J’oublie son nom, et son prénom plus encore. Parfois il me faut plusieurs minutes pour les retrouver. Ils ne cadrent plus avec ce que je dis de lui. Sa figure se desÂsine. Délivrée des nom et prénom, sa figure se dessine. Je le peins en nomade, émergeant péniblement du brouillard, clopin-clopant, dans des frusques aux couÂleurs sourdes, bleu mauve, brun presque noir, rouge étouffé, couleurs de ses Palissade qui ont l’air amples et somptueuses quand elles ne sont que des collages, recoller les morceaux afin qu’on se fasse prendre, qu’on n’y voie que du feu, qu’on ne sache plus l’éparpillement dont elles procèdent. Je le peins en nomade. Pour ne pas quitter ses brumes, il s’est fait nomade, il a accompli le minuscule voyage qui tient dans un département ou presque, l’immense voyage, le seul qui vaille : soulever l’ailleurs alors qu’on est dedans.
Maryline Desbiolles, les draps du peintre, p. 95
Editions du Seuil, Fiction & Cie, 2008.
Comment en effet évoquer quelqu’un par son nom ? comment se résoudre à une telle réduction de la personne ? (Surtout, bien sûr, quand le nom est si évocateur – mais même.) L’amour, notamment, sait bien cela.
A propos de cette belle peinture de peintre, un article sur Sitaudis, une interview dans le Matricule, une
autre dans le Magazine des Livres…
- Samedi 12 et dimanche 13 septembre, je serai au Village du Livre de la Fête de l'Humanité.
- Dimanche 20 septembre, de 11h30 à 13h, je dédicace à Rambouillet, au Relays du Château, aux côtés de Pascale Petit pour Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir.
- Vendredi 9 octobre, je serai à la soirée organisée par la librairie Atout-Livre (203 bis avenue Daumesnil dans le XIIe), aux côtés de Jérôme Lafargue pour son roman Dans les ombres sylvestres.
- Samedi 5 décembre, je dédicace à la Librairie des Essarts-le-Roi, rue du 11 novembre (dès 11 heures le matin et 15 heures 30 l'après-midi).