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- Samedi 14 juin de 17h à 18h, Pierre Jourde, Guy Goffette et moi-même étions les invités d'Augustin Trapenard pour son émission le Carnet d'or, qui portait sur le thème de la réécriture.

17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 15:53

Donc le style. Le style c’est l’homme et quand il n’y a rien d’autre que de l’écrit eh bien quand même : oui. On reconnaît l’auteur à son style comme l’homme à son visage et du coup le voilà prié de ne pas en changer trop vite, quelques rides élégantes ici ou là d’accord mais de chirurgie esthétique sûrement pas quelle horreur. Un auteur qui changerait de style ne saurait être qu’un faiseur d’exercices, une fois ça va mais pas plus. Vous êtes prié de rester vous-même. Sinon non mais franchement comment voulez-vous fidéliser votre lectorat s’il ne vous reconnaît plus. Non mais changez d’éditeur si c’est comme ça. Il est têtu ce con. C’est dommage quand il veut c’est bien, ce qu’il fait.

Mais moi je ne suis jamais sûr de me reconnaître. Même quand je suis ressemblant sur la photo je suis pris d’un doute. Je me sens trop disparate et discontinu pour me réduire à ce cliché. Pas bien sûr de m’arrêter aux limites diversement velues de ma peau. Convaincu d’une chose et de son contraire en même temps. Et quand je me relis, je ne crains rien de plus que d’être le singe de moi-même. En revanche parfois une voix nouvelle résonne en moi soudain et je me rends compte que c’est la mienne, celle du nouvel instant, la voix la plus juste, la voix im-médiate. Je me reconnais bien mieux qu’avant dans cette nouvelle dissemblance.

A une époque où je faisais du théâtre en amateur, j’enregistrais ma voix ; vous connaissez forcément cette horrible expérience. L’idée, c’était de parvenir à ne pas la reconnaître, cette voix. Avec quand par instant j’y parvenais l’impression de toucher juste.

En écrivant Une affaire de regard qui ne s’appelait pas encore Une affaire de regard ni même Rien (qu’une affaire de regard) très vite une voix s’est imposée que j’ai trouvée mienne. D’ailleurs en me lisant les gens qui me connaissaient disaient c’est drôle j’entends ta voix. Plutôt bon signe. Le fait est qu’en relisant le roman des années après en vue de sa réédition (à laquelle vous n’oublierez pas de souscrire pour vérifier, hein) j’ai reconnu, retrouvé la voix de cet instant-là. Avec plaisir, d’où mon accord (je n’avais pas réfléchi tout seul à une éventuelle réédition). Mais au bout d’un certain temps de relecture, quand même, quelques fausses notes, à corriger (c’est chose faite). Vous me direz : normal. Eh bien ces corrections, discrètes, concernent toutes ma tendance – tendance commune à tous ceux qui écrivent – à me singer moi-même. On se sent bien dans son style, on s’y vautre. Et on s’y croit tellement soi-même qu’on en devient faux. Il faut reprendre.

Je me souviens que quand j’ai lu les premiers retours après la publication d’Une affaire de regard (il y en a eu pas mal, c’était au Seuil il faut dire), le fait qu’ils soient dans l’ensemble très positifs n’a pas suffi à me transporter de bonheur. Je ne suis pas non plus communément un habitué des transports, c’est vrai. Mais je ne me reconnaissais pas. On y parlait pas mal de ce qu’on appelait mon style, mais je n’étais pas bien sûr que ce style, c’était moi. Ou plutôt, ce n’était qu’un instant de moi, une petite partie. Il fallait pour compléter le portrait commencer à montrer aussi un autre visage. C’est ce que j’ai fait en proposant Chroniques imaginaires de la mort vive, qui a marqué la fin d’une brillante carrière chez un grand éditeur. Parce que franchement, le lecteur d’Une affaire de regard allait être perdu. Le changement d’éditeur a officialisé le changement de lecteur. J’aurais pu changer de nom, aussi, tiens, pendant que j’y étais ; puisque apparemment j’avais changé de style. Mais non, car le changement, c’est tout le temps. Mon style, c’est une chose en fuite qui essaie d’échapper à soi-même et c’est dans cette fuite que je me retrouve.

C’est aussi pour ça que quand j’ai trouvé un éditeur qui voulait publier Liquide ET Monsieur Le Comte au pied de la lettre, ces siamois qui sont comme la négation l’un de l’autre, j’ai décidé de ne pas lâcher Quidam.

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commentaires

Michèle 17/01/2014 17:35


Belle clarification qui, parce qu'elle était annoncée, impose la relecture du billet précédent. Cette "chose en fuite" me semble une magnifique ouverture.

PhA 18/01/2014 18:20



C'est moi, quand j'écris.



 

Rien (qu'une affaire de regard) couv

Mon premier roman, indisponible depuis des années, fait l'objet d'une réédition revue et corrigée, chez Quidam éditeur bien sûr, sous le titre Rien (qu'une affaire de regard). (Mars 2014)

La quatrième de couverture.

L'accueil de la critique.

Le Carnet du Libraire, sur France Culture.

 

Couv Dans mon oreille
Dans mon oreille, illustré par Henri Galeron, aux éditions Motus (12 septembre 2013).

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