(Et voici que je sais reconnaître Bulgaria inquinans !)
(Voilà, c'est ça que j'aime.)
(Cliquez donc sur tout ça, vous verrez mieux.)
(Et voici que je sais reconnaître Bulgaria inquinans !)
(Voilà, c'est ça que j'aime.)
(Cliquez donc sur tout ça, vous verrez mieux.)
Non : « l’histoire » d’un roman n’est pas son sujet. « L’histoire » est un procédé qui tend à donner forme au sujet – souvent,
une forme accessible. « L’histoire » est bien du côté de la forme.
Certains auteurs ont une fâcheuse tendance à privilégier la forme au détriment du reste. On les traite, non sans un certain
dédain, d’écrivains formalistes. Les plus extrémistes d’entre eux ne s’attachent qu’à cet aspect souvent ingrat de la forme que, pour le rendre plus séduisant, on appelle « l’histoire ».
Cette histoire, à leurs yeux, vaut pour l’œuvre. Elle se suffit à elle-même.
Parmi les plus fameux de ces dangereux extrémistes, pour que les choses soient claires, citons par exemple Marc Lévy et
Guillaume Musso.
… est aussi celle de l’ennui. Non seulement il faut un sujet facilement identifiable sur lequel pourront s’appuyer les chargés de la prescription, mais il faut aussi un genre facilement identifiable (prérequis à toute sollicitation de résidence, de bourse et toutes ces choses que je ne connais pas, mais aussi tout bêtement au rangement sur les rayons des librairies et des bibliothèques). La poésie, par exemple, doit ressembler à de la poésie. C’est mieux. Quant au roman, qu’il soit clairement un roman, hein. A la rigueur on veut bien d’autres genres, mais à la condition qu’ils aient un nom. S’ils n’en ont pas c’est ennuyeux. Comme la recherche du succès, quoi.
15 - Solo
quand j’étais petite j’entendais Encore un qui va qui va bouffer les pissenlits par la racine. Les pissenlits, je
voyais bien ce que c’était, j’en donnais aux lapins de mémé, j’allais en cueillir le long de la maison. Les lapins adoraient les pissenlits, mais les morts ? Je ne savais pas pourquoi les morts
devaient en manger. J’étais petite, j’avais déjà compris que les morts étaient morts, étendus dans une grande boîte, sous la terre, et qu’ils ne bougeaient plus, les morts, qu’ils ne respiraient
plus, qu’ils ne pensaient plus. Ils dormaient et chaque seconde de leur sommeil durait mille ans. Parfois, dans mon lit, je m’entraînais à être morte, je plaquais mes bras le long du corps, je ne
bronchais plus, je retenais ma respiration, j’étais morte, puis je n’en pouvais plus, je respirais un grand coup et redevenais vivante. J’arrivais bien à être morte, sauf pour les pensées, je ne
parvenais pas trop à ne plus penser, souvent je ne pouvais pas m’empêcher de compter les secondes où j'étais morte…
Le coup des pissenlits, je ne comprenais pas, pourquoi les morts devaient-ils en manger ? Comme les lapins de mémé.
A force de réfléchir, j’ai commencé à faire des cauchemars, j’étais dans le noir, je ne pouvais pas bouger les bras ni les
jambes, j’étais serrée de toutes parts et, là, des pissenlits me tombaient sur le visage, des pissenlits par kilos, avec de la terre sur les racines, des fleurs, et je devais les bouger, les
bouffer pour éviter de m’étouffer, des pissenlits plein le visage, sur les yeux, dans les narines, ils me submergeaient, je me noyais dans les pissenlits, je ne pouvais pas m’aider de mes mains,
ils allaient m’étouffer si je ne les mangeais pas, j’en avais la bouche remplie, et bien sûr, je perdais la partie, à un moment un haut le cœur terrible me prenait, je savais que je ne pouvais
plus avaler, je ne supportais plus le goût de la terre, la fadeur des tiges, j’allais écouter, étouffer.
