraiment beaucoup aimé Pays perdu. Du coup j’ai lu d’autres livres du même auteur, comme on dit, et précisément ils n’avaient pas forcément l’air a priori du même auteur. Et bien sûr ça ne pouvait que me retenir.

Et puis j’ai appris cette affaire, je ne sais plus comment mais sans doute dès que la presse en a parlé – je parle bien sûr de celle à l’origine de la première pierre, le dernier livre de Pierre Jourde, que je viens tout juste de terminer (il est paru à la rentrée de septembre mais moi je lisais le Maréchal absolu, dont l’épaisseur explique sans doute en partie pourquoi la première pierre vient tant d’années après l’affaire mais ne doit pas vous faire reculer pour autant : c’est un vrai grand livre). J’ai appris cette affaire et j’ai fait partie de la catégorie des incrédules, Pierre Jourde en effet liste les différentes réactions ; ce livre à l’évidence était un hommage au pays et je ne voyais pas comment il pouvait être perçu autrement. Sauf que ce pays n’est pas le mien et qu’en plus je n’en ai pas. Mais même l’auteur lui-même n’imaginait rien de tel.

Nous devrions pourtant savoir, nous qui écrivons mais aussi lisons, comment la lecture s’approprie le texte et en écrit à chaque fois un nouveau. Si je mets plein de « je » partout dans ce billet c’est parce que je sais bien que je ne parle pas de la première pierre de Pierre Jourde mais de ce que la lecture de ce texte suscite en moi.

Pierre Jourde avait intitulé son livre Pays perdu. Je ne l’ai pas relu depuis sa parution. Mais je me rappelle comment dès les premières lignes le narrateur situe le pays au bout d’une route improbable, quelque chose de mythique et de merveilleux pour le lecteur étranger. C’est dans ce sens en effet que l’auteur avait écrit ces premières lignes ; mais comment ne pas voir, en se plaçant depuis ledit pays, qu’il s’agit aussi d’un pays paumé ? Moi qui n’habite qu’à une demi-heure de Paris par le train il m’arrive bien souvent de râler que c’est paumé, où je vis – et pourtant c’est presque touristique aussi. Dès le titre les lectures fatalement divergent, les esprits s’échauffent.

Et puis il y a l’événement. Et l’événement aussi change le sens des mots. Le livre vit sa propre vie avec les mots dont il est écrit et échappe à son auteur. Ce ne sont pas les personnages qui, selon le cliché habituel, échappent à leur auteur ; mais bien les mots eux-mêmes. Il a dit des choses qu’il n’avait pas le droit de dire. Les choses qu’on n’a pas le droit de dire sont souvent de très peu d’importance et connues de tous – même si elles sont dans le cas présent supposées être secrètes dans un pays où la configuration des lieux même rend le secret impossible. Je me souviens un peu de cette notion du « droit de dire » évoquée jadis dans un cours de linguistique, peut-être bien de logico-sémantique ; en fait je ne me souviens de presque rien sauf que le droit de dire est un préalable à toute parole. A fortiori écrite, circonstance aggravante. On ne se pose pas la question de savoir si celui qui a pris le droit de dire qu’il n’avait pas était bien conscient de son infraction : son Pays perdu va le prendre aux mots. Il y retournera quand même mais le pays désormais restera perdu pour lui. Il faudrait lui demander s’il avait pensé à Milton en donnant ce titre.

Mais ce n’est pas pour Pierre Jourde seulement que le Pays perdu a changé de sens : les lecteurs qui découvrent ce texte aujourd’hui, publié initialement chez un petit éditeur, ne pourront le faire qu’à travers le prisme des événements et surtout, dans ce cas souhaitons-le, celui de la lecture de la première pierre. Pour ma part, j’ai l’impression de l’avoir lu autrefois en toute innocence. Quand je le relirai ce sera un autre livre.

http://zone-critique.com/wp-content/uploads/2013/11/ob_c4eba373d4d6b592f06aac7541e0bd05_premiere-pierre-jourde.jpg

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Rien (qu'une affaire de regard) couv

Mon premier roman, indisponible depuis des années, fait l'objet d'une réédition revue et corrigée, chez Quidam éditeur bien sûr, sous le titre Rien (qu'une affaire de regard). (Mars 2014)

La quatrième de couverture.

L'accueil de la critique.

 

Couv Dans mon oreille
Dans mon oreille, illustré par Henri Galeron, aux éditions Motus (12 septembre 2013).

