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Sonde

Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 11:55

15 - Solo

quand j’étais petite j’entendais Encore un qui va qui va bouffer les pissenlits par la racine. Les pissenlits, je voyais bien ce que c’était, j’en donnais aux lapins de mémé, j’allais en cueillir le long de la maison. Les lapins adoraient les pissenlits, mais les morts ? Je ne savais pas pourquoi les morts devaient en manger. J’étais petite, j’avais déjà compris que les morts étaient morts, étendus dans une grande boîte, sous la terre, et qu’ils ne bougeaient plus, les morts, qu’ils ne respiraient plus, qu’ils ne pensaient plus. Ils dormaient et chaque seconde de leur sommeil durait mille ans. Parfois, dans mon lit, je m’entraînais à être morte, je plaquais mes bras le long du corps, je ne bronchais plus, je retenais ma respiration, j’étais morte, puis je n’en pouvais plus, je respirais un grand coup et redevenais vivante. J’arrivais bien à être morte, sauf pour les pensées, je ne parvenais pas trop à ne plus penser, souvent je ne pouvais pas m’empêcher de compter les secondes où j'étais morte…
Le coup des pissenlits, je ne comprenais pas, pourquoi les morts devaient-ils en manger ? Comme les lapins de mémé.
A force de réfléchir, j’ai commencé à faire des cauchemars, j’étais dans le noir, je ne pouvais pas bouger les bras ni les jambes, j’étais serrée de toutes parts et, là, des pissenlits me tombaient sur le visage, des pissenlits par kilos, avec de la terre sur les racines, des fleurs, et je devais les bouger, les bouffer pour éviter de m’étouffer, des pissenlits plein le visage, sur les yeux, dans les narines, ils me submergeaient, je me noyais dans les pissenlits, je ne pouvais pas m’aider de mes mains, ils allaient m’étouffer si je ne les mangeais pas, j’en avais la bouche remplie, et bien sûr, je perdais la partie, à un moment un haut le cœur terrible me prenait, je savais que je ne pouvais plus avaler, je ne supportais plus le goût de la terre, la fadeur des tiges, j’allais écouter, étouffer.

Eric Pessan, Dépouilles,  Editions de l’Attente, 2011, p. 85-86.



http://www.electre.com/GetBlob.ashx?N=arpelxml&PW=xmlarpel&Ean=9782362420177&Size=Original

 

Plutôt qu’un texte sur la mort, Dépouilles est un texte sur les morts, ce qui se dit autour des morts – autour de leurs dépouilles. Et si le texte est drôle souvent, presque bouffon dans certains passages, c’est parce que c’est la pertinence même de la parole qui est remise en question – tandis que le silence non plus n’est pas possible.

Par PhA - Publié dans : Hublog à lectures
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 11:38

camellia-reticulata-27-janvier-2012.jpg

 

(Cliquez pour agrandir.)

Par PhA - Publié dans : Hublot photographique
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 09:52

Finalement je ne suis pas mort. La vie s’est arrêtée avant ma mort. Deux jours avant ma mort, pour être précis. J’ai encore eu le temps de voir mon neveu (qui est aussi mon petit-fils, maintenant que j’y pense) devenir adolescent et se faire des dreadlocks qui, ma foi, ne vont pas mal à son teint vert amande, et puis c’est à peu près tout. Nous avons reçu un message officiel de félicitations et nous avons été informés que les choses s’arrêtaient là. Il ne nous restaient plus qu’à nous faire oublier.

Par PhA - Publié dans : Hublot des machines (Vie des hauts plateaux)
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 18:16

Un premier roman chez Quidam, je ne l'ai pas encore lu mais je fais confiance ; ça vaut bien une petite soirée.


Crevasse-Pierre-Terzian.jpg

Pierre TERZIAN prėsente CREVASSE, son premier roman à :
Libralire, Paris, le 26 janvier à 19 heures.
Le Libr'Air, Obernai, le 3 février à 19 heures.
Le Bateau Livre, Lille, le 16 février à 19 heures.
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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 17:11

Alors ça y est : j’ai eu une petite fille verte, j’ai mis ma femme dehors et j’ai épousé Glawdys. Pour ma fille, j’ai eu de la chance : ça a marché du premier coup. J’ai d’abord su que c’était une fille, ensuite j’ai vu qu’elle était verte. J’ai eu une petite inquiétude parce que quand elle est habillée, seul son visage est vert : ses mains, ses bras, ses jambes sont blanches. Elle doit tenir ça de sa mère. Mais dès qu’elle se change, par exemple quand elle se met en maillot de bain, elle est toute verte.
Ensuite, j’ai invité Glawdys à la maison et je lui ai fait ma cour. J’ai vu qu’elle était réticente, alors j’ai pris mon portable et j’ai mis ma femme dehors (elle était en train de bavarder avec ma fille aînée, la femme de mon demi-frère, au lieu de travailler de toutes ses forces au commissariat). Tout de suite, j’ai senti Glawdys plus à l’aise. Mais elle avait faim. A un moment, je me suis inquiété, parce qu’elle s’est plantée devant le frigo, et impossible de l’en faire bouger ! Finalement, mon demi-frère a fait des hot-dogs quand il est rentré du travail, et quand j’ai appelé à table, Glawdys est venue manger. Ouf ! Ensuite nous avons fait l’amour. Je l’ai invitée à passer la nuit, elle était d’accord mais elle est quand même partie parce que tous les lits étaient pris. Alors je lui ai couru après dans la rue et nous avons passé la nuit sur le trottoir à nous embrasser. J’étais un peu inquiet parce qu’elle tombait de sommeil, j’avais peur qu’elle se trouve mal. Quant à moi je ne valais guère mieux, en plus je sentais mauvais parce qu’avec tout ça j’ai omis de réparer nos deux douches en panne. Enfin, vers quatre heures du matin, nous nous sommes fiancés et dès six heures nous nous sommes mariés. C’était un peu rapide mais il fallait bien que je précipite un peu les choses parce que dans trois jours, je meurs.

Par PhA - Publié dans : Hublot des machines (Vie des hauts plateaux)
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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 17:18

chateaureynaud.JPG Grand plaisir et beaucoup d’intérêt à écouter hier après-midi Georges-Olivier Châteaureynaud interviewé par Pascale Arguedas, notamment à propos de ses deux derniers livres Résidence dernière et La vie nous regarde passer. De Châteaureynaud, j’ai vraiment aimé les deux livres que j’ai lus de lui – un recueil de nouvelles, Singe savant tabassé par deux clowns ; un roman, le Corps de l’autre. En bon lecteur égoïste, ce qui m’intéresse aussi, c’est essayer de saisir pourquoi j’éprouve ce plaisir et cet intérêt à la lecture d’une littérature a priori aussi éloignée de mes goûts affirmés – car Châteaureynaud, indiscutablement, ça raconte ; et à moi, en principe, il ne faut pas trop m’en raconter. Quoique. Les récits premiers, quand même, les contes, les mythes ; là, oui. A lui aussi, d’ailleurs. Début de réponse, peut-être.
Des extraits sont lus, au passage j’attrape un « Qui devenir ? » dans Résidence dernière, un « J’étais devenu un clone d’Henri Michaux » dans La vie nous regarde passer (je cite de mémoire, hein). C’est une autobiographie, celui-là. Déjà, quand on connaît un peu Châteaureynaud, une autobiographie, ça surprend. Puis l’expression revient, en direct, dans son propos : « Je ne serais pas devenu moi-même ». Bien sûr, une autobiographie, ça pose la question du qui devenir – et aussi, en l’occurrence, la question du de qui on vient – par exemple d’une figure disparate du père entre rescapé des camps et salaud de coureur de jupons. Ce qui devenir, bien sûr, me renvoie à ma lecture encore récente du Corps de l’autre, cette histoire d’un homme qui en devient un autre, pas seulement en passant dans le corps de l’autre.
A un moment, s’écartant de sa propre pratique de l’écriture, il évoque sa conception plus générale de la chose littéraire, en membre de comité de lecture et juré de prix littéraire qu’il est aussi ; et ce qu’il dit alors, sans doute parce que c’est général et qu’on ne peut parler de littérature qu’en parlant des textes dans leur singularité, m’intéresse soudain beaucoup moins, j’ai déjà dit ailleurs ce que je pense de la lecture à plusieurs et des consensus mous qui s’en dégagent ; mon esprit vadrouille un peu, je pense à ce qui me fait écrire, emprunter des chemins qui n’ont pas grand-chose en commun avec ceux de Châteaureynaud dont pourtant j’aime les livres, pas grand-chose en commun sauf le but peut-être, peut-être que tous les chemins qui mènent quelque part mènent vraiment à Rome, peut-être que Rome c’est un autre nom pour qui ou quoi devenir – un sujet de mythe, ou de conte merveilleux, c’est vrai.

Par PhA - Publié dans : Hublog à lectures
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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 11:26

Ma précédente femme était noire. Bien sûr, que je l’avais choisie pour sa couleur (et puis aussi, et surtout : parce qu’elle passait par là, évidemment). Je voulais voir si nous aurions des enfants vert foncé, pour changer. Eh bien non : ils étaient soit noirs comme elle, soit vert clair comme moi. C’est comme ça que ça marche. J’ai dû renoncer à avoir des enfants vert foncé.

Par PhA - Publié dans : Hublot des machines (Vie des hauts plateaux)
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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 22:04

– C’est vrai qu’ils sont sympas, les 3e C de Lormont.
– C’est vrai, et c’est vrai aussi qu’il est plutôt court, ce billet.
– Ça, c’est parce que c’est un billet de train.

Par PhA - Publié dans : Hublot de Monsieur Le Comte
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émersions programmées

- Vendredi 30 mars, l'association Quai des Lettres de La Rochelle me fait le plaisir de m'inviter à 20h30 à la Coursive.

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