Partager l'article ! allez choir enfin: La lecture est cette histoire dont je suis le héros et même surtout l’Auteur, gardons la minuscule pour ces dernier ...
Nicole Caligaris, Le Paradis entre les jambes.
Jacques Josse, Terminus Rennes.
Marc Villemain, Ils marchent le regard fier.
Catherine Ysmal, Irène, Nestor et la vérité.
Yves Pagès, Portraits crachés.
Ana Tot, Mottes mottes mottes.
Alban Lefranc, Le ring invisible.
Thierry Beinstingel, Ils désertent.
François Matton, 220 satoris mortels.
Russell Hoban, Enig Marcheur.
Cécile Portier, Contact.
Denis Decourchelle, La Persistance du froid.
Cécile Mainardi, Je suis une grande actriste.
Pierre Bergounioux, La Ligne.
Emmanuelle Pireyre, Foire internationale.
Anne Serre, Petite table, sois mise !
Manuela Draeger, Herbes et golems.
Eric Chevillard, L'Autofictif.
Bénédicte Heim, Je suis l'autre côté de ton péché.
Sabine Macher, Résidence absolue.
Antoine Bréa, Simon le mage.
Gaëlle Bantegnie, Voyage à Bayonne.
Francesco Pittau, Une pluie d'écureuils.
Christophe Macquet, KBACH.
Pierre Alferi, Kiwi.
Emmanuelle Pireyre, Féérie générale.
Hélène Frappat, L'agent de liaison.
Yves di Manno, Terre sienne.
Marie Simon, Les pieds nus.
Thierry Beinstingel, CV roman.
Hélène Bessette, MaternA.
Laure Limongi, Indociles.
Manuel Candré, Autour de moi.
Nicolas Le Golvan, Reste l'été.
François Bon, Autobiographie des objets.
Eric Chevillard, L'Auteur et moi.
Jakuta Alikavazovic, La blonde et le bunker.
Claro, Tous les diamants du ciel.
Raymond Federman et Pierre Le Pillouër, Chair jaune.
Thomas Vinau, Ici ça va.
Sylvain Coher, Hors saison.
Eric Pessan, N.
Anna de Sandre, Un régal d'herbes mouillées.
Anne-Sylvie Salzman, Lamont.
Jaime Montestrela, Contes liquides.
Nathalie Quintane, Cavale.
Véronique Pittolo, Toute résurrection commence par les pieds.
Eric Pessan, Les Inaboutis.
Virginie Poitrasson, Il faut toujours garder en tête une formule magique.
Emmanuelle Pagano, Les mains gamines.
Didier da Silva, Treize mille jours moins un.
Jean-Luc Coudray, Je n'ai plus besoin de moi.
Gabriel Josipovici, Tout passe.
Orion Scohy, En Tarzizanie.
La lecture est cette histoire dont je suis le héros et même surtout l’Auteur, gardons la minuscule pour ces derniers devenus à leur tour simples personnages, juste retour des choses ; Balzac et ses comparses ne font plus les malins. La mienne a connu des hauts et des bas, je le disais l’autre jour, et même encore avant ; l’écriture bien sûr y est pour quelque chose, Beckett n’est pas innocent non plus dans cette affaire (c’est chez lui vous vous en doutez que Philœdipe a forcément trouvé de quoi faire son laïus de maîtrise) et quand plus tard de nouveau j’ai pu lire, c’est que débarrassé (croyais-je) de son influence j’étais enfin papa. Bref, contrat signé au printemps 2001, c’est non sans émotion et même appréhension que de nouveau je pénètre dans une librairie – c’était chez Legué à Chartres –, et feuillette dédaigneusement les premiers livres qui me tombent sous la main jusqu’à celui-ci. (Alors là vraiment il faut cliquer. Si, il faut.) Bref encore, c’est ce jour-là qu’Eric Chevillard, dont je n’avais jamais entendu parler (mais je n’avais entendu parler de personne, depuis longtemps j’étais ailleurs sans savoir où), est devenu un personnage de mon histoire de lecteur. Et non le moindre, car il a été le premier auteur contemporain à me faire sentir, snirfl, combien mon ignorance était nauséabonde, moi qui avais l’outrecuidance d’espérer des lecteurs (bon, c’est vrai, la publication, on m’y a un peu poussé, sinon…). Sa cuillère donc était si belle que j’embarquai l’argenterie, il faut dire que ce roman d’inaventures au héros absent (les Absences du Capitaine Cook, pour les paresseux de l’index) avait d’emblée tout pour me plaire. Non content de cette effraction dans ma vie pourtant confortable d’ex-lecteur repenti, voici qu’un an plus tard il récidive avec Du hérisson. C’était risqué, car je me suis tant roulé par terre en jouant avec celui-là, insaisissable peluche, que le coupable s’est retrouvé perché sur un vertigineux piédestal par mes soins érigé, chargé d’une mission quasi-prophétique aggravée par la filiation beckettienne avouée dans les Taupes, lisez donc Scalps ; bref ce gars-là était un inconscient : entre l’abîme sous ses pieds et le poids de sa charge, il ne savait pas ce qu’il risquait. Il lui fallait de larges épaules (je n’ai jamais eu l’occasion de les mesurer), était-ce un avantage pour conserver l’équilibre au sommet de son monument ? le Génie de la Bastille n’est pas si baraqué. De fait il a chancelé ; ma foi n’est pas inébranlable, c’est ce qui fait sa valeur. J’ai lu non sans plaisir le Vaillant petit tailleur, Oreille Rouge et Démolir Nisard ; je les aurais même volontiers trouvés très bons ; ils n’avaient qu’une tare à mes yeux : le nom de Chevillard écrit sur la couverture. De sa part, le livre refermé, j’attendais encore, plus, encore plus, j’avais faim ; un loup guette Chevillard au coin du bois : c’est moi. Et voici, il y a un peu plus d’un an, que disparut l’orang-outan ! A la place du grand primate roux, entre temps débarrassé du je dont il a pour l’instant fait le tour (c’était nécessaire, ce tour-là n’est pas si simple) par l’écriture quotidienne de l’Autofictif (interprétation toute personnelle : le je est si bien installé dans le rouleau du blog ; moi-même j’en abuse ici comme jamais dans un livre ; du blog, n’est-ce pas, je est le mot, le motif, le moteur !), apparaissait un Chevillard plus choral, témoin d’un monde posthume et déprimé, mon aruspice, mon prophète attendu : Ilinuk ! hurle-t-il aujourd’hui dans Choir, que je lis comme l’aggravation de Sans l’orang-outan, répondais-je l’autre soir à François Bon (qui lui, au moins, parle vraiment du livre de notre homme sans raconter sa vie) – et plus c’est grave, plus c’est grave de ne pas le lire. Il n’y a pas que moi qui le dis : lisez donc ce qu’en pensent Claro, Didier da Silva, puis allez choir enfin.
PS : Je comptais n’écrire ce billet que demain, et ne poster encore qu’un extrait ce soir, faute de temps ; l’élan m’a rattrapé, sale bête ; du coup j’ai fait la course avec, gagné ! c’est que je suis bien entraîné, et me voici avec en illustration un Paul Klee que je réservais à la page 240 de Choir ; celle-là vous la chercherez vous-même.