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Laminaires variées

par le hublot (droit)

(A suivre) - J.d'Abrigeon (2) - L.Albarracin - Albin - P.Alferi (2) (3) - J.Alikavazovic - N.Allan - Altan - T.Arfel - P.Arguedas - M.Arrivé (2) (3) (4) (5) (6) - D.Auby  (2) (3) - P.Autin-Grenier - L.Bablon - JL.Bailly (2) - I.M.Banks - J.Baqué - C.Barreau - L.Bassmann (2) (3) (4) - E.Baudoin (2) - F.Beaune - C.Beauvoir - S.Beckett (2) (3) (4) (5) (6) (7) - B.Bégout - Th.Beinstingel (2) (3) (4) - L.BenincáG.Bergounioux (2) (3) (4) (5) - P.Bergounioux (2) (3) - A.Bertina - A.Bertrand - H.Bessette - P.Bettencourt - F.Bon - E.Bonnargent - M.Bonnevay - S.Bourgois - A.Bréa - RD.Brinkmann - R.Butlin - O.Cadiot - JL.Caizergues (2) - N.Caligaris - I.Calvino - M.Candré - K.Čapek (2) - Casanova - Cl.Chambard - P.Chamoiseau (2) - G-O.Châteaureynaud (2) - E.Chauvier - E.Chevillard (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) (12) (13) (14) (15) (16) (17) - Claro (2) - J.Coe (2) (3) - M.Cohen (2) (3) (4) (5) - S.Coher (2) - Colette - Y.Colley - M.Cosnay (2) (3) (4) (5) (6)JL.Coudray (2)D.da Silva (2) (3) (4) (5) (6) - D.Decourchelle (2) - M.Desbiolles - A.DiazRonda - A.Dickow (2) - Y.diManno - S.Doppelt - M.Draeger (2) - C.Dubois - M.Duplan - J.Echenoz - R.Elman - Chr.Esnault - J-M.Espitallier - E.Faye (2) - R.Federman (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) - E.deFilippo - G.Flaubert (2) (3) - F.Forte (2) - Em.Fournier - H.Frappat (2) (3) - Fred - M.Frering (2) - R.Froger - F.Gabriel - A-M.Garat - Ph.Garnier (2) (3) (4) (5) - R.Gary - M.Giai-Miniet - J.Giono - L.Giraudon - I.Gontcharov (2) (3)S.J.Gould - J.Grandjean - Grimm - F.Griot - D.Grozdanovitch (2) (3) - D.Guillec - P.N.A.HandschinB.Heim (2) - Hergé - R.Hoban (2) - E.Hocquard - Homère - V.Horton (2) - B.Jacques - R.Jirgl - B.S.Johnson (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) - G.Josipovici (2) (3) (4) - J.Josse (2) (3) - J.Jouet (2) - P.Jourde (2) (3) (4) (5) - F.Kafka (2) - Fe.Karinthy - Fr.Karinthy (2) - J.Lafargue (2) (3) (4) - E.Larher - F.Léal - S.Leclercq - JMG.LeClézio - A.Lefranc (2) - LeGolvan (2) - M.Lentz - P.LePillouër - P.LeQuerrec (2) - D.Lespiau (2) - E.Levé - L.Lionni - H.Lucot (2) - S.Macher - Chr.Macquet - C.Mainardi (2) - LE.Martin - Masse - F.Matton (2) (3) - D.MémoireH.Michaux - P.Michon - C.Minard (2) (3) (4) (5) (6) (7) - H.Mingarelli (2) (3) - Moebius - Chr.Molinier - D.Montebello - J.Montestrela - R.Morgiève (2) - S.Moussempès - J.Mouton (2) - D.Munn - Munoz et Sampayo - Nerval (2) (3) - Ovide - Y.Pagès - J-F.Paillard - A.Parian - P.Parlant - M.Pautrel - D.Pennac - X.Person - E.Pessan (2) (3) (4) - P.Petit (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) (12) (13) (14) (15) - H.Pinter - E.Pireyre (2) (3) - F.Pittau (2) - V.Pittolo (2) - V.Poitrasson - M.Pons (2) - C.Portier (2) (3) - C.Prigent - D.Quélen - N.Quintane (2) (3) - E.Rabu - E.M.Remarque - M.Rivet - O.Rohe - Cl.Rosset - M.Rousset - AS.Salzman - A.deSandre - N.Sarraute - J.Sautière - A.Savelli (2)E.Savitzkaya  (2) (3) (4) (5) (6) - B.Schulz - O.Scohy - P.Senges - A.Serre (2) - M.Simon - S.Smirou - M.Sonnet (2) (3) - G.Stubbe - L.Suel - I.Svevo - Y.Ténédim - P.Terzian - A.Tot - R.Verger (2) (3) - M.Villemain (2) - Th.Vinau (2) (3) - A.Volodine (2) (3) (4) (5) (6)C.Wajsbrot - C.Ysmal - F.Yvert
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