C’est à
cette page 25 de Malone meurt qu’était restée mon « Attestation d’autorisation de sortie du territoire métropolitain pour mineur » que
j’évoquais dans les derniers commentaires, dans une édition plus ancienne encore, que cependant j’avais achetée pour neuve dans la
librairie de la ville où j’ai
grandi.
Quel ennui. Et j’appelle ça jouer. Je me demande si ce n’est pas encore de moi qu’il s’agit, malgré mes précautions. Vais-je être incapable, jusqu’à la fin, de mentir sur autre chose ? Je sens s’amonceler ce noir, s’aménager cette solitude, auxquels je me reconnais, et m’appeler cette ignorance qui pourrait être belle et n’est que lâcheté. Je ne sais plus très bien ce que j’ai dit. Ce n’est pas ainsi qu’on joue. Je ne saurai bientôt plus d’où il sort, mon petit Sapo, ni ce qu’il espère. Je ferais peut-être mieux de laisser cette histoire et de passer à la deuxième, ou même à la troisième, celle de la pierre. Non, ce serait la même chose. Je n’ai qu’à faire plus attention. Je vais bien réfléchir à ce que j’ai dit avant d’aller plus loin. A chaque menace de ruine je m’arrêterai pour m’inspecter tel quel. C’est justement ce que je voulais éviter. Mais c’est sans doute le seul moyen. Après ce bain de boue je saurais mieux admettre un monde où je ne fasse pas tache. Quelle façon de raisonner. J’ouvrirai les yeux, je me regarderai trembler, j’avalerai ma soupe, je regarderai le petit tas de mes possessions, je donnerai à mon corps les vieux ordres que je le sais incapable d’exécuter, je consulterai ma conscience périmée, je gâcherai mon agonie pour mieux la vivre, loin déjà du monde qui se dilate enfin et me laisse passer.
Samuel Beckett, Malone meurt, Minuit, p. 25-26
C’est de là peut-être que datent mes doutes sur la fiction, sur le « raconter des histoires » ; de là sans doute aussi mon goût pour les exclamatives sans exclamation – que je surveille.
- Samedi 12 et dimanche 13 septembre, je serai au Village du Livre de la Fête de l'Humanité.
- Dimanche 20 septembre, de 11h30 à 13h, je dédicace à Rambouillet, au Relays du Château, aux côtés de Pascale Petit pour Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir.
- Vendredi 9 octobre, je serai à la soirée organisée par la librairie Atout-Livre (203 bis avenue Daumesnil dans le XIIe), aux côtés de Jérôme Lafargue pour son roman Dans les ombres sylvestres.
- Samedi 5 décembre, je dédicace à la Librairie des Essarts-le-Roi, rue du 11 novembre (dès 11 heures le matin et 15 heures 30 l'après-midi).