Eric Pessan, Dépouilles, Editions de l’Attente, 2011, p. 85-86.
Plutôt qu’un texte sur la mort, Dépouilles est un texte sur les morts, ce qui se dit autour des morts – autour de leurs dépouilles. Et si le texte est drôle souvent, presque bouffon dans certains passages, c’est parce que c’est la pertinence même de la parole qui est remise en question – tandis que le silence non plus n’est pas possible.
Finalement je ne suis pas mort. La vie s’est arrêtée avant ma mort. Deux jours avant ma mort, pour être précis. J’ai encore eu le temps de voir mon neveu (qui est aussi mon petit-fils, maintenant que j’y pense) devenir adolescent et se faire des dreadlocks qui, ma foi, ne vont pas mal à son teint vert amande, et puis c’est à peu près tout. Nous avons reçu un message officiel de félicitations et nous avons été informés que les choses s’arrêtaient là. Il ne nous restaient plus qu’à nous faire oublier.
Un premier roman chez Quidam, je ne l'ai pas encore lu mais je fais confiance ; ça vaut bien une petite soirée.
Alors ça y est : j’ai eu une petite fille verte, j’ai mis ma femme dehors et j’ai épousé Glawdys. Pour ma fille, j’ai eu de la
chance : ça a marché du premier coup. J’ai d’abord su que c’était une fille, ensuite j’ai vu qu’elle était verte. J’ai eu une petite inquiétude parce que quand elle est habillée, seul son visage
est vert : ses mains, ses bras, ses jambes sont blanches. Elle doit tenir ça de sa mère. Mais dès qu’elle se change, par exemple quand elle se met en maillot de bain, elle est toute
verte.
Ensuite, j’ai invité Glawdys à la maison et je lui ai fait ma cour. J’ai vu qu’elle était réticente, alors j’ai pris mon
portable et j’ai mis ma femme dehors (elle était en train de bavarder avec ma fille aînée, la femme de mon demi-frère, au lieu de travailler de toutes ses forces au commissariat). Tout de suite,
j’ai senti Glawdys plus à l’aise. Mais elle avait faim. A un moment, je me suis inquiété, parce qu’elle s’est plantée devant le frigo, et impossible de l’en faire bouger ! Finalement, mon
demi-frère a fait des hot-dogs quand il est rentré du travail, et quand j’ai appelé à table, Glawdys est venue manger. Ouf ! Ensuite nous avons fait l’amour. Je l’ai invitée à passer la nuit,
elle était d’accord mais elle est quand même partie parce que tous les lits étaient pris. Alors je lui ai couru après dans la rue et nous avons passé la nuit sur le trottoir à nous embrasser.
J’étais un peu inquiet parce qu’elle tombait de sommeil, j’avais peur qu’elle se trouve mal. Quant à moi je ne valais guère mieux, en plus je sentais mauvais parce qu’avec tout ça j’ai omis de
réparer nos deux douches en panne. Enfin, vers quatre heures du matin, nous nous sommes fiancés et dès six heures nous nous sommes mariés. C’était un peu rapide mais il fallait bien que je
précipite un peu les choses parce que dans trois jours, je meurs.
- Vendredi 30 mars, l'association Quai des Lettres de La Rochelle me fait le plaisir de m'inviter à 20h30 à la Coursive.
- Monsieur Le Comte au pied de la lettre, 7 octobre 2010 (Quidam éditeur)
- Tu, été 2010, dans la revue l'Anacoluthe.
- Lire et écrire, quoi (en résidence sur Mélico) 1 : Une histoire de prescription, quoi, 2 : Ecrire, c'est lire encore, 3 : Le sujet comme appât, quoi, 4 : Pour en finir avec les mauvais sujets, 5 : Il paraît qu'il faut rentrer, 6 : La littérature, c'est foutu.