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- Lundi 28 avril à 14h55, dans le cadre de l'émission le Carnet du libraire d'Augustin Trapenard sur France Culture, Sidonie Mézaize, de la librairie Kyralina à Bucarest, parlait de Rien (qu'une affaire de regard).

- Samedi 14 juin de 17h à 18h, Pierre Jourde, Guy Goffette et moi-même étions les invités d'Augustin Trapenard pour son émission le Carnet d'or, qui portait sur le thème de la réécriture.

9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 17:19

Tiens, je suis passé à la librairie tout à l’heure, j’ai acheté quatre bouquins. Mais j’en parlerai quand je les aurai lus, plutôt.

Il y a eu une période où je ne lisais plus du tout. Enfin, plus de littérature. Ça ne passait plus. La lecture chez moi est toujours seconde, je ne suis pas un vrai bon lecteur. J’ai beaucoup de mal à lire sans penser à ce que j’écrirais. Même quand je ne lis pas, je pense souvent à ce que j’écrirais. Mais quand je lis, c’est pire ; ça parasite ma lecture. Heureusement quand tout va bien et que le livre est bon il arrive à l’emporter, et moi avec.

Mais vers 1995, par exemple, impossible de lire. Ça avait un rapport avec mon écriture, bien sûr. J’écrivais, j’écrivais notamment des choses comme ça. (Oui, ça c’est 1994, mais ne chipotons pas ; c’est ce que j’ai trouvé de plus proche dans ce hublot rétrospectif.) Ah oui, vous avez raison (vous ceux qui ont cliqué, hein), je dessinais aussi. Mauvais signe. Par exemple, la nouvelle couverture de Rien (qu’une affaire de regard), c’est la moitié d’un dessin de cette époque-là, précisément. Parce que bien sûr c’est ce livre le sujet de ce billet. En 1995, donc, vers la fin de l’été, alors que je divague entre différents projets qui ont surtout de séduisant la perspective commune de n’aboutir probablement à rien, voici que résonne la voix de ma conscience. « Avec tout le temps que tu passes à écrire, ce serait bien que tu écrives quelque chose qui soit publié. »

(Ma conscience pour l’occasion s’incarne, elle partage ma vie et je l’embrasse si elle tombe sur ce billet.)

Mais c’était évidemment aussi la voix de ma conscience, au sens que vous aussi sans doute attribuez au mot conscience. Alors forcément je l’écoute, et j’écris illico et quasi mot pour mot les lignes suivantes :

 

Ça y est, c’est là qu’il descend ; alors il descend. Le R.E.R. tricolore disparaît derrière lui dans la nuit froide, c’est vrai qu’on est le premier janvier. Alors il cherche à se repérer, il essaie de se rappeler les indications qu’elle lui a données, peut-être même qu’il les a notées, sur un bout de papier chiffonné au fond de la poche intérieure de son blouson. Ou alors il a tout appris par cœur, de toutes manières il a une bonne mémoire. Un pont il est question d’un pont à passer –  en dessous ? au-dessus ? – en s’en allant... ça doit être par-là. C’est sûrement ça qu’elle voulait dire quand elle décrivait ce bâtiment en forme de... Et ça, c’est les arbres dont elle parlait. Il marche, et tente d’associer chaque élément du paysage avec l’image qu’il s’était faite quand elle lui expliquait le chemin, il n’y arrive pas mal, ça c’est ça, ça c’est ça et ça ? ce doit être plus loin puisque tout le reste correspond. Bien sûr il n’est pas tout à fait certain, d’être sur la bonne route, peut-être même, pourquoi pas, qu’il fallait prendre la direction carrément opposée, de l’autre côté de la voie... Mais non, ce n’est pas possible, il y a trop d’éléments qui correspondent ; c’est forcément la bonne route. Il marche, il marche, la neige commence à tomber, c’est beau la neige la nuit, presque un non-sens, ce blanc dans le noir. Progressivement le paysage est moins urbain. Ce n’est pas la campagne non plus, non, pas du tout. Plutôt cette sorte de chose qu’on appelle des zones. Souvent il y a un adjectif qui suit, mais il lui semble à présent qu’il est futile, c’est l’essence même de la zone qu’il traverse, ces voies qui ne sont plus des rues, ces trottoirs qui ne méritent pas tout ce que le mot peut évoquer de jolie crotte, de caniveau, de vie quoi ; ces constructions qui ne sont pas des maisons, qui sont proprement, essentiellement, exclusivement utilitaires et dont l’utilité, l’usage simplement, disons, ne lui apparaît pas un instant. Il pense un moment avoir pénétré, sans s’en rendre compte, égaré dans l’obscurité de ses pensées, de cette nuit, de cette neige que féérisent les réverbères sous lesquels rêve Herbert, c’est pourtant vrai qu’il s’appelle Herbert ! avoir pénétré donc dans une usine peut-être, sans doute puisque des panneaux fléchés annoncent des réalités incompréhensibles pour lui mais manifestement techniques ; mais quand même depuis le temps ce n’est pas possible que ce soit la bonne route, tout de même elle aurait pu venir le chercher, à la gare, c’est vrai ; mais c’est vrai aussi que sans cela il n’aurait pas pu ressentir ce sentiment, cette jouissance de la perte dans un lieu sans nom, sans signification, par une nuit de neige, un jour aussi particulier, aussi remarquable que le Jour de l’An. Il tâchera de s’en souvenir, ça lui fera un souvenir.

 

Voilà. On peut aussi les lire ici, avec les suivantes.

Rien (qu'une affaire de regard) couv

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commentaires

marie cosnay 09/01/2014 20:58


hâte, hâte, hâte

PhA 11/01/2014 21:02



Oui oui oui !



 

Rien (qu'une affaire de regard) couv

Mon premier roman, indisponible depuis des années, fait l'objet d'une réédition revue et corrigée, chez Quidam éditeur bien sûr, sous le titre Rien (qu'une affaire de regard). (Mars 2014)

La quatrième de couverture.

L'accueil de la critique.

Le Carnet du Libraire, sur France Culture.

 

Couv Dans mon oreille
Dans mon oreille, illustré par Henri Galeron, aux éditions Motus (12 septembre 2013).

par le hublot (droit)

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