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- Lundi 28 avril à 14h55, dans le cadre de l'émission le Carnet du libraire d'Augustin Trapenard sur France Culture, Sidonie Mézaize, de la librairie Kyralina à Bucarest, parlait de Rien (qu'une affaire de regard).

- Samedi 14 juin de 17h à 18h, Pierre Jourde, Guy Goffette et moi-même étions les invités d'Augustin Trapenard pour son émission le Carnet d'or, qui portait sur le thème de la réécriture.

30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 06:46

Mme Moreau, qui l’attendait le lendemain, fut chagrinée doublement. Elle cacha la mésaventure de son fils, et lui répondit « de venir tout de même ». Frédéric ne céda pas. Une brouille s’ensuivit. A la fin de la semaine, néanmoins, il reçut l’argent du trimestre avec la somme destinée aux répétitions, et qui servit à payer un pantalon gris perle, un chapeau de feutre blanc et une badine à pomme d’or.

Quand tout cela fut en sa possession :

« C’est peut-être une idée de coiffeur que j'ai eue ? » songea-t-il.

Et une grande hésitation le prit.

femme-ombrelle.jpgPour savoir s’il irait chez Mme Arnoux, il jeta par trois fois, dans l’air, des pièces de monnaie. Toutes les fois, le présage fut heureux. Donc, la fatalité l’ordonnait. Il se fit conduire en fiacre rue de Choiseul.

Il monta vivement l’escalier, tira le cordon de la sonnette ; elle ne sonna pas ; il se sentait près de défaillir.

Puis il ébranla, d’un coup furieux, le lourd gland de soie rouge. Un carillon retentit, s’apaisa par degrés ; et l’on n’entendait plus rien. Frédéric eut peur.

Il colla son oreille contre la porte ; pas un souffle ! Il mit son œil au trou de la serrure, et il n’apercevait dans l’antichambre que deux pointes de roseau, sur la muraille, parmi les fleurs du papier. Enfin, il tournait les talons quand il se ravisa. Cette fois, il donna un petit coup, léger. La porte s’ouvrit ; et, sur le seuil, les cheveux ébouriffés, la face cramoisie et l’air maussade, Arnoux lui-même parut.

« Tiens ! Qui diable vous amène ? Entrez ! »

Il l’introduisit, non dans le boudoir ou dans sa chambre, mais dans la salle à manger, où l’on voyait sur la table une bouteille de vin de Champagne avec deux verres ; et, d’un ton brusque :

« Vous avez quelque chose à me demander, cher ami ?

– Non ! rien ! rien ! balbutia le jeune homme, cherchant un prétexte à sa visite.

Enfin, il dit qu’il était venu savoir de ses nouvelles, car il le croyait en Allemagne, sur le rapport d’Hussonnet.

– Nullement ! reprit Arnoux. Quelle linotte que ce garçon-là, pour entendre tout de travers !

Afin de dissimuler son trouble, Frédéric marchait de droite et de gauche, dans la salle. En heurtant le pied d’une chaise, il fit tomber une ombrelle posée dessus ; le manche d’ivoire se brisa.

« Mon Dieu ! s’écria-t-il, comme je suis chagrin d’avoir brisé l’ombrelle de Mme Arnoux. »

A ce mot, le marchand releva la tête, et eut un singulier sourire. Frédéric, prenant l’occasion qui s’offrait de parler d’elle, ajouta timidement :

« Est-ce que je ne pourrai pas la voir ? »

Elle était dans son pays, près de sa mère malade.

Il n’osa faire de questions sur la durée de cette absence. Il demanda seulement quel était le pays de Mme Arnoux.

« Chartres ! Cela vous étonne ?

– Moi ? non ! pourquoi ? Pas le moins du monde !

Ils ne trouvèrent, ensuite, absolument rien à se dire. Arnoux, qui s’était fait une cigarette, tournait autour de la table, en soufflant. Frédéric, debout contre le poêle, contemplait les murs, l’étagère, le parquet ; et des images charmantes défilaient dans sa mémoire, devant ses yeux plutôt. Enfin il se retira.

Un morceau de journal, roulé en boule, traînait par terre, dans l’antichambre ; Arnoux le prit ; et, se haussant sur la pointe des pieds, il l’enfonça dans la sonnette, pour continuer, dit-il, sa sieste interrompue. Puis, en lui donnant une poignée de main :

« Avertissez le concierge, s’il vous plaît, que je n’y suis pas ! »

Et il referma la porte sur son dos, violemment.

 

Gustave Flaubert, L’éducation sentimentale.

 

Laisser le regard de jeunes lecteurs s’attarder sur les indices amoureusement disposés par l’auteur – et qui bien sûr échappent à son héros – pour les amener sans leur dire à comprendre ce qui n’est pas dit fait partie des quelques plaisirs pour lesquels on me paie.

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commentaires

Zoë 04/10/2010 21:30



J'abandonne volontiers cette midinette de madame Bovary pour ce pusillanime de Frédéric Moreau. C'est madame Ratée qui a retenu l'attention et non monsieur.



PhA 04/10/2010 21:45



L'éducation sentimentale et Bouvard et Pécuchet sont deux Flaubert préférés, d'ailleurs je pensais aux deux en même temps en écrivant mon premier roman.



Nadège 01/10/2010 09:44



... En espérant qu'ils se débrouillent mieux que Frédéric.



PhA 01/10/2010 09:47



On leur souhaite !



albin 30/09/2010 23:17



Payé pour sans le leur dire faire leur éducation.



PhA 01/10/2010 09:47



sentimentale ?



Moons 30/09/2010 15:12



A la relecture, je me dis que certains ont l'esprit mal tourné. Que dis-je mal tourné ? Détourné !



PhA 30/09/2010 22:42



Mais il faut avoir l'esprit mal tourné ! Frédéric ne l'a pas assez, voyez le résultat.



quotiriens 30/09/2010 13:56



Sommes cachés derrière les roseaux avec ses sentiments, le coeur battant, avant que ne surgisse le lion.



PhA 30/09/2010 22:41



Alors nous sommes cachés tout contre la Maréchale.



 

Rien (qu'une affaire de regard) couv

Mon premier roman, indisponible depuis des années, fait l'objet d'une réédition revue et corrigée, chez Quidam éditeur bien sûr, sous le titre Rien (qu'une affaire de regard). (Mars 2014)

La quatrième de couverture.

L'accueil de la critique.

Le Carnet du Libraire, sur France Culture.

 

Couv Dans mon oreille
Dans mon oreille, illustré par Henri Galeron, aux éditions Motus (12 septembre 2013).

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