• Flux RSS des articles

Sonde

Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /2009 06:21

Améliorer la visibilité (vocation initiale de ces Hublots), ce n’est pas tant l’accroître (quoique si, honnêtement ; tout de même un peu) ; c’est moins l’accroître, disons, qu’en augmenter la définition. Rendre l’image plus juste. Plus de pixels. Même si plus juste, c’est justement plus trouble, plus double, plus disparate.

(Celle d’autrui ou la mienne, même combat. Parler d’un livre que j’aime, bien sûr c’est aussi parler de moi – et d’ailleurs je peine à m’empêcher d’être fier d’une belle lecture, comme si j’en étais l’auteur. Inversement, trouver qu’un livre est raté – ou pire : qu’il n’est pas juste – est douloureux. Si je n’en parlerai pas, c’est moins pour épargner un auteur que moi-même. Je ne crois pas qu’on soit seul auteur de ses livres, mais c’est un autre sujet.)

Longtemps (vraiment très longtemps), j’ai été le Futur champion. Ça m’a pris dès l’enfance. L’adolescence n’a fait qu’aggraver la chose, l’âge adulte ne m’a pas guéri. Graphomane quotidien durant de longues années, je n’ai tenté que très peu d’envois vers les éditeurs. Un manuscrit, c’était au milieu des années 80, adressé à combien ? cinq ? six ? éditeurs. Les premiers auxquels on pense quand on voit les choses de l’extérieur. Le manuscrit, dactylographié par mes soins, était à peine lisible. (Quand je pense que le seul éditeur à m’avoir répondu d’une manière un peu personnelle à l’époque fut Grasset, ça ne me rajeunit pas.) Puis j’ai continué à écrire, de plus en plus, sans jamais rien faire lire à personne. Le Futur Champion.

C’était compter sans l’ironie pragmatique de M, qui me dit un jour : « Avec tout le temps que tu passes à écrire, ce serait quand même bien que tu écrives quelque chose qui soit publié. » C’était une plaisanterie, bien sûr, une demi-plaisanterie comme je les aime aussi, et – bizarrement – je l’ai prise au mot. (Au fond, je sais bien que je l’ai prise au mot parce que je savais très bien, pas fou, qu’aucun éditeur jamais ne jetterait un œil à mon travail : je ne risquais pas grand-chose. Timoré ? sans aucun doute.)

Alors j’ai acheté un ordinateur, j’ai appris à m’en servir, et j’ai commencé à écrire « quelque chose qui soit publié ». (Au subjonctif, bien sûr.) Donc, un roman. En baissant, consciemment, les exigences d’écriture qui étaient les miennes. (Qu’on ne se trompe pas sur le sens de ces derniers mots : mes exigences d’écriture avaient vraiment besoin d’être sinon baissées, du moins révisées, car je n’écrivais plus guère que de toutes petites choses, non sans charme, mais assez misérables. Penser au lecteur possible, à ce moment-là, ça a été comme une respiration.) Pris au jeu, j’ai essayé tout de même de rester aussi juste que possible.

C’est curieux quand même, comment les choses ne se passent pas comme prévu : le projet, à peine proposé (aux mêmes éditeurs que quinze ou seize ans auparavant, un peu moins même), a été accepté, par une grande maison. Je n’y ai pas cru. En même temps, j’ai senti, confusément, qu’il se faisait sur ma personne une sorte d’erreur de casting. Sans doute y étais-je pour quelque chose : je n’étais pas tout à fait moi-même. Mais il faut dire aussi que n’être pas soi-même, c’est le ressort de mon écriture.

N’être pas soi-même, c’est en effet ce qui pousse à proposer autre chose, quelque chose en apparence de très différent (sauf qu’au fond, c’est toujours la même chose : pas soi-même). Ça étonne, ça déroute, ça déçoit. Il y a des auteurs qui réécrivent sans cesse presque le même livre, tendant vers quelque chose, et cette tension me touche. Il y en a d’autres qui se déplacent autour d’un même objet, s’étonnant de le voir chaque fois si différent alors qu’il n’est qu’un ; je suis plutôt de ceux-là, je crois.

C’est pourquoi j’ai voulu, dans mes Hublots des machines, donner à lire, à voir, des choses encore différentes, différentes de ce qui est déjà publié, différentes du Liquide prêt à paraître, et pourquoi pas différentes encore du prochain à suivre : histoire de donner une image plus juste du pot (autour duquel je tourne).

 

Si je reste quelques jours sans poster ni répondre aux commentaires, ne m’en tenez pas rigueur : je serai parti ramasser des coquillages.

Par PhA - Publié dans : Hublot sur liquide
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

 

Liquide, 17 avril 2009 (Quidam éditeur - diffusion CDE - distribution SODIS)
(échos)

Apparitions

- Samedi 12 et dimanche 13 septembre, je serai au Village du Livre de la Fête de l'Humanité.

 

- Dimanche 20 septembre, de 11h30 à 13h, je dédicace à Rambouillet, au Relays du Château, aux côtés de Pascale Petit pour Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir.

 

- Vendredi 9 octobre, je serai à la soirée organisée par la librairie Atout-Livre (203 bis avenue Daumesnil dans le XIIe), aux côtés de Jérôme Lafargue pour son roman Dans les ombres sylvestres.

 

- Samedi 5 décembre, je dédicace à la Librairie des Essarts-le-Roi, rue du 11 novembre (dès 11 heures le matin et 15 heures 30 l'après-midi).

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Laminaires variées

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés