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Pêche annuelle

Pascale Petit, POOL !

Jean-Pierre Martinet, La grande vie.

Anne-Sylvie Salzman, Vivre sauvage dans les villes.

Pablo Katchadjian, Quoi faire.

Eric Pessan, Le syndrome Shéhérazade.

Marie Cosnay, Des métamorphoses.

Olivier Hervy, Agacement mécanique.

Guy Goffette, Mariana, Portugaise.

Gaétan Soucy, N'oublie pas, s'il te plaît, que je t'aime.

Jean-Louis Bailly, La Chanson du Mal-Aimant.

Gabriel Bergounioux, Dominos.

Véronique Pittolo, Une jeune fille dans tout le royaume.

Collectif, Devenirs du roman, Ecriture et matériaux.

Emmanuel Venet, Rien.

Ian Monk, .

Claro, Cannibale lecteur.

Antoine Brea, Petites vies d'écrivains du XXe siècle.

Laurent Albarracin, Fabulaux.

P.N.A. Handschin, Traité de technique opératoire.

Stéphanie Leclerc, Le parasol de Robinson.

Derek Munn, Un paysage ordinaire.

Perrine Le Querrec et Stéphanie Buttay, Coups de ciseaux.

Jacques Josse, Liscorno.

Collectif, Pour Eric Chevillard.

Pascale Petit, Lettres d'amour et Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir.

Lola Lafon, La petite communiste qui ne souriait jamais.

Pierre Jourde, La première pierre.

Didier da Silva, L'Ironie du sort.

Pierre Bergounioux, Préférences.

Thomas Vinau, Juste après la pluie.

Bruce Bégout, L'Accumulation primitive de la noirceur.

Claro, Les souffrances du jeune ver de terre.

Eric Chevillard, Le désordre AZERTY.

Jean-Louis Bailly, Un divertissement.

Eric Chevillard, Péloponnèse.

Emmanuelle Pireyre, Congélations.

Jean-Michel Espitallier, L'invention de la course à pied (et autres trucs).

Leo Lionni, La botanique parallèle.

Laurent Albarracin, Le citron métabolique.

Pascale Petit, Histoir d'ouf.

Christoph Meckel, Portrait-robot. Ma mère.

Christoph Meckel, Portrait-robot. Mon père.

Victoria Horton, Pagaie simple.

Nina Allan, Complications.

Danielle Auby, Bleu horizon.

Richard Elman, Taxi driver.

Frigyes Karinthy, Farémido, le cinquième voyage de Gulliver.

Albin Bis, Albin saison 1, cent épisodes.

Tatiana Arfel, La deuxième vie d'Aurélien Moreau.

Sandra Moussempès, Acrobaties dessinées.

Marie Rousset, Conversation avec les plis.

Céline Minard, Faillir être flingué.

B. S. Johnson, Chalut.

Pierre Jourde, Le Maréchal absolu.

Raymond Federman, A qui de droit.

Claude Chambard, Carnet des morts.

Iain M. Banks, Efroyabl ange 1.

Fred Griot, Book 0.

Sonde

Hublog à lectures

Lundi 14 juillet 2014 1 14 /07 /Juil /2014 16:46

Ces Hublots entrant en pause estivale, je vous laisse en compagnie d’un ouaouaron qui ne manquait pas d’air (texte extrait de Pool de Pascale Petit, illustré par Renaud Perrin et publié par les éditions du Rouergue, et parmi d’autres lu avec bonheur samedi soir aux Racines du Vent de Chevreuse).

l-ouaouaron.JPG 

On aura compris que voilà un bouquin où il y a un truc qu’il n’y a pas – n’allons pas plus loin mais cliquons plutôt pour voir aussi grand que l’ouaouaron.

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Jeudi 10 juillet 2014 4 10 /07 /Juil /2014 14:20

Pool-a-Chevreuse.jpg  

Pour savoir qui kidnappa quoi, soyons du public !

kidnapping.jpg

(Un clic sur la photo l’agrandira.)

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Mardi 8 juillet 2014 2 08 /07 /Juil /2014 16:42

Tout en parlant, elle m’arrachait mes vêtements, puis elle se déshabillait lentement à son tour, presque cérémonieusement, ses seins monstrueux déferlaient sur moi avec un grondement sourd d’avalanche, ils me recouvraient eu à peu, j’avais beau essayer de me débattre j’étais submergé, je n’apercevais même plus le sourire radieux de Luis Mariano, ni les plantes vertes, ni l’horrible tapisserie représentant des légumes, un potager de cauchemar, avec des topinambours, des raves, des choux, des carottes verdâtres, des asperges violettes, j’étais dans le noir, j’entendais encore Madame C. dire faiblement que tous les habitants de l’immeuble avaient des waters individuels, sauf elle, si c’était pas un malheur une chose pareille, une cuvette étincelante, on pouvait se voir dedans avec les produits modernes, une lunette en velours ou en fourrure, une chasse d’eau en or massif, plus belle que le Chah d’Iran et la Chahbanou réunis, des bidets en porcelaine qu’on pouvait se laver au Champagne dedans, ces visions paradisiaques semblaient l’exciter terriblement, tandis qu’elle m’engloutissait, elle était déjà toute marécageuse, elle me remuait brutalement en elle tout en me tenant les pieds pour m’empêcher de gigoter, et puis, lorsqu’elle avait bien joui, après avoir poussé un meuglement qui faisait trembler les murs, elle m’expulsait de son formidable vagin, me laissant seul sur le plancher comme un roi dépossédé, trempé de la tête aux pieds, incapable de dire un seul mot. Lorsqu’elle me voyait trop longtemps demeurer accroupi par terre, d’un air absent, Madame C. m'ordonnait d'aller me laver en me donnant une grande claque sur les fesses. « Allez, hop, mon petit bonhomme, à la douche ! »

 

Jean-Pierre Martinet, La grande vie, l’Arbre vengeur, 2012, p. 18-20.

 

Grande idée qu’ont eue les éditions de l’Arbre vengeur de rééditer ce très grand petit texte.

 

http://www.lekti-ecriture.com/blogs/alamblog/public/.CouvMartinet_m.jpg

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Vendredi 4 juillet 2014 5 04 /07 /Juil /2014 18:06

Pendant trois ans, au retour de la guerre, j’ai appris mon métier auprès de Monsieur Boissonneau, mesuré, copié, peint, dans leurs détails les plus délicats, des yeux qu’au fur et à mesure – je suis, je le sais un bon artisan – j’ai su rendre ressemblants ; mieux encore semblant voir. J’ai su, n’étant pourtant pas artiste, trouver le moyen de donner à l’émail une palpitation, un éclat – en bref une illusion de chair. Que je place l’un de ces yeux au creux de la paume : me voilà plein d’une joie démoniaque. J’ai songé plusieurs fois à caresser Margaret et Mme C toutes deux couchées sur le lit conjugal de ces mains armées. Je crois me souvenir que lorsque j’étais enfant, en Corse, nous mangions des yeux de cochon, cuits, et que le premier borgne que je vis jamais était un homme, me dit Monsieur Filippi, auquel un grand-duc, l’oiseau, le hibou, avait arraché l’œil. Sur les champs de bataille, j’ai vu maints yeux crevés. Lorsque Margaret dort, parfois je pose la bouche sur l’une de ses paupières et l’aspire légèrement : je n’ai aucune envoie d’avoir en moi un œil de la pauvre enfant, pour le noyer dans la bile noire et l’absinthe, non – c’est moi, qui voudrais la visiter de mon globe vagabond, de même que j’ai depuis quelques mois élu domicile en Mme C.

 

Anne-Sylvie Salzman, Vivre sauvage dans les villes, « La main voyante », le Visage vert, 2014, p. 91-92.

 

Vivre sauvage dans les villes est le nouveau recueil de nouvelles d’ Anne-Sylvie Salzman, plus discrètement fantastiques que  Lamont peut-être, mais tout aussi troublantes en tout cas (l’érotisme où on ne l’attend pas), accompagnées d’illustrations de Stepan Ueding.

http://levisagevert.com/images/salzman_sauvage.jpg

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Samedi 28 juin 2014 6 28 /06 /Juin /2014 17:17

Alberto et moi avons les poches pleines de beurre froid.  Il fait tellement chaud que nous craignons que le beurre commence à fondre et abîme nos vêtements. Nous nous mettons à courir sur un chemin qui ressemble à un pré couvert de quelque chose comme des fruits secs et nous entrons dans une maison habitée par une vieille. La vieille me montre du doigt et Alberto me dit : Ta tête grossit. Je me regarde dans un miroir et constate que ma tête est en train de grossir, mais l’effet en réalité c’est que tout rétrécit sauf ma tête, qui conserve sa taille normale. Alberto me tend une paire de ciseaux et j’essaie de me couper les cheveux pour empêcher ma tête de continuer à pousser, mais rien n’y fait, la situation empire et devient de plus en plus confuse. A ce moment-là, je me rends compte que si tout va mal c’est à cause de la vieille qui n’arrête pas de crier, ce qui nous rend nerveux. Je suggère alors à Alberto, pour la faire taire, de lui mettre un vieux chiffon dans la bouche. Alberto ne trouve pas de chiffon, à la place il trouve de la vieille mousseline, qu’il lui met dans la bouche. Mais la mousseline agit de telle façon qu’à présent ce ne sont plus des cris qui sortent de la bouche de la vieille, mais une merveilleuse mélodie qui enchante la forêt tout entière (à ce moment-là, nous découvrons que nous étions et que nous sommes dans une forêt). Nous quittons les lieux et la vieille pour nous retrouver dans une université anglaise, mais cette fois-ci en tant qu’élèves. Cependant, nous sommes aussi les professeurs et, ce qui est terrible, c’est qu’en étant spectateurs de nos propres disputes au sujet de Léon Bloy, nous nous rendons compte à quel point nous sommes fatigués de nous-mêmes (chacun fatigué de soi-même). La dispute s’interrompt lorsqu’un individu au faciès étrange nous fait remarquer que nous ne pourrons pas parler si nous continuons à garder la bouche fermée. Or nous sommes en train de parler et nos bouches ne sont pas fermées, ce qui nous amène à la conclusion que la remarque de cet individu est un piège : son objectif est de nous inciter à protester contre l’erreur manifeste de l’observation. Nous décidons donc de ne pas protester et c’est là que nous comprenons que le piège était plus subtil : le fait de ne pas protester nous oblige à fermer la bouche, et dès lors que l’individu réitère sa remarque, nous ne pouvons plus protester, car désormais celle-ci est vraie.

 

Pablo Katchadjian,  Quoi faire, traduit de l’espagnol (Argentine) par Mikaël Gomez Guthart et Aurelio Diaz Ronda, éditions Le grand os, 2014, p. 23-24.

 

Quoi faire est le premier roman traduit en français (mais pas le premier roman, hein) d’un tout jeune auteur argentin que le grand os a l’excellente idée de publier, et c’est proprement fascinant. Une série de situations en nombre relativement limité mais très disparates par les lieux et les personnages qu’elles mettent en scène (à l’exception d’Alberto et du narrateur qui sont le fil double du roman) s’enchaînent et se répètent en variant les combinaisons, en cinquante courts chapitres d’un paragraphe chacun, qui sont à chaque fois comme des variations d’eux-mêmes. Les deux protagonistes, Alberto et le narrateur, y sont sommés de répondre à d’indécidables questions qui résonnent à travers le livre entier. « Lorsque les philosophes parlent, ce qu’ils disent est vrai ou s’agit-il d’un double ? » demande dès le tout début un étudiant anglais de deux mètres et demi qui, fâché de ne pas obtenir de réponse, entreprendra d’ingurgiter Alberto, lequel saura quoi faire à la fin, et quoi dire.

(Et voilà que je vois que le livre a déjà les honneurs de la librairie Ptyx à Bruxelles et du Comptoir des mots à Paris, vous savez où aller.)

http://3.bp.blogspot.com/-kXUUJkDSk3Q/U0uJCNQ5LiI/AAAAAAAABcs/IFY2yjv1-cY/s1600/quoi-faire-couv2.jpg

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Mercredi 25 juin 2014 3 25 /06 /Juin /2014 15:55

J’avais sept ans, je grattais mes avant-bras jusqu’à me faire saigner, je tirais des lamelles de peau, ensuite j’arrachais les croûtes, j’empêchais la cicatrisation. Si on me surprenait en train de me gratter, je recevais une tape sur les doigts.

 

 

Ce n’est qu’après que son mari m’ait écrit pour me dire qu’il voyait clair dans mon jeu que j’ai eu envie de coucher avec elle.

 

 

Il devait être malade, je ne vois pas d’autre explication, sérieusement dérangé et pervers pour aimer regarder des cochonneries pareilles à l’âge qu’il avait.

 

 

Une marionnette. Tu lui dis bleu, il répond bleu. Tu lui dis vert, il répond vert.  Aucune personnalité. Une girouette.

 

 

J’avais sept ans, papa et maman travaillaient, après les cours j’allais chez mon pépé.

 

 

Elle a tout fait de travers, tout accompli à l’envers. Elle me rend malade, elle le sait, elle me rend vraiment malade.

 

 

Je frémis en me demandant où il pouvait bien les acheter, ses magazines pornos, je n’ose plus mettre un pied à la maison de la presse, les commerçants savent bien qu’il était mon père.

 

 

Tu lui dirais de sauter par la fenêtre, il sauterait par la fenêtre.

 

 

J’avais sept ans et après – bien après – papa et maman m’ont demandé comment cela se faisait que je n’en parlais pas, comme cela se faisait qu’il n’y avait aucun signe.

 

 

Personnalité néant, esprit d’initiative néant. Un suiveur, un mollasson, un qui ne fera pas long feu su tu veux mon avis.

 

 

Eric Pessan,  Le syndrome Shéhérazade, éditions de l’Attente, 2014, p. 82-83.

 

Raconter pour ne pas mourir, bien sûr, mais il y a des choses qu’on ne peut pas dire ou alors, il y a des choses pour lesquelles la meilleure manière de les dire est de ne pas tout dire et c’est sans doute pourquoi le syndrome Shéhérazade est si plein de vides : l’imagination (souvent horrifiée) du lecteur comble ce qui manque entre ces voix sans nom mais qui deviennent familières, ces voix qui parlent dans le noir même avant que pour de bon la nuit tombe – à la page 219.

A lire Eric Pessan je me dis que décidément c’est le silence qui le fait écrire. Bien avant l’ouverture de ces Hublots c’était l’absence d’explication qui faisait tout le drame de Chambre avec gisant. (Puis me rappelant qu’il est aussi l’auteur d’Un matin de grand silence, et plus récemment de Dépouilles et de Muette je me rends compte que je viens d’enfoncer une porte ouverte. Ce n’est pas une raison pour la refermer.)

http://www.editionsdelattente.com/site/www/images/livre/couverture/146.jpg

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Lundi 23 juin 2014 1 23 /06 /Juin /2014 17:59

Marilyne Peau, je la vois sur scène, se décompose en une multitude de petits espaces cubiques qui vont donner lieu à l’apparition de nouveaux personnages, un personnage roux d’abord, qu’on appelle le frère. Le frère parle à Marilyne Peau, assise par terre, forçant sa souplesse dans des exercices gymnastiques répétés. La sœur répond au frère sur un ton léger. Le photographe fait son apparition, encourage Marilyne Peau, il dit qu’elle retrouvera son niveau des débuts et la colère ou la rage ou la volonté, enfin l’énergie. Le petit déhanché qu’elle a acquis sera sa particularité. Il dit que tous ensemble ils y arriveront. On voit Marilyne Peau triste et douloureuse, puis ils fument des cigarettes tout en regrettant que la vie ne soit plus la chose continue, unie, qu’elle était. Marilyne Peau a un peu bu, pendant ce temps on creuse les tunnels. La nuit, après avoir beaucoup parlé, tout le monde creuse et prépare. Parfois il faut s’arrêter. Le frère empêche Marilyne Peau de boire, il la pousse à s’entraîner encore et il s’entraîne avec elle et s’entraînent avec eux tous ceux qui se cachent avec eux, les voilà qui s’assouplissent, jambes écartées, face à moi, à nous. Le directeur de la compagnie chorégraphique, lui, ne s’entraîne pas. Il semble, whisky et pelle à la main, un peu découragé.

 

Marie Cosnay, Des métamorphoses, p. 56-57, Cheyne, 2012.

 

Le soir le lecteur lit Des Métamorphoses de Marie Cosnay puis le lendemain oubliant qu’il est aussi le lecteur se recompose en professeur qui se dit que ce serait dommage quand même, après avoir étudié avec ses 6e cet extrait du Déluge, celui de la Bible, de ne pas leur lire aussi comment Ovide le raconte dans ses Métamorphoses. Et le voici qui lit, l’attention est raisonnable quand même malgré l’été venu, Deucalion et Pyrrha inspirent la sympathie. L’oracle de Thémis fait lever les sourcils, quand même, jeter derrière soi les os de sa mère, quelle drôle d’idée ; Pyrrha est d’accord avec les élèves. Je leur dis, C’est comme ça, les oracles ne sont pas immédiatement compréhensibles ; j’aurais dû leur dire, Il faut se laisser comprendre. C’est de retour à la maison que le professeur se décompose recompose de nouveau, redevient lecteur, s’étonne que ses divers soi-même ne communiquent pas davantage entre eux ; Marie Cosnay, Marie Cosnay qui par ailleurs traduit Ovide et ses Métamorphoses, devient la sibylle.

http://www.cheyne-editeur.com/images/couvertures/metamorphoses200.jpg

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Samedi 21 juin 2014 6 21 /06 /Juin /2014 11:26

Je suis tout de même un peu vexé de constater que ma très vieille grand-mère ne me reconnaît plus, comme si c’est moi qui avais pris un terrible coup de vieux en six mois.

 

 

En mourant le père prodigue son dernier conseil – débrouille-toi tout seul maintenant.

 

 

Cette amie excentrique marche pieds nus toute la journée et où qu’elle soit. Si bien qu’à chaque fois qu’on la voit on regarde ses pieds comme si elle avait de nouvelles chaussures.

 

 

« Mais comment une belle femme comme toi peut vivre seule ? », demande à notre amie C. le déplaisant P. dont je m’étonne qu’il ait trouvé compagne.

 

 

Cette fois c’est décidé, je coupe mes longues boucles blondes avant d’aller rendre visite à ma grand-mère pour lui trouver une excuse si cette fois encore elle ne me reconnaît pas.

 

 

Olivier Hervy, Agacement  mécanique, L’Arbre vengeur, 2012.

 

 

Voilà, ça va déjà mieux.

http://remue.net/IMG/arton5354.jpg?1343559080

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Mardi 17 juin 2014 2 17 /06 /Juin /2014 18:21

L’artiste est-il maître de son œuvre ? demandait-on hier matin en philo aux élèves de Terminale scientifique. Nul doute que le Carnet d’or de samedi était à l’origine du sujet. J’y reviens encore une fois à propos de Mariana, Portugaise, le livre de Guy Goffette, réédité lui aussi mais de dix ans plus ancien que le mien puisque paru pour la première fois en 1991 aux éditions Le Temps qu’il fait – saluons au passage le beau travail de cet éditeur.

Un extrait pour commencer :

 

O grand cinéma de la componction.

Petite Marie-Madeleine au bordel battant sa coulpe ô tendre lupin des lupanars baisant de larmes et chaude salive les pieds du christ en bois, répandant l’avaricieux parfum du capitaine Judas, la chevelure de feu épongeant la dalle avant que tombent les douces paroles du pardon, les douze coups de trahison. C’est matines qu’on entend hélas, et c’est le glas dans la vallée, à Mértola ; c’est la relève qui sonne là-bas sur la mer : la Campagne du Portugal s’achève. Au jardin, les oliviers s’éveillent. Vide est le champ du potier, vides les yeux de Mariana, l’encrier vide et l’avenir fermé.

 

Guy Goffette, Mariana, Portugaise, Gallimard, p. 52.

 

Ni glose ni paragraphe des Lettres de la religieuse portugaise sommes-nous prévenus, Mariana, Portugaise est une sorte de palimpseste amoureux des lettres de l’amoureuse abandonnée, poème d’amour en prose qui reprend la structure pentagrammatique du best-seller naguère anonyme, dont du coup j’ai voulu relire les cinq lettres : mince, impossible de mettre la main dessus. D’un saut à la librairie j’en fais l’acquisition, sans trop me poser la question de l’édition ; ça sera Garnier-Flammarion. Et là, voici que le nom de Guilleragues (je m’avise à l’instant que je n’avais jamais vraiment pris la peine de le retenir) me saute aux yeux d’une manière désagréable : il est écrit en plus gros caractères que le titre. C’est une chose qui me choque toujours comme une incongruité : rendre le nom de l’auteur plus visible que le titre. C’est d’autant plus frappant quand le nom de l’auteur est bien moins connu que le livre lui-même. J’avais bien senti à ma lecture de Mariana, Portugaise et des commentaires dont Guy Goffette accompagne le texte de sa nouvelle édition que l’attribution tardive (on en parlait encore quand j’étais étudiant) des Lettres portugaises à Guilleragues lui déplaît. J’avais l’impression que pour ma part elle me laissait indifférent. Peut-être pas tant que ça. Enfin, ça n’est peut-être pas tant Guilleragues lui-même ; il faut bien après tout qu’un texte ait un auteur, et l’on sait bien que celui-ci ressemble rarement à la voix qu’il fait résonner dans son œuvre, mais tout de même : lorsque celui-ci a le bon goût de s’effacer lors de la publication – car c’est bien intentionnellement que les Lettres portugaises sont d’abord parues sans nom d’auteur – n’est-ce pas un peu trahir le texte que de lui coller ainsi le nom de ce « courtisan-diplomate gascon », ainsi que le résume Guy Goffette ? On comprend qu’il soit importuné : ce nom de Guilleragues sur la couverture est un inutile tue-l’amour entre Mariana et son lecteur – car Guy Goffette, à n’en pas douter, est amoureux.

http://www.gallimard.fr/var/storage/images/product/8f8/product_9782070145775_195x320.jpg

 

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Dimanche 15 juin 2014 7 15 /06 /Juin /2014 17:34

Ne me lis pas en te cabrant, en tendant les muscles, comme si tu craignais de te faire avoir, de tomber dans un piège, d’être embobinée. Ne te ferme pas d’avance, par rigidité de principes, à ce que j’essaie par tendresse profonde de te faire entendre. Nous nous sommes fait mal sans nous être jamais fait du mal. Je cite de mémoire ce que je t’avais précédemment écrit dans une de mes missives : « Comment deux personnes qui ne se veulent que du bien peuvent- elles en fait se faire si mal, d’après toi ? Je te laisse le soin de répondre. » (J’avais bien spécifié : « d’après toi » ; tu ne m’as pas répondu.) Et j’ajoutais : « Mais, je crois que tout le monde donnerait la même réponse. »

 

… Oui, ces mille et un malentendus entre nous, et je peux en remettre : le non-dit, les suppositions, les supputations, les interprétations à l’aveuglette, les détails dans notre tête cent fois retournés, les hantises, le sentiment de culpabilité, les doutes sur soi (jamais sur l’autre), la crainte de n’avoir pas été à la hauteur, d’avoir failli, d’avoir trahi, et la fatigue, et, aux pires instants, le dégoût de soi et de la vie qui vient avec. Tout cela est tout à fait nous et en même temps indigne de nous. Pourquoi nous infliger cela nous-mêmes ? Car qui s’oppose à ce que nous nous fréquentions ? À qui ferions-nous mal ? À nous ? À toi ? Ah, parce que tu penses que tu es plus heureuse aujourd’hui, à « aller comme ça peut » ? Le secret de ta réticence – si réticence il y a –, en tout cas la raison pour laquelle tu m’as si brutalement écarté de ta vie, se cache dans ton cœur, et seule toi peux y avoir accès. Moi, je ne puis que deviner. Une chose cependant est sûre : il n’y a rien, je dis bien rien, dans les circonstances extérieures, objectivement considérées, qui justifie la torture qu’encore une fois nous nous sommes administrée depuis six mois. Ce secret réside en toi. En toi seule.

 

Gaétan Soucy, N’oublie pas, s’il te plaît, que je t’aime, p.47-48, Noir sur Blanc, 2014.

 

Tu ne veux pas entendre tout ce qui ne va pas dans le sens de ta certitude. D’ailleurs, je ne crois pas que ce soit une certitude. Tu veux te convaincre toi- même, et tu veux me convaincre par ta conviction. Mais, Philippe, est-ce que tous ces arguments ne te servent pas d’abord à te dissimuler ton doute ? Profondément, je crois que tu le sais, et que tu ne veux pas te l’avouer, parce que c’est trop difficile (et crois-moi, c’est difficile pour moi aussi) : celle à qui tu as déclaré ton amour ne le partage pas. Aucune démonstration n’est capable de susciter l’amour.

Tu le sais bien. On ne peut pas convaincre d’aimer quelqu’un qui n’aime pas. Il ne reste plus qu’une possibilité : démontrer que l’amour est déjà là, qu’on refuse de le voir pour de mauvaises raisons, qu’il s’agit de le reconnaître, et d’agir comme des gens qui s’aiment. Tu ne veux pas susciter une conversion, mais une prise de conscience, un peu comme ces prosélytes qui vous disent qu’ils n’ont pas à vous faire devenir chrétiens, parce que en réalité, sans le savoir, vous l’êtes déjà. Mais finalement, c’est toujours une manière de chercher la conversion.

 

Pierre Jourde, N’oublie pas, s’il te plaît, que je t’aime, p.78-79, Noir sur Blanc, 2014.

 

Oui, vous avez bien lu : c’est le même livre pas du même auteur. Pierre Jourde était avec moi l’un des invités d’Augustin Trapenard à un Carnet d’or sur la réécriture (c’était hier sur France Culture mais on peut encore écouter le podcast en cliquant ici), sujet qui pose implicitement la question de l’auteur. Si concernant mon livre c’est entre moi-même et moi à plus de treize ans d’écart que le doute se glisse, pour N’oublie pas, s’il te plaît, que je t’aime la question se pose différemment. Le texte de Gaétan Soucy est constitué d’une longue lettre d’amour suivie d’une très brève fin de non-recevoir de la jeune femme à qui elle a été adressée, et qu’il aurait peut-être développée si la mort ne l’en avait empêchée. La possibilité de cette réponse était là ; quatre auteurs (Suzanne Cotet-Martin, Pierre Jourde, Catherine Mavrikakis et Sylvain Trudel) ont imaginé cette possible réponse.

Le hasard a voulu que je lise le texte en deux temps – c’est un livre court à lire d’une traite mais la fiabilité du service Colissimo de la Poste étant ce qu’elle est, je n’ai toujours pas reçu à ce jour les deux exemplaires que les éditions Noir sur Blanc avaient pris la peine de me faire parvenir ; j’ai donc dû me contenter du PDF sur mon vieil ordi, condition de lecture détestable qui a l’avantage de m’aider à faire le tri : si j’arrive à le lire c’est que le livre est bon. Bref j’ai fait une pause après avoir lu le texte de Gaétan Soucy, et c’est le lendemain seulement que j’ai lu les réponses des quatre autres écrivains. Eh bien après leur lecture le texte de Gaétan Soucy lui-même s’est mis à résonner autrement. Après la lecture de ces quatre réfutations – qui, rappelons-le, développent celle très brève de Soucy ; il n’y a donc pas non plus à proprement parler trahison –, et particulièrement après celle de Pierre Jourde, le texte changerait presque son titre : ce n’est plusN’oublie pas, s’il te plaît, que je t’aime mais N’oublie pas, s’il te plaît, que tu m’aimes. L’amant est un maître de la rhétorique, mais l’ironie du sort veut que celle qu’il aime soit la meilleure de ses élèves : impossible qu’elle s’y laisse tromper. Et c’est peut-être même pour ça qu’il l’aime.

On dira que le livre échappe à son auteur. C’est vrai. Mais c’est toujours le cas. Un livre change de signification en fonction des conditions de sa lecture, et la présence de Pierre Jourde en face de moi ne pouvait que me rappeler la manière dont la lecture de son propre Pays perdu sera nécessairement différente de celle qu’elle a pu être lors de sa parution, j’en avais parlé ici même, rappelez-vous.

http://www.leseditionsnoirsurblanc.fr/data/img_couv/9782882503305.jpg

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- Lundi 28 avril à 14h55, dans le cadre de l'émission le Carnet du libraire d'Augustin Trapenard sur France Culture, Sidonie Mézaize, de la librairie Kyralina à Bucarest, parlait de Rien (qu'une affaire de regard).

- Samedi 14 juin de 17h à 18h, Pierre Jourde, Guy Goffette et moi-même étions les invités d'Augustin Trapenard pour son émission le Carnet d'or, qui portait sur le thème de la réécriture.

 

Rien (qu'une affaire de regard) couv

Mon premier roman, indisponible depuis des années, fait l'objet d'une réédition revue et corrigée, chez Quidam éditeur bien sûr, sous le titre Rien (qu'une affaire de regard). (Mars 2014)

La quatrième de couverture.

L'accueil de la critique.

Le Carnet du Libraire, sur France Culture.

 

Couv Dans mon oreille
Dans mon oreille, illustré par Henri Galeron, aux éditions Motus (12 septembre 2013).

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Laminaires variées

par le hublot (droit)

(A suivre) - J.d'Abrigeon (2) - L.Albarracin (2) - Albin - P.Alferi (2) (3) - J.Alikavazovic - N.Allan - Altan - T.Arfel - P.Arguedas - M.Arrivé (2) (3) (4) (5) (6) - D.Auby  (2) (3) - P.Autin-Grenier - L.Bablon - JL.Bailly (2) (3) - I.M.Banks - J.Baqué - C.Barreau - L.Bassmann (2) (3) (4) - E.Baudoin (2) - F.Beaune - C.Beauvoir - S.Beckett (2) (3) (4) (5) (6) (7) - B.Bégout - Th.Beinstingel (2) (3) (4) - J.duBellay - L.BenincáG.Bergounioux (2) (3) (4) (5) (6) - P.Bergounioux (2) (3) - A.Bertina (2) - A.Bertrand - H.Bessette - P.Bettencourt - F.Bon - E.Bonnargent - M.Bonnevay - S.Bourgois - A.Bréa (2) - RD.Brinkmann - R.Butlin - O.Cadiot - JL.Caizergues (2) - N.Caligaris - I.Calvino - M.Candré - K.Čapek (2) - Casanova - Cl.Chambard - P.Chamoiseau (2) - G-O.Châteaureynaud (2) - E.Chauvier - E.Chevillard (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) (12) (13) (14) (15) (16) (17) - Claro (2) (3) - J.Coe (2) (3) - M.Cohen (2) (3) (4) (5) - S.Coher (2) - S.T.Coleridge  (2) - Colette - Y.Colley - M.Cosnay (2) (3) (4) (5) (6) (7)JL.Coudray (2)D.da Silva (2) (3) (4) (5) (6) - D.Decourchelle (2) - M.Desbiolles - A.DiazRonda - A.Dickow (2) - Y.diManno - S.Doppelt - M.Draeger (2) - C.Dubois - M.Duplan - J.Echenoz - R.Elman - Chr.Esnault - J-M.Espitallier - E.Faye (2) - R.Federman (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) - E.deFilippo - J.Filloy - G.Flaubert (2) (3) - F.Forte (2) - Em.Fournier - H.Frappat (2) (3) - Fred - M.Frering (2) - R.Froger - F.Gabriel - A-M.Garat - Ph.Garnier (2) (3) (4) (5) - R.Gary - M.Giai-Miniet - J.Giono - L.Giraudon - G.Goffette - I.Gontcharov (2) (3)S.J.Gould - J.Grandjean - Grimm - F.Griot - D.Grozdanovitch (2) (3) - D.Guillec - P.N.A.HandschinB.Heim (2) - Hergé - O.Hervy - R.Hoban (2) - E.Hocquard - Homère - V.Horton (2) - B.Jacques - R.Jirgl - B.S.Johnson (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) - G.Josipovici (2) (3) (4) - J.Josse (2) (3) - J.Jouet (2) - P.Jourde (2) (3) (4) (5) (6) - F.Kafka (2) - Fe.Karinthy - Fr.Karinthy (2) - P.Katchadjian - J.Lafargue (2) (3) (4) - E.Larher - F.Léal - S.Leclercq - JMG.LeClézio - A.Lefranc (2) - LeGolvan (2) - M.Lentz - P.LePillouër - P.LeQuerrec (2) - D.Lespiau (2) - E.Levé - L.Lionni - H.Lucot (2) - S.Macher - Chr.Macquet - C.Mainardi (2) - LE.Martin - J-P.Martinet - Masse - F.Matton (2) (3) - D.MémoireH.Michaux - P.Michon - C.Minard (2) (3) (4) (5) (6) (7) - H.Mingarelli (2) (3) - Moebius - Chr.Molinier - I.Monk - D.Montebello - J.Montestrela - R.Morgiève (2) - S.Moussempès - J.Mouton (2) - D.Munn - Munoz et Sampayo - Nerval (2) (3) - Ovide - Y.Pagès - J-F.Paillard - A.Parian - P.Parlant - M.Pautrel - D.Pennac - X.Person - E.Pessan (2) (3) (4) (5) - P.Petit (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) (12) (13) (14) (15) (16) (17)H.Pinter - E.Pireyre (2) (3) - F.Pittau (2) - V.Pittolo (2) (3) - V.Poitrasson - M.Pons (2) - C.Portier (2) (3) - C.Prigent - D.Quélen - N.Quintane (2) (3) - E.Rabu - E.M.Remarque - M.Rivet - O.Rohe - Cl.Rosset - M.Rousset - AS.Salzman (2) - A.deSandre - N.Sarraute - J.Sautière - A.Savelli (2)E.Savitzkaya  (2) (3) (4) (5) (6) - B.Schulz - O.Scohy - P.Senges - A.Serre (2) - M.Simon - S.Smirou - M.Sonnet (2) (3) - G-Soucy - G.Stubbe - L.Suel - I.Svevo - Y.Ténédim - P.Terzian - A.Tot - E.Venet - R.Verger (2) (3) - M.Villemain (2) - Th.Vinau (2) (3) - A.Volodine (2) (3) (4) (5) (6)C.Wajsbrot - C.Ysmal - F.Yvert